Une étrangeté se dessine dans notre galaxie à mesure que les astronomes découvrent des exoplanètes: les planètes orbitant autour de paires d'étoiles, semblables à Tatooine de Star Wars, apparaissent bien moins nombreuses que prévu par rapport à celles qui accompagnent des soleils solitaires, même en prenant en compte les difficultés d'observations.
Cette situation interpelle les chercheurs depuis plusieurs années, car elle semble remettre en cause les modèles astronomiques établis. Comment expliquer que les systèmes binaires abritent si peu de compagnons planétaires ?
Une illustration artistique d'une planète semblable à la Terre en orbite autour d'étoiles binaires. Crédit: NASA/JPL-Caltech
Les duos d'étoiles, où deux soleils gravitent l'un autour de l'autre, sont pourtant communs dans la Voie lactée et les estimations laissaient penser qu'au moins 10 % d'entre eux devraient accueillir des exoplanètes. Néanmoins, parmi les plus de 6 000 planètes confirmées à ce jour, seulement 14 ont été identifiées autour de telles paires stellaires, ce qui constitue un véritable casse-tête pour la communauté scientifique.
Une équipe de l'Université de Californie à Berkeley et de l'Université américaine de Beyrouth avance une explication liée à la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, venant s'ajouter aux difficultés d'observations inhérentes à ce type de systèmes (voir chapitre ci-dessous).
Au sein de ces systèmes binaires, les deux étoiles suivent des trajectoires elliptiques, exposant toute planète les accompagnant à des forces gravitationnelles particulièrement intriquées. Cette configuration génère un phénomène appelé précession, où l'orientation de l'orbite planétaire pivote graduellement au fil du temps, affectant sa stabilité.
Simultanément, les orbites des étoiles elles-mêmes sont sujettes à une précession induite par la relativité générale. Lorsque ces taux de précession entrent en synchronisation, une résonance se produit, étirant considérablement la trajectoire de la planète. Selon Mohammad Farhat, cette interaction peut déstabiliser l'orbite, menant soit à la destruction de l'objet s'il s'approche trop près des étoiles, soit à son éjection pure et simple du système. Ce mécanisme offrirait ainsi une raison au faible taux d'observation de planètes dans de tels environnements.
Les modélisations indiquent que ces perturbations sont encore plus fréquentes dans les binaires serrés, où les étoiles accomplissent une orbite en une semaine ou moins. Or, ces systèmes sont précisément ceux ciblés par des missions comme Kepler et TESS de la NASA, qui détectent les planètes en observant les micro-éclipses provoquées par leur passage devant leur étoile. Par conséquent, la rareté observée pourrait découler de ces instabilités dynamiques plutôt que d'une absence réelle de formation de planètes, introduisant ainsi un biais dans nos données actuelles.
Il est envisageable que des centaines de mondes analogues à Tatooine existent dans la Voie lactée, mais leur identification demeure ardue avec les techniques employées aujourd'hui. Les futures recherches devront intégrer ces effets relativistes pour affiner leurs prospections, ouvrant potentiellement la porte à de nouvelles découvertes dans le domaine des exoplanètes.
Les méthodes de détection des exoplanètes
La chasse aux exoplanètes s'appuie principalement sur des techniques indirectes, ces mondes étant trop distants pour être observés directement. La méthode des transits est la plus utilisée: elle consiste à mesurer l'affaiblissement périodique de la luminosité d'une étoile lorsqu'une planète passe devant elle, à la manière d'une ombre.
Cette approche a été largement exploitée par des télescopes spatiaux comme Kepler et TESS, qui surveillent des milliers d'étoiles en continu. Toutefois, elle fonctionne de manière optimale pour les planètes dont les orbites sont alignées avec notre ligne de visée, mais peut s'avérer moins efficace dans les systèmes binaires où les signaux lumineux sont perturbés par la présence de deux astres.
D'autres techniques existent, telle que la vitesse radiale, qui capte les oscillations de l'étoile induites par l'attraction gravitationnelle d'une planète. Elle est plus adaptée aux planètes massives ou proches de leur étoile. Dans les systèmes doubles, les interactions gravitationnelles multiples compliquent l'analyse, ce qui contribue probablement également au faible nombre de confirmations.
Ces limites techniques impliquent que notre inventaire d'exoplanètes reste partiel, particulièrement pour les architectures stellaires inhabituelles. Le développement de nouveaux instruments et l'amélioration des algorithmes pourraient permettre de surmonter ces obstacles, révélant peut-être à l'avenir une plus grande population de planètes évoluant autour de doubles soleils.