Paludisme: un marqueur génétique pour identifier les moustiques "super-propagateurs"
Publié par Isabelle le 17/08/2017 à 00:00
Source: CNRS
Les moustiques vecteurs du paludisme peuvent maintenant être identifiés plus facilement. Des chercheurs de l'Institut Pasteur, du CNRS et de l'IRD, en collaboration avec des équipes scientifiques africaines et américaines, viennent d'identifier un marqueur génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) qui permet de distinguer les moustiques les plus susceptibles d'être infectés par le parasite du paludisme (Le paludisme (du latin paludis, « marais »), aussi appelé malaria (de l'italien mal'aria, « mauvais air »), est...) en milieu naturel, et donc de transmettre la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.). Baptisé "inversion 2La", celui-ci correspond à une variation génétique naturellement répandue chez le moustique Anopheles gambiae, principal vecteur (En mathématiques, un vecteur est un élément d'un espace vectoriel, ce qui permet d'effectuer des opérations d'addition et de...) du paludisme en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec...). Les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur environnement...) qui en sont porteurs passent en outre plus de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) à l'extérieur, alors que les mesures de protection ciblent davantage les moustiques à l'intérieur des habitations. Ces résultats, publiés dans la revue eLife le 23 juin 2017, pourraient appeler à développer de nouvelles stratégies plus ciblées de lutte antivectorielle.


Moustique Anopheles gambiae (famille des Culicidae), principal vecteur du paludisme en Afrique. © Institut Pasteur
Le paludisme est une maladie infectieuse (Une maladie infectieuse est une maladie provoquée par la transmission d'un micro-organisme : virus, bactérie, parasite, champignon. Les virus...) potentiellement mortelle, due à des parasites unicellulaires appartenant au genre Plasmodium. Le parasite est transmis à l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un...) par la piqûre des moustiques Anopheles. Selon les dernières estimations de l'OMS (décembre 2016), 212 millions de cas de paludisme et 429 000 décès ont été rapportés en 2015. Près de la moitié de la population mondiale (La population mondiale désigne le nombre d'êtres humains vivant sur Terre à un instant donné. Elle est estimée à 6,793 milliards au 1er janvier 2010, alors qu'elle était estimée...) est exposée au risque de contracter cette maladie, et la majorité des cas surviennent en Afrique subsaharienne.

Plusieurs études, menées sur des moustiques de laboratoire, ont mis en évidence une grande diversité chez les moustiques Anopheles quant à leur capacité à transmettre le parasite du paludisme. Pour autant, les raisons d'une telle variation, qui n'avait jamais été observée chez le moustique en milieu naturel, demeuraient jusqu'alors mal comprises.

Des chercheurs de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) Pasteur, du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) et de l'IRD, en collaboration avec des scientifiques américains et africains, viennent, dans ce contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de contexte issu...), de révéler l'existence de moustiques "super-propagateurs" (ou "super spreaders"), particulièrement compétents dans la transmission du parasite du paludisme. En effet, le premier marqueur génétique rendant compte d'une variation de l'aptitude des moustiques à être infectés par – et donc à transmettre – Plasmodium a été identifié grâce à l'étude menée par Kenneth Vernick, chef de l'Unité de génétique et de génomique (La génomique est une discipline de la biologie moderne. Elle étudie le fonctionnement d'un organisme, d'un organe, d'un cancer, etc. à l'échelle du...) des insectes vecteurs à l'Institut Pasteur, dans différents villages de Guinée, du Kenya et du Burkina Faso. Appelé 2La, ce marqueur, largement répandu, est également le premier cas de variation génétique jamais recensé au sein d'une population de moustiques sauvages, en lien avec l'infection par le parasite du paludisme.

Le marqueur génétique 2La correspond plus précisément à une variation génétique de type inversion chromosomique. Chez le moustique, il existe en effet une variation possible au sein du marqueur 2La: la séquence 2La et l'inversion 2L+a. L'étude ici présentée a permis de démontrer que les moustiques porteurs de l'inversion génétique 2L+a ont deux fois plus de chances d'être infectés par le paludisme que les moustiques porteur de l'autre forme du marqueur (soit 2La).

Parallèlement, les chercheurs ont démontré que les moustiques super-propagateurs, porteurs de l'inversion génétique, étaient le plus souvent dehors, alors que les moustiques non-porteurs passaient plus de temps à l'intérieur des habitations.

Ces résultats indiquent que les moustiques super-propagateurs pourraient être responsables de la majorité des cas de transmission du paludisme dans les régions d'Afrique de l'Est et centrale où ils prolifèrent.

Alors que les efforts menés actuellement dans la lutte contre les insectes vecteurs du paludisme ciblent à la fois les moustiques infectés et les moustiques sains, et ce davantage à l'intérieur des habitations (à travers l'utilisation de moustiquaires et d'insecticides), cette découverte ouvre la voie à la mise en place d'une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) resserrée sur les seuls insectes résidant préférentiellement dehors qui, comme l'étude le prouve, sont des vecteurs importants de la maladie.

Les scientifiques doivent à présent poursuivre leurs investigations au sein d'autres villages africains, dans les zones humides, où sont concentrés les plus hauts taux de transmission du paludisme au monde (Le mot monde peut désigner :), afin de confirmer leurs résultats.

Référence publication:
* The Anopheles gambiae 2La chromosome (Le chromosome (du grec khroma, couleur et soma, corps, élément) est l'élément porteur de l'information génétique. Les chromosomes contiennent les gènes et permettent leur distribution...) inversion is associated with susceptibility to Plasmodium falciparum in Africa, eLife, 23 juin 2017
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