La psychologie contre la douleur chronique ?

Publié par Adrien le 08/11/2021 à 09:00
Source: Victor Desilets - ASP
Une étude récente publiée dans la revue JAMA Psychiatry conclut que des traitements psychologiques pourraient offrir un soulagement durable aux douleurs chroniques. Deux spécialistes montréalais estiment toutefois qu'on est encore loin de la panacée (Dans la mythologie grecque, Panacée (en grec ancien...).


L'étude publiée le 30 septembre par une équipe de chercheurs américains, visait à évaluer une technique appelée Pain Reprocessing Therapy (PRT). Cette technique a été développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de...) par le psychologue américain Alan Gordon, qui est un des co-auteurs de l'étude. La PRT est une approche psychologique visant à déconstruire la conception de douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un...) dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite...). La prémisse des auteurs de l'étude est que 85% des individus souffrant de douleurs lombaires chroniques n'ont pas réellement de dommages physiques comme des tissus endommagés. C'est le cerveau qui générerait la sensation de douleur et l'appréhension qu'un mouvement corporel sera douloureux.

De la même façon que le cerveau peut apprendre la douleur à la suite de blessures, pourrait-il donc la désapprendre une fois la guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se...) complète ? C'est ce que les chercheurs prétendent démontrer. L'équipe a utilisé l'imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui...) par résonance (La résonance est un phénomène selon lequel certains systèmes physiques...) magnétique (IRM) pour mesurer l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) cérébrale. Selon eux, 98% des membres du groupe à l'étude ont dit ne plus avoir de douleurs au dos (En anatomie, chez les animaux vertébrés parmi lesquels les humains, le dos est la partie...), ou du moins que leur douleur avait diminué, à la suite du traitement de huit semaines de PRT. L'IRM abondait dans le même sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but...). Un an après le traitement, 66% du groupe à l'étude était encore exempt de douleur chronique.

L'étude rassemblait 151 participants de la région de Boulder, Colorado, âgés entre 21 et 70 ans, qui ont été séparés aléatoirement en trois groupes: le groupe à l'étude qui allait suivre le PRT deux fois par semaine pendant quatre semaines, un groupe placebo qui a reçu une injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :) saline dans le dos et un groupe dont les membres ont accepté de poursuivre leurs traitements usuels.

Trop tôt pour crier victoire

Mais certains chercheurs ne sont pas convaincus. L'étude "n'apporte pas vraiment de nouveau sur le sujet. De la psychothérapie de l'ordre de la déconstruction de la douleur, j'en fais depuis longtemps", commente Gabrielle Pagé, professeure au département de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) de la douleur de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement...).

"Je ne veux pas que cette étude sorte dans les médias (On nomme média un moyen impersonnel de diffusion d'informations (comme la presse, la radio, la...) comme miraculeuse, ni même comme une avancée dans le domaine. Il y a 1,2 milliard (Un milliard (1 000 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent...) de personnes souffrant de douleurs chroniques dans le monde (Le mot monde peut désigner :), et eux ont une échelle de 150 personnes. En plus, leur échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou...) est biaisé", ajoute le Dr Yoram Shir, directeur de l'Unité de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) sur la douleur, à l'Université McGill (L’Université McGill, située à Montréal au Québec, est une des...).

L'échantillon mis à l'étude ne serait en effet pas représentatif des gens souffrant de douleurs chroniques, selon le Dr Shir. Du groupe à l'étude, seulement 14% ne vont pas au travail, et 33% disent faire au moins sept heures (L'heure est une unité de mesure  :) d'activité physique (L'activité physique regroupe à la fois l'exercice physique de la vie quotidienne, maison,...) par semaine. Avant le traitement, la douleur moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...) des participants était évaluée à 4,1 sur 10, ce qu'on considère comme étant une douleur légère ou modérée. Au final, la douleur n'empêche pas ces gens d'avoir un train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de...) de vie (La vie est le nom donné :) actif.

"Un autre point (Graphie) qui n'est pas à négliger est le niveau d'éducation du groupe", remarque M. Shir. Le taux de diplomation d'école secondaire est de 100%. Or, "il ne faut pas oublier que beaucoup des victimes de douleurs chroniques sont des gens moins scolarisés, des cols bleus par exemple. Ils viennent me voir et me disent ''C'est vous le médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en...), réglez mon problème ''. Ils ne veulent rien savoir de médecine comportementale comme la psychothérapie, ils veulent une solution externe", comme des pilules, explique le docteur.

Il devient alors difficile d'extrapoler à partir de l'étude du Colorado. "J'aimerais faire remarquer que les trois groupes de l'étude ont vu leurs conditions s'améliorer. Ça va même jusqu'à 20% du groupe placebo qui disait être sans douleur un an après la fin du projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a...)", note Yoram Shir.

"La douleur lombaire chronique est cyclique et est influencée par plusieurs facteurs extérieurs comme l'anxiété (L'anxiété est pour la psychiatrie phénoménologique biologique et...) et le stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général...) du quotidien. On dirait que l'étude n'en tient pas compte", conclut Gabrielle Pagé.

Cet article a été produit en association avec le cours Quête de sens journalistique, animé par Jean-François Gazaille à l'UQAM
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