Des moules exotiques s'installent en Antarctique

Publié par Adrien le 17/04/2020 à 09:00
Source: Université Laval
S'il fallait une autre preuve que nous assistons à une homogénéisation de la flore et de la faune mondiale, la voici. Une équipe de chercheurs du Chili et du Département de biologie de l'Université Laval signale dans la revue Scientific Reports qu'une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il existe...) de moule en provenance de Patagonie (La Patagonie (en espagnol et en anglais : Patagonia), également appelée Le Grand Sud, désigne une région géographique appartenant au Cône Sud...) est parvenue à s'établir en Antarctique (L'Antarctique (prononcé [ɑ̃.taʁk.tik] Écouter) est le continent le plus méridional de la Terre. Situé au pôle Sud, il est entouré de l'océan Austral (ou océan...), ce continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une vaste étendue continue de terre à la...) qu'on disait vierge.

La moule en question, Mytilus cf. platensis, est une proche parente de la moule bleue servie sur nos tables. Sa découverte a été faite par hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause à effet d'un...), en janvier 2019, par l'étudiante-chercheuse du Département de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie...), Paulina Brüning, au moment où celle-ci récoltait des spécimens d'éponge (Les éponges constituent l’embranchement (vraisemblablement paraphylétique) des Spongiaires et sont des animaux sans système nerveux ni tube digestif. Leur corps n’est formé que par deux couches de cellules...) dans la baie de Fildes sur l'île (Une île est une étendue de terre entourée d'eau, que cette eau soit celle d'un cours d'eau, d'un lac ou d'une mer. Son étymologie latine, insula, a donné l'adjectif...) King George, en Antarctique. À son retour au laboratoire, l'étudiante-chercheuse a noté la présence de petites moules d'environ 2 mm de longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de l’objet complètement...) dans les tissus des éponges.


Quelques spécimens de Mytilus cf. platensis, vus au microscope. Les plus grands ont une taille de 2 mm. Paulina Brüning.

"Il s'agit d'une observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande participation des...) surprenante parce qu'aucune espèce de moules ne vit en Antarctique", signale le professeur Ladd Johnson, qui était sur les lieux au moment de la découverte et qui cosigne, avec les étudiants-chercheurs Paulina Brüning et Ignacio Garrido, l'article publié dans Scientific Reports.

On ne parle pas ici de larves récemment larguées en mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) avec l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) de ballast ( Le ballast est le lit de gravier qui supporte une voie de chemin de fer. Les ballasts sont des réservoirs sur les bateaux permettant de changer l'immersion ou l'équilibre. Le ballastage est l'action de remplir les ballasts. Un...) d'un navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu pour naviguer au-delà de la limite où cessent de...), précise le professeur Johnson, mais bien de moules qui ont terminé la première phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de leur cycle de vie (La vie est le nom donné :) et qui se sont fixées sur un substrat. "Leur taille est au moins quatre fois plus grande que celle qu'elles avaient au moment où elles se sont établies sur les éponges, ce qui indique qu'elles peuvent survivre et croître malgré les conditions environnementales extrêmes de ce milieu", souligne le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent d'importantes...), membre du regroupement Québec-Océan.


La découverte de cette moule exotique a été faite de façon fortuite par l'étudiante-chercheuse Paulina Brüning. Des spécimens se trouvaient dans des éponges qu'elle avait récoltées lors d'une plongée pour ses travaux portant sur la biodiversité. Paulina Brüning.

Il est peu probable que les larves aient dérivé naturellement jusqu'à l'Antarctique à partir de la Patagonie étant donné que les courants océaniques créent une barrière entre ces régions du globe. L'hypothèse la plus vraisemblable pour expliquer la présence de ces moules à 800 km de la limite de leur aire de répartition est que les larves auraient été transportées par des bateaux. En 2018 et 2019, plus de 200 navires de tourisme (Le tourisme est le fait de quitter son domicile, pour des raisons personnelles, pour une durée supérieure à 24 heures. Ce qui implique la consommation d'une...), de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...), de pêche ou encore de marine marchande (Le terme marine marchande désigne tout ce qui fait l'objet, ou qui est en rapport, avec le transport maritime de marchandises ou de personnes. Le commerce mondial s'effectue à près de 95% par la voie maritime,...) ou militaire sont passés à proximité de la baie où ont été découvertes les moules.

"Il est important d'étudier rapidement la biodiversité de ce continent pour avoir le portrait le plus complet possible des espèces indigènes qui y vivent avant que des espèces exotiques s'y installent." indique Ladd Johnson.

Les répercussions de la présence de cette espèce de moule sur les écosystèmes marins d'Antarctique sont imprévisibles pour l'instant (L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. L'instant n'est pas intervalle de temps. Il ne peut donc être considéré comme une durée.). "Notre étude montre qu'on ne peut plus compter sur la barrière climatique et la barrière des courants marins pour prévenir l'arrivée d'espèces envahissantes en Antarctique, constate le professeur Johnson. Pour cette raison, il est important d'étudier rapidement la biodiversité de ce continent pour avoir le portrait le plus complet possible des espèces indigènes qui y vivent avant que des espèces exotiques s'y installent."
Cet article vous a plu ? Vous souhaitez nous soutenir ? Partagez-le sur les réseaux sociaux avec vos amis et/ou commentez-le, ceci nous encouragera à publier davantage de sujets similaires !
Page générée en 6.899 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique