Obésité et dépendance: quel est le lien ?
Publié par Adrien le 06/11/2019 à 08:00
Source: Université McGill
Une analyse de nombreuses études sur la personnalité a conclu qu'à certains égards, les personnes obèses ont un comportement semblable à celui des toxicomanes. Il ne faut toutefois pas oublier que l'obésité est un problème complexe que le modèle de la dépendance n'explique qu'en partie.

D'après l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la Santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.), le taux d'obésité (L'obésité est l'état d'une personne, ou d'un animal, souffrant d'une hypertrophie de la masse adipeuse, qui se traduit par un excès de poids, réparti de façon...) a triplé depuis 1975, une hausse probablement attribuable à l'abondance d'aliments peu coûteux et riches en calories. Bien que la perte de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) associée à la nourriture chez certaines personnes obèses amène certains chercheurs à y voir un type de dépendance, d'autres rappellent que l'alimentation est un besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les...) fondamental et que la nourriture ne contient pas de substances addictives comme la nicotine (La nicotine (de Jean Nicot) est un alcaloïde présent dans les feuilles de tabac (jusqu'à 5 % du poids des feuilles) et à moindre...) ou la caféine (La caféine est un alcaloïde de la famille des méthylxanthines, présent dans de nombreux aliments, qui agit comme stimulant psychotrope et comme léger diurétique. La...).

Ce débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des...) a incité une équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) du Neuro (Institut et hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités...) neurologiques de Montréal), dirigée par le Dr Alain Dagher, à évaluer les ressemblances et les différences entre l'obésité, les dépendances et les troubles psychiatriques.

Uku Vainik, un ancien boursier postdoctorant au laboratoire du Dr Dagher qui travaille maintenant à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où les...) de Tartu (en Estonie) et premier auteur de l'étude, a examiné d'autres études sur le lien entre l'obésité, la dépendance et les traits de personnalité. Le test de personnalité le plus utilisé, l'inventaire NEO PI, évalue 30 facettes de la pensée, des émotions et des comportements, comme l'assertivité, l'altruisme et l'impulsivité. Les participants obtiennent un score pour les cinq grands traits de la personnalité (Big Five): ouverture, caractère consciencieux, extraversion, agréabilité et névrosisme. Les chercheurs ont utilisé ce test pour dresser des profils de l'obésité et de la dépendance en reliant les scores obtenus au poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est...) et aux comportements addictifs.

En comparant ces profils entre eux et en compilant les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un...) de 18 611 participants, les chercheurs ont découvert que toutes les dépendances étaient associées à des profils de personnalité semblables, ce qui semble indiquer un fort recoupement des comportements. La dépendance et l'alimentation compulsive étaient également associées à des profils comportementaux similaires; toutefois, le lien entre l'obésité et la dépendance était considérablement plus ténu. Les scientifiques ont été surpris de découvrir que les profils de personnes obèses avaient également des points communs avec ceux de personnes atteintes de troubles de l'humeur et de certains troubles de personnalité.

"Notre étude semble indiquer que les traitements pour l'obésité gagneraient à s'inspirer des approches de traitement des dépendances visant à améliorer l'autorégulation, conclut le Dr Dagher. Toutefois, ils ne devraient pas être axés sur la gestion de la recherche de sensations fortes, parce que ce n'est pas vraiment un problème pour les personnes obèses. Nos données montrent qu'il existe des similarités limitées entre l'obésité et la dépendance qu'on peut utiliser thérapeutiquement, mais qu'il faudra chercher ailleurs pour vraiment comprendre le profil comportemental associé à l'obésité."

Cette étude a été publiée le 28 octobre 2019 dans la revue Nature Human Behaviour. Elle a été financée par le Fonds de Recherche du Québec, les Instituts de recherche en santé du Canada et l'Estonian Research Council.
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