Santé: des applications mobiles à risque
Publié par Adrien le 14/09/2018 à 00:00
Source: Jean Hamann - Université Laval
En 2017, il existait environ 325 000 applications mobiles en santé, dont près de 9 % dans le domaine de la santé mentale. Les applications sécuritaires qui reposent sur des données probantes sont toutefois peu nombreuses en psychologie et en neuropsychologie. Les applications mobiles en santé psychologique présentent des failles qui invitent à la prudence

Les applications mobiles destinées à l'évaluation des troubles psychologiques ou neuropsychologiques présentent des failles qui invitent à la prudence. C'est le message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux d’information transmis dans la communication d’un message par un canal de communication, notamment en présence de parasites appelés...) qui se dégage d'une analyse publiée dans la revue Psychologie canadienne par une équipe de l'École de psychologie et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) CERVO qui s'est penchée sur ces applications. La confidentialité des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement,...) fournies par les utilisateurs et la fiabilité (Un système est fiable lorsque la probabilité de remplir sa mission sur une durée donnée correspond à celle spécifiée dans le cahier des charges.) des tests utilisés dans ces applications constituent les deux principaux écueils relevés par les chercheurs Caroline East-Richard, Louis Laplante, Jean Vézina et Caroline Cellard.

C'est l'explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement sous forme de gaz. Plus cette transformation...) des applications mobiles dans le domaine de la santé qui a poussé les chercheurs à s'intéresser aux produits ciblant l'évaluation psychologique. En 2017, il existait environ 325 000 applications mobiles en santé, une hausse de 25% par rapport à l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) précédente. Environ 9% de ces applications touchent au domaine de la santé mentale (La santé mentale est un terme relativement récent et polysémique. Habituellement elle est vue comme l'« aptitude du psychisme à fonctionner de façon...). "Comme c'est un domaine en pleine émergence, nous étions curieux d'examiner les applications existantes afin d'en évaluer la pertinence pour les professionnels et pour la population en général", résume la doctorante Caroline East-Richard. Les chercheurs ont fait un survol des applications mobiles accessibles sur les sites canadiens d'Apple (Apple, Inc. (Apple Computer, Inc. jusqu'en janvier 2007 ; apple signifie « pomme » en anglais) (NASDAQ : AAPL) est une société multinationale dont l'activité...) Store ou de Google (Google, Inc. est une société fondée le 7 septembre 1998 dans la Silicon Valley en Californie par Larry Page et Sergey Brin, auteurs du moteur de recherche Google. Depuis 2001, Eric Schmidt en est le PDG (CEO)....) Play. "Nous avons écarté les nombreuses applications qui s'apparentaient à de la psycho-pop pour nous concentrer sur les rares applications qui semblaient sérieuses", précise-t-elle.

Onze des applications retenues étaient destinées aux professionnels. On y trouve, par exemple, des applications servant à évaluer la mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.), l'attention ou le langage ou encore des questionnaires sur la dépression ou le trouble déficitaire de l'attention. Cinq applications étaient ouvertes à tous et visaient, entre autres, à suivre l'évolution de son humeur au fil des jours, à évaluer ses symptômes de dépression et d'anxiété (L'anxiété est pour la psychiatrie phénoménologique biologique et comportementale, un état d'alerte, de tension psychologique et...), à mieux connaître et à mieux gérer les symptômes du stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes...) post-traumatique ou encore à repérer les symptômes de démence (La démence (du latin demens) est une réduction acquise des capacités cognitives suffisamment importante pour retentir sur la vie de la...) chez un proche.

Premier problème constaté par les chercheurs: il est très difficile de savoir si ces applications reposent sur des données probantes. "Les outils utilisés dans la pratique courante en psychologie et en neuropsychologie s'appuient sur des études scientifiques rigoureuses que l'on peut consulter grâce à des références bibliographiques. C'est rarement le cas pour les tests proposés dans les applications mobiles, ce qui soulève des questions sur la validité et la fiabilité de ces outils", souligne Caroline East-Richard.

Deuxième problème majeur: la protection des renseignements fournis par les usagers. Les chercheurs ont constaté que moins de la moitié des applications étaient protégées par un nom d'utilisateur et un mot de passe. "Cela signifie que la confidentialité des renseignements personnels des patients pourrait être compromise si un professionnel égare ou se fait voler son téléphone (Le téléphone est un système de communication, initialement conçu pour transmettre la voix humaine.) ou sa tablette, explique la doctorante. De plus, aucune information n'est fournie concernant les serveurs où les données sont emmagasinées et aucune information ne permet d'affirmer que ces serveurs sont sécuritaires. Il est donc impossible de déterminer si les données sont entre les mains de compagnies ayant des intérêts différents du but premier des applications en santé mentale. Il y a un risque que ces renseignements servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) à dresser un profil des usagers afin de les exposer à de la publicité (Bien que le terme (Werbung en allemand, Publicity et Advertising en anglais) désignât d'abord le mot qui aux yeux d'Habermas qualifie la Modernité et la Démocratie —(...) ciblée."

Même si elles ne remplaceront jamais les professionnels de la santé psychologique, les applications mobiles ont tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) de même un potentiel intéressant, estime l'étudiante-chercheuse. Elles pourraient notamment faciliter l'accès aux ressources psychoéducatives et réduire la stigmatisation liée à la maladie mentale (La dénomination maladie mentale est le terme générique qui regroupe toute une série de troubles d'origines diverses (toxiques,...) et à la demande d'aide psychologique. "Pour qu'elles fassent une percée auprès des professionnels, il faudra toutefois que les concepteurs de ces outils règlent les problèmes de validité des tests et de confidentialité des données. Il faudra aussi que les applications apportent une valeur ajoutée en rendant leur travail plus efficace. Si on en vient là, il n'est pas impensable que les professionnels puissent un jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa...) prescrire une application mobile (Une application mobile est un logiciel applicatif développé pour être installé sur un appareil électronique mobile, tel qu'un assistant personnel, un téléphone portable ou...) à leurs patients."

La doctorante admet qu'il n'est pas facile pour le non-spécialiste de s'y retrouver dans cette jungle (La jungle est un type de végétation caractéristique de l’Inde : une formation herbacée comptant une proportion irrégulière d'arbres. Le succès du livre de Rudyard Kipling, Le Livre de la...) d'applications. "Le mieux à faire est encore de demander l'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait...) éclairé d'un psychologue ou d'un neuropsychologue. À partir des questions et des tests contenus dans les applications, les professionnels peuvent rapidement se faire une idée sur la fiabilité et le sérieux d'un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des...)."

En 2017, il existait environ 325 000 applications mobiles en santé, dont près de 9 % dans le domaine de la santé mentale. Les applications sécuritaires qui reposent sur des données probantes sont toutefois peu nombreuses en psychologie et en neuropsychologie.
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