Quel est l'impact des humains sur les fragments forestiers tropicaux ?

Publié par Adrien le 10/01/2021 à 09:00
Source: CNRS INEE
Les impacts de l'homme sur les forêts naturelles du monde ne se limitent pas à la déforestation. Le feu, la coupe de bois et l'invasion par des animaux et des plantes exotiques sont quelques exemples d'impacts directs sur la biodiversité et les stocks de carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C,...) des parties non déboisées, ou vestiges forestiers. Mais quelle est l'ampleur (et le coût) de ces impacts humains ?


Figure 1. Exemple de fragments de forêt de la forêt atlantique qui sont bien préservés (à gauche) et fortement dégradés (à droite).
© R.A.F. Lima (Lima est la capitale et la plus grande ville du Pérou (2005: 8 393 728 habitants). Elle est...) (photo de gauche) et A.L. de Gasper (photo de droite).

Une étude parue dans la revue Nature Communications le 11 décembre 2020, issue d'une collaboration internationale de chercheurs issus du Brésil, des Pays-Bas et du laboratoire Évolution et Diversité Biologique de Toulouse (EDB-CNRS/ Université Toulouse III (L’université Toulouse-III, (nom d’usage : université Paul Sabatier)...) Paul Sabatier/IRD), a révélé une situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un...) alarmante pour la Forêt Atlantique d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et...) du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). Elle met en évidence que les impacts humains ont déjà causé des pertes de 23 à 42 % de la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie...) et des stocks de carbone des vestiges de la Forêt Atlantique.

Renato Lima, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la...) associé à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) de São Paulo (Brésil) et au Naturalis Biodiversity Center (Pays-Bas), explique que non seulement la Forêt Atlantique a perdu plus de 80 % de son couvert forestier d'origine, mais également que beaucoup ignorent que les vestiges forestiers ont vu leur biodiversité et leurs stocks de carbone érodés par la dégradation du biome (Un biome (du grec bios = vie), appelé aussi aire biotique, écozone ou écorégion, est un...) au fil des ans. Les vestiges forestiers perdent, en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...), 1/4 à 1/3 de leurs stocks de carbone et de leurs espèces d'arbres, en particulier les espèces endémiques de la forêt atlantique. Bien que les chercheurs aient utilisé quelques milliers d'enquêtes sur le terrain, réparties dans toute la région, ces estimations de la perte de carbone et de biodiversité sont probablement sous estimées ; les pertes locales peuvent être beaucoup plus importantes.

Les auteurs ont également estimé combien ces pertes représenteraient pour la Forêt Atlantique dans son ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection...). D'après Paulo Inácio Prado, professeur à l'Université de Sao Paulo, les pertes de stocks de carbone équivalent à la déforestation de jusqu'à 70 000 km2 de forêts (près de 10 millions de terrains de football) ou 2,6 milliards de dollars de crédits carbone. Et ces chiffres ne tiennent pas compte de la valeur d'autres services écosystémiques importants, tels que le cycle de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les...) et la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se...) climatique.


Figure 2. Exemple d'impacts humains sur la Forêt Atlantique.
En haut à gauche: coupe sélective du bois.
En haut à droite: fragment piétiné par le bétail ;
En bas à gauche: ranch de chasse au milieu de la forêt.
En bas à droite: défrichement en forêt envahie par des espèces exotiques.
© R.A.F. Lima.

Jérôme Chave, directeur de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand...) au Laboratoire Evolution et Diversité Biologique de Toulouse (EDB-CNRS/ Université Toulouse III Paul Sabatier/IRD - France), rappelle que les études évaluant les impacts humains sur la biomasse ( En écologie, la biomasse est la quantité totale de matière (masse) de toutes les espèces...) et la biodiversité forestière sont rares, surtout à grande échelle (La grande échelle, aussi appelée échelle aérienne ou auto échelle, est un...) spatiale. La dégradation de la biodiversité est encore difficile à mesurer à l'aide de capteurs (Un capteur est un dispositif qui transforme l'état d'une grandeur physique observée en une...) à distance, tels que des images satellites (Satellite peut faire référence à :). Par conséquent, les scientifiques ont encore besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est...) d'inventaires sur le terrain pour obtenir des estimations fiables de la perte de biodiversité. Le chercheur français rappelle également l'importance de quantifier la dégradation des forêts pour les mécanismes de compensation climatique.

Enfin, l'étude parue dans Nature Communications souligne également l'importance des unités de conservation de protection stricte pour réduire les pertes de biodiversité et de carbone. Hans ter Steege, professeur et chercheur néerlandais au Naturalis Biodiversity Centerexplique que les grandes unités de conservation de protection stricte étaient les zones qui avaient le moins de pertes. Mais l'étude a révélé des pertes importantes même au sein de ces aires (Aires (en espagnol, les airs) est une compagnie aérienne intérieure de Colombie.) protégées, renforçant l'importance non seulement de créer de nouvelles unités de conservation, mais aussi de renforcer la protection à l'intérieur des unités de conservation existantes.

Note: Alexandre A. Oliveira (USP), Gregory R. Pitta (USP) et Alexander Vibrans (FURB) ont également participé à l'étude.

Références:
“The erosion of biodiversity and biomass in the Atlantic Forest biodiversity hotspot”,
R.A.F. Lima, A.A. Oliveira, G.R. Pitta, A.L. de Gasper, A.C. Vibrans, J. Chave, H. ter Steege, P.I. Prado.,
Nature Communications (2020). https://doi.org/10.1038/s41467-020-20217-w
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