Un nouvel anticorps "2 en 1" efficace contre le cancer
Publié par Adrien le 10/01/2019 à 08:00
Source: Inserm
Monalizumab ouvre de nouvelles perspectives dans le traitement des cancers par immunothérapie. Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Eric Vivier et associant l'Inserm, le CNRS et Aix Marseille Université (au sein du Centre d'Immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système immunitaire. Apparu très tôt dans l'échelle de l'évolution, ce système a évolué pour discriminer le soi du non-soi. Les...) de Marseille-Luminy), les sociétés Innate Pharma et MedImmune, en collaboration avec l'Assistance publique des Hôpitaux de Marseille, l'Institut Curie (L'Institut Curie est une fondation, dont les activités principales sont d'une part la compréhension des mécanismes de cancérogenèse avec un centre de...), le centre Léon Bérard, Abramson Cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de...) Center révèle le potentiel de ce nouvel anticorps médicamenteux (de la famille des inhibiteurs de points de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) immunitaire) qui, non seulement restaure l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) anti-cancéreuse des deux principaux lymphocytes tueurs de tumeurs mais augmente aussi l'efficacité de traitements déjà existants. Chez la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire,...) comme chez l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un garçon, tandis...), cet anticorps utilisé en combinaison (Une combinaison peut être :) avec une immunothérapie (L'immunothérapie est un traitement qui consiste à administrer des substances qui vont stimuler les défenses immunitaires de l'organisme...) déjà existante, a permis de stopper l'évolution de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) et d'augmenter le taux de survie dans plusieurs types de cancers. Ces travaux sont publiés dans Cell.


L'immunothérapie a changé la donne dans plusieurs cancers de mauvais pronostic: mélanome (Le mélanome est un cancer de la peau ou des muqueuses, développé aux dépens des mélanocytes.) métastatique, cancer avancé du rein (Le rein a de multiples fonctions (hormonales, de régulation de la tension, mais il est surtout l'un des principaux organes de détoxication (avec le foie et le poumon). Il assure, par filtration et excrétion d'urine,...), de la vessie (La vessie est l'organe du système urinaire dont la fonction est de recevoir l'urine terminale produite par les reins puis de la conserver avant son évacuation au cours de la miction. L'urine arrive dans la vessie par les...), lymphome (Un lymphome est un cancer lymphatique, c'est à dire un cancer du système lymphatique aux dépens des lymphocytes. Il est caractérisé par des proliférations cellulaires malignes (ou cancers) dans les organes...) de Hodgkin, cancers de la tête et du cou (Le cou est la région du corps qui est située entre la tête et le reste du corps (torse ou tronc).), du poumon (Le poumon est un organe invaginé permettant d'échanger des gaz vitaux, notamment l'oxygène et le dioxyde de carbone. L'oxygène est...) non à petites cellules... Ces progrès sont le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine. Caractéristique des Angiospermes, il succède à la fleur par transformation du pistil. La paroi de...) d'une première génération d'anticorps d'immunothérapie, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, qui sont capables de régénérer les défenses immunitaires de l'organisme pour détruire les tumeurs. Pour cela, ils agissent sur des points de contrôle stratégiques, sorte de “freins moléculaires” que les lymphocytes T expriment à leur surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois...) en temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) normal pour éviter une suractivité du système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le...). Dans le cas du développement d'un cancer, la tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de volume d'un tissu, clairement délimitée sans précision de cause.) détourne l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) normal de ces freins à son avantage, déclenchant l'arrêt total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme. Exemple : "Le total des...) du fonctionnement des lymphocytes T: le système immunitaire n'est alors plus capable de détruire les cellules cancéreuses qui prolifèrent. De manière assez schématique, en empêchant la tumeur d'agir sur ces points de contrôle, l'immunothérapie rétablit le fonctionnement naturel des lymphocytes T qui vont alors retrouver leur rôle de destructeurs de tumeur.

Si les bénéfices cliniques de ces traitements sont spectaculaires, cette 1ère génération d'immunothérapie ne fonctionne que chez 20% des patients sans que l'on sache pourquoi. Chercheurs, cliniciens et industriels travaillent désormais main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce...) dans la main pour faire en sorte de surmonter les résistances à cette première génération d'inhibiteurs de points de contrôle. La stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) vise à mobiliser simultanément d'autres points de contrôle de la réponse immunitaire et d'autres lymphocytes tueurs mais aussi à combiner les immunothérapies, entre elles ou avec d'autres traitements standards (chimiothérapie, radiothérapie (La radiothérapie est une méthode de traitement locorégional des cancers, utilisant des radiations pour détruire les cellules...) et thérapies ciblées).

Dans ce nouveau travail, les chercheurs ont démontré le potentiel prometteur d'un nouvel anticorps: le monalizumab.

L'anticorps monalizumab est capable de neutraliser directement un point (Graphie) de contrôle très important exprimé conjointement à la surface des cellules NK de l'immunité innée et des lymphocytes T de l'immunité adaptative: NKG2A. En bloquant ce seul point de contrôle, monalizumab restaure ainsi simultanément l'action des deux immunités.
Chez la souris, les scientifiques ont alors démontré qu'utilisé en combinaison avec une immunothérapie de 1ère génération, monalizumab améliore de manière intéressante les résultats des traitements. En effet, ce dernier potentialise l'action de l'anticorps durvalumab qui cible un mécanisme d'inhibition complémentaire de celui de NKG2A: la voie PD1/PDL1. Le taux de survie observé est ainsi augmenté: 60% de survie quand le monalizumab est utilisé en combinaison avec durvalumab contre 40% lorsque durvalumab est utilisé seul.

Chez l'Homme, dans le cadre d'un essai clinique (Un essai clinique est une étude scientifique réalisée en thérapeutique médicale humaine pour évaluer l'innocuité et...) de phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) 2, monalizumab stimule l'un des mécanismes d'action du cetuximab, le traitement de référence des patients atteints d'un cancer de la tête et du cou. L'analyse des premières données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) de l'essai confirment les bénéfices de cette combinaison: l'évolution du cancer est stoppée chez 25 % des patients traités alors que les données d'autres essais rapportent 13 % lorsque cetuximab est utilisé seul. "En actionnant simultanément les mécanismes d'inhibition et d'activation (Activation peut faire référence à :) des cellules NK nous sommes parvenus à augmenter significativement l'efficacité du meilleur standard de traitement disponible sans générer de nouveaux effets secondaires" se félicite Eric Vivier. Pour les chercheurs, il s'agit de l'identification du premier inhibiteur de points de contrôle immunitaire à large spectre qui est capable non seulement d'avoir sa propre action sur les cellules cancéreuses mais qui potentialise également l'action d'autres traitements.
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