La pêche industrielle inflige une double peine au bilan carbone

Publié par Adrien le 02/11/2020 à 09:00
Source: CNRS INEE
Un poisson qui meurt naturellement dans l'océan, c'est un poisson qui coule dans les profondeurs, entraînant avec lui tout le carbone qu'il contient. Problème: lorsqu'un poisson est pêché, la majeure partie de ce carbone est relâché dans l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) sous forme de CO2. Un consortium international piloté par des chercheurs du laboratoire MARBEC (CNRS / Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Montpellier / IRD / Ifremer) estime qu'à cause de ce phénomène, les émissions de CO2 liées à la pêche sont en réalité 25 % plus élevées que ce qui est considéré jusqu'à présent via la consommation en carburant (Un carburant est un combustible qui alimente un moteur thermique. Celui-ci transforme l'énergie chimique du carburant en énergie mécanique.). Sans compter qu'une partie du carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.) extrait des océans se fait dans des zones où la pêche n'est pas économiquement rentable. Cette étude est publiée dans Science Advances le 28 octobre 2020.

Pompe à carbone

Ce phénomène naturel, véritable "pompe à carbone", est grandement perturbé par la pêche industrielle, comme le montre une étude récente menée par Gaël Mariani, Laure Velez, Marc Troussellier et David Mouillot du Centre pour la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces, des...) marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public...) / Université de Montpellier / IRD / Ifremer) en collaboration avec 3 universités étrangères, 2 organisations internationales pour la nature (WWF et National Geographic) et une entreprise (SPYGEN).

"Lorsqu'un poisson est pêché, le carbone qu'il contient est en partie émis dans l'atmosphère sous forme de CO2 quelques jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure...) ou semaines suivant sa capture (Une capture, dans le domaine de l'astronautique, est un processus par lequel un objet céleste, qui passe au voisinage d'un astre, est retenu dans la...) et sa consommation ", explique Gaël Mariani actuellement en thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est l'affirmation ou la prise de position d'un locuteur, à l'égard du sujet ou du thème qu'il évoque.). La pêche industrielle serait donc doublement émettrice de CO2 dans l'atmosphère: non seulement les bateaux émettent massivement des gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume...) à effet de serre (L'effet de serre est un processus naturel qui, pour une absorption donnée d'énergie électromagnétique, provenant du Soleil (dans le cas des corps du système solaire) ou d'autres étoiles...) en consommant du fioul (Le fioul (terme recommandé en France par la DGLFLF) ou mazout (terme recommandé par l'Office québécois de la langue française) est un combustible dérivé du pétrole,...), mais de surcroît en extrayant les poissons de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) elle libère du CO2 qui sans cela resterait captif de l'océan (Océans stylisé Ωcéans est un documentaire français réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud dont le tournage a commencé en 2004 et produit en 2009.).


Thons, requins, maquereaux, espadons, ces grands poissons sont constitués de 10 à 15 % de carbone. Lorsqu'ils meurent, ils coulent rapidement à de grandes profondeurs. Résultat: la majeure partie du carbone qu'ils contiennent est séquestré dans l'océan profond pendant des milliers voire des millions d'années. Ils constituent donc des puits de carbone dont l'ampleur n'avait jamais été estimée.
© IRD - Ifremer

"C'est la première fois que l'on estime la quantité de ce "blue carbon" qui est relâchée dans l'atmosphère par la pêche", explique David Mouillot. Une estimation loin d'être négligeable puisque les chercheurs considèrent que ce déficit de séquestration du carbone dans l'océan profond représenterait plus de 25 % du précédent bilan carbone de l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de pêche.

D'après cette étude originale les émissions de CO2 liées à la pêche industrielle devraient donc être revues à la hausse. "Trois quart de ces émissions réelles sont liées à la consommation de carburant, et un quart provient du fait que le carbone contenu dans les poissons pêchés est libéré sous forme de CO2 dans l'atmosphère au lieu de rester enfoui dans les fonds marins", précise le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et...).

Mesures de protection

Pour les auteurs de l'étude, ces nouvelles données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire,...) constituent un argument de poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale à l'opposé de la...) en faveur d'une pêche plus raisonnée: "La désactivation par la pêche de la pompe à carbone que représentent ces grands poissons suggère que de nouvelles mesures de protection et de gestion doivent être mises en place, afin qu'une partie de grands poissons reste un puit de carbone et ne devienne plus une source supplémentaire de CO2", conclut Gaël Mariani.

"Il faut surtout pêcher mieux, renchérit David Mouillot. Les bateaux de pêche vont parfois sur des zones très éloignées, ce qui occasionne une énorme consommation de carburant, alors même que les prises de poissons dans ces zones ne sont pas rentables et que cette pêche n'est viable que grâce aux subventions". Les chercheurs estiment que 43,5 % de ce "blue carbon" extrait par la pêche provient de telles zones. "Limiter l'extraction de ce "blue carbon" non-rentable économiquement contribuerait donc à réduire les émissions de CO2 en limitant la consommation de fioul et en réactivant une pompe à carbone naturelle et peu coûteuse".

Références

Let more big fish sink: Fisheries prevent blue carbon sequestration-half in unprofitable areas. Gaël Mariani, William W. L. Cheung, Arnaud Lyet, Enric Sala, Juan Mayorga, Laure Velez, Steven D. Gaines, Tony Dejean, Marc Troussellier, David Mouillot. Science Advances, October 28, 2020.
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