Sur les pas d'un petit carnivore quercynois de 30 millions d'années

Publié par Adrien le 15/06/2021 à 09:00
Source: CNRS INEE
En étudiant l'anatomie du membre antérieur d'Amphicynodon leptorhynchus, petit carnivore des Phosphatières du Quercy âgé de 30 millions d'années, des chercheurs ont pu rassembler des indices sur ses capacités locomotrices et son mode de vie (La vie est le nom donné :). Cette étude est le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine....) d'une collaboration, réalisée dans le cadre d'un stage (Un stage est le plus souvent une période de formation, d'apprentissage ou de perfectionnement...) de Master-2 ERASMUS+, entre le laboratoire PALEVOPRIM (Université de Poitiers - CNRS), le Museo Nacional de Ciencias Naturales de Madrid (Madrid est la capitale de l'Espagne. Ville la plus vaste et la plus peuplée du pays, c'est le...) et l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) de Valladolid. Ce travail a été publié ce 11 mai 2021 dans la revue Journal of Mammalian Evolution.


Os fossilisés du membre antérieur d'Amphicynodon leptorhynchus du site d'Itardies dans les Phosphatières du Quercy et reconstitution réalisée à partir du crâne.
© Axelle Gardin, PALEVOPRIM

Au coeur du département du Lot, dans les années 1970, des paléontologues français ont mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...) de nombreux sites à vertébrés (Les vertébrés forment un sous-embranchement du règne animal. Ce taxon, qui dans sa...) au sein des Phosphatières du Quercy, initialement des gisements d'engrais (Les engrais sont des substances, le plus souvent des mélanges d'éléments...) pour l'agriculture. Parmi ces sites, celui d'Itardies, daté d'environ 30 millions d'années, a livré une riche faune incluant entre autres des rhinocéros, marsupiaux, chauve-souris, grands carnivores à dents de sabre mais aussi et surtout des centaines de restes attribués à un petit carnivore nommé Amphicynodon leptorhynchus.

Cette espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type »...) appartient à la famille aujourd'hui éteinte des Amphicynodontidae, classée au sein des Arctoidea (rassemblant aujourd'hui les ours (Les ours (ou ursinés, du latin ŭrsus, de même sens) sont de grands mammifères...), phoques, pandas roux, loutres, ratons-laveurs etc.). Bien que très diversifié à l'époque de l'Oligocène inférieur (entre -34 et -28 millions d'années), le mode de vie des membres de cette famille est encore méconnu ; d'autant plus que chez les carnivores, les capacités locomotrices sont nombreuses (adaptations à la course (Course : Ce mot a plusieurs sens, ayant tous un rapport avec le mouvement.), à la nage, au grimper, au fouissage...).

Des aptitudes au grimper

En analysant la morphologie des articulations, les insertions musculaires, les proportions des différents os ou encore la position relative des os du membre antérieur pendant le mouvement, les chercheurs ont pu mettre en évidence les adaptations au grimper de cet animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un...) de la taille d'une martre.

Doté d'une grande mobilité des articulations dans les trois dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce...), A. leptorhynchus pouvait tracter son corps en hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) lors de l'ascension d'un support vertical (Le vertical (rare), ou style vertical, est un style d’écriture musicale consistant en...), mais aussi contrôler son mouvement lors d'une descente lente (La Lente est une rivière de la Toscane.) avec la tête la première. Non seulement il était capable de pronation-supination (permettant de faire pivoter la paume (La paume de la main désigne l'intérieur de la main, c'est-à-dire la partie qui n'est...) de la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à...) vers le haut ou le bas ; caractère partagé avec les primates), mais il possédait également une bonne dextérité, avec ses doigts pouvant se refermer sur sa paume, lui permettant de saisir fermement des objets comme des branches, manipuler sa nourriture ou capturer des proies.

De plus, A. leptorhynchus montre un trait encore inédit: l'extrémité de son radius possède une tubérosité très importante, qui protégeait probablement un tendon (Les tendons sont des cordons fixés sur les parties du squelette offrant une prise aux muscles....) très développé, peut-être lié au mouvement d'abduction du pouce (ouverture par écartement latéral du pouce des autres doigts) qui devait être très sollicité.

La morphologie de son membre antérieur se rapproche de celle de carnivores arboricoles se déplaçant avec des mouvements lents et contrôlés, comme le kinkajou ou le panda roux. Ces animaux vivent principalement dans des milieux boisés. Cependant, certains d'entre eux vivent aussi dans des milieux désertiques rocailleux dans lesquels leurs adaptations au grimper leur permettent d'évoluer sur des substrats irréguliers.

Un milieu de vie à explorer

De nouveaux indices sur sa locomotion seront bientôt apportés par l'étude de son membre postérieur et une analyse de son régime alimentaire (Pour les régimes alimentaires d'ordre culturel pratiqués par l'Homme voir pratique...) pourrait compléter les hypothèses sur son écologie et peut-être sur son milieu de vie. La raison de la disparition des Amphicynodontidae en Eurasie il y a moins de 30 millions d'années pourrait être élucidée en explorant leur mode de vie: si A. leptorhynchus était arboricole, le retrait progressif des forêts à la fin de l'Oligocène inférieur aurait pu être un frein (Un frein est un système permettant de ralentir, voire d'immobiliser, les pièces en mouvement...) à sa répartition.

Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) a reçu le soutien financier du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...), du programme ERASMUS+ de la faculté des Sciences de l'Université de Montpellier et du ministère de l'Enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une...) supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

Références:
Axelle Gardin, Manuel J. Salesa, Gema Siliceo, Mauricio Antón, Juan Francisco Pastor, Louis de Bonis.
Climbing Adaptations of an Enigmatic Early Arctoid Carnivoran: the Functional Anatomy of the Forelimb of Amphicynodon leptorhynchusFrom the Lower Oligocene of the Quercy Phosphorites (France).
(11 mai 2021). Journal of Mammalian Evolution.
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