Quel type de forêt choisir pour mieux stocker le CO2 ?

Publié par Adrien le 14/11/2020 à 09:00
Source: Université de Genève
Les forêts aident à atténuer les émissions de dioxyde de carbone en le capturant. Pour tirer le meilleur parti de ce phénomène naturel, des scientifiques ont défini quels types de forêt peuvent stocker le plus de carbone et dans quelles conditions.

Une équipe internationale emmenée par l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom...) (UNIGE) a étudié quels types de forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense, constituée d'un ou plusieurs peuplements d'arbres et d'espèces associées. Un boisement de faible étendue est dit...), en termes de biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces, des populations et celle des gènes dans...), sont les plus efficaces pour stocker le carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.). Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) d'inventaire des forêts naturelles des cinq continents montrent que la diversité des espèces est optimale pour les forêts équatoriales et tropicales humides, et qu'à contrario, dans les forêts situées dans les régions froides ou sèches, c'est l'abondance des arbres et non leur diversité qui favorise la recapture du CO2. Les résultats de l'étude, publiée dans Nature Communications, sont précieux pour définir des stratégies naturelles pour lutter contre le bouleversement climatique.


La diversité des espèces d'arbres des forêts équatoriales et tropicales, comme la forêt de Patagonie du nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) du Chili illustrée ici, augmente la capacité de stockage du carbone. © UNIGE/ Madrigal-Gonzalez

Le réchauffement climatique (Le réchauffement climatique, également appelé réchauffement planétaire, ou réchauffement global, est un phénomène d'augmentation de la température moyenne des océans et de...) met les forêts à rude épreuve en raison de températures annuelles moyennes plus élevées, de sécheresses plus longues et de phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents. Elles jouent pourtant un rôle crucial dans l'atténuation (Perte d'intensité et amplitude d'un signal...) du changement climatique. Les forêts -et le bois qu'elles produisent- peuvent piéger et stocker le dioxyde de carbone (Le dioxyde de carbone, communément appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, est un composé chimique composé d'un atome de carbone et de deux atomes d'oxygène et...) (CO2) de l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) et le convertir en carbone lors de la photosynthèse (La photosynthèse (grec φῶς phōs, lumière et σύνθεσις sýnthesis,...). Le carbone est ensuite stocké sous forme de bois et de végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle aussi de "couverture végétale".), un processus appelé "piégeage du carbone". Cependant, toutes les forêts n'ont pas la même capacité à capturer et à stocker le carbone.

Hypothèses opposées

Au cours des dernières décennies, les recherches ont suggéré que la diversité des espèces permettait un empilement plus dense et un cloisonnement de niche favorisant l'abondance des arbres au sein d'une forêt, cette abondance augmentant la capacité forestière de stockage du carbone. Mais une autre hypothèse suggère que ce n'est pas la diversité qui permet l'abondance des arbres, mais la disponibilité (La disponibilité d'un équipement ou d'un système est une mesure de performance qu'on obtient en divisant la durée durant laquelle ledit équipement ou système est opérationnel par la...) en substrat énergétique. Les zones les plus riches en énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) permettent à un plus grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'arbres de prospérer par unité de surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière...) et donc d'augmenter la recapture du carbone. Connaitre la réponse pourrait, de manière pragmatique, orienter la lutte contre les émissions de CO2.

Analyses des forêts des cinq continents

Une équipe internationale emmenée par Jaime Madrigal-Gonzalez, collaborateur scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) des sciences de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement...) (ISE) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment...) de Genève, s'est attelée à déterminer laquelle de ces hypothèses était la plus probable, et dans quelles conditions. La question a été abordée à l'aide de données d'inventaire en provenance des forêts naturelles des cinq continents. "Avoir plus d'espèces n'est peut-être pas toujours ce qu'il faut pour obtenir un meilleur stockage du carbone dans les forêts", déclare Jaime Madrigal-Gonzalez.

D'après les résultats de l'étude, cette relation ne semble prévaloir que dans les régions forestières les plus productives de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa gravité la maintienne en équilibre hydrostatique,...), qui se limitent essentiellement aux forêts équatoriales et tropicales humides, et à certaines forêts tempérées -dans des régions où la déforestation et les incendies de forêt provoqués par l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...) ont récemment ravagé des environnements sauvages. Au contraire, dans les forêts situées dans les régions les plus froides ou les plus sèches de la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est...), c'est apparemment l'abondance et non la diversité qui favorise la productivité. "Dans ces régions, toute augmentation du nombre d'espèces n'entraînera pas nécessairement une augmentation du nombre d'arbres et ne contribuera donc pas beaucoup au stockage du carbone.", poursuit le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent d'importantes...).

Lutter naturellement contre les émissions de CO2

Les conclusions de cette étude sont d'une grande pertinence pratique. Elles offrent des pistes concrètes pour définir des stratégies d'atténuation du changement climatique centrées sur la nature en utilisant les forêts et leur séquestration de carbone pour atteindre, par exemple, les objectifs climatiques de l'accord de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin...). "L'augmentation du stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle de stress...) climatique dans les forêts les plus productives de la planète pourrait faire disparaître le rôle important de la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique", conclut le Professeur Markus Stoffel, de l'Institut des sciences de l'environnement de UNIGE.
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