Provoquer des crises d'épilepsie pour les faire disparaître
Publié par Adrien le 12/06/2019 à 08:00
Source: Université McGill
Les crises provoquées par stimulation corticale peuvent orienter le traitement chirurgical de l'épilepsie et écourter considérablement les séjours à l'hôpital

La chirurgie est le seul moyen d'éliminer les crises chez 30 pour cent des patients atteints d'épilepsie partielle pharmacorésistante. Une nouvelle étude a révélé que la provocation de crises avant l'intervention chirurgicale est un moyen pratique et efficient de localiser la zone épileptogène.

Il est fréquent que les patients atteints d'épilepsie en attente de chirurgie (La chirurgie est une technique médicale consistant en une intervention physique sur les tissus, notamment par incision et suture. Un médecin spécialisé dans cette discipline est un chirurgien. Un acte...) doivent rester en observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...) à l'hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités à domicile ou dans le cabinet d'un...) pendant une ou deux semaines pour que leurs crises puissent être répertoriées. En localisant la zone épileptogène, les médecins peuvent aujourd'hui savoir sur quelle partie du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire,...) ils doivent intervenir pour empêcher que d'autres crises ne surviennent. Ce séjour à l'hôpital peut être extrêmement pénible pour les patients et coûteux pour le système de santé (Un système de santé réunit "toutes les organisations, institutions et ressources qui interviennent en matière de santé et qui fournissent des soins formels (médecins, cliniques, hôpitaux et pharmacies),...).

Chez environ 20 pour cent des patients, des électrodes doivent être introduites directement dans le cerveau. Les patients auxquels on implante des électrodes sont souvent soumis à une stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs cellules réceptrices de l'organisme. La cellule traduit la stimulation par un potentiel d'action, qui est transmis par les nerfs vers les organes...) corticale, une intervention qui consiste à envoyer un courant électrique (Un courant électrique est un déplacement d'ensemble de porteurs de charge électrique, généralement des électrons, au sein d'un matériau conducteur. Ces déplacements sont imposés par...) dans le cerveau afin de cartographier les fonctions cérébrales et de provoquer des crises permettant de mieux cerner le réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un...) épileptogène. Jusqu'à maintenant, aucune étude ne visait précisément à déterminer s'il vaut mieux se fier aux crises provoquées pour planifier une intervention chirurgicale plutôt qu'aux crises spontanées.

Après s'être penchée sur les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) recueillies chez 103 patients épileptiques de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de...), au Canada, et de Grenoble, en France, une équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) du Neuro (Institut et hôpital neurologiques de Montréal) dirigée par la Dre Birgit Frauscher s'est servie de méthodes statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de ces ressources afin de les...) pour établir des corrélations entre la présence de crises provoquées, la zone où elles se sont produites et l'issue de l'intervention pour les patients. Ces chercheurs ont constaté que les patients chez lesquels des crises ont été déclenchées avaient obtenu de meilleurs résultats que les patients pour qui cette avenue (Une avenue est une grande voie urbaine. Elle est en principe plantée d'arbres, et conduit à un monument.) s'était révélée impossible. En outre, ils ont noté une forte similarité entre les zones où s'étaient produites les crises, qu'elles aient été provoquées ou qu'elles soient survenues spontanément.

Ces observations portent à croire que la provocation de crises permet de localiser les zones épileptogènes aussi efficacement que la survenue spontanée. En mettant cette méthode à profit, il pourrait être possible d'écourter considérablement les séjours à l'hôpital des patients en attente de chirurgie et de réduire les coûts pour les hôpitaux où ces interventions sont pratiquées.

La Dre Frauscher a affirmé que l'équipe de sa clinique avait modifié sa pratique habituelle et privilégie maintenant la provocation de crises peu de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) après l'implantation (Le mot implantation peut avoir plusieurs significations :) d'électrodes. Selon elle, il est à prévoir qu'à l'issue de la publication des résultats de cette étude, d'autres cliniques devraient emboîter le pas.

" Je crois qu'il y aurait un énorme avantage à pratiquer cette intervention dès les premiers jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son...) d'hospitalisation des patients, a déclaré la Dre Frauscher. L'intervention en soi n'a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c'est que nous savons maintenant qu'elle donne des résultats qui ressemblent beaucoup à ceux obtenus lors de la survenue spontanée d'une crise, ce qui nous permet d'écourter les séjours à l'hôpital. Plutôt que d'être forcés de demeurer à l'hôpital pendant deux semaines, les patients n'auraient qu'à y rester entre 48 et 72 heures (L'heure est une unité de mesure  :), et il nous suffirait de consigner une crise spontanée supplémentaire au lieu de plusieurs. Il s'agit là d'une énorme différence. "

Les résultats de leur étude ont été publiés dans le numéro du 10 juin 2019 du Journal of the American Medical Association. Cette étude a pu être réalisée grâce à l'aide financière des Instituts de recherche en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) du Canada, de la Fondation Savoy pour l'épilepsie et du Fonds de la recherche en santé du Québec. Les auteurs de cette étude sont la Dre Carolina Cuello-Oderiz, chercheuse universitaire, le Dr François Dubeau, épileptologue, Jean Gotman, neuroscientifique spécialisé dans la recherche sur l'épilepsie, le Dr Jeffery Hall, spécialiste du traitement chirurgical de l'épilepsie, Nicolas von Ellenrieder, agrégé de recherche, ainsi que le Dr Philippe Kahane, épileptologue, et son équipe du Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, en France.
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