La sclérose en plaques liée aux infections virales infantiles ?
Publié par Adrien le 27/06/2019 à 08:00
Source: Université de Genève
Des chercheurs de l'UNIGE ont découvert un lien entre les infections virales cérébrales dans l'enfance et le développement de la maladie auto-immune à l'âge adulte.


Cette image montre une coloration des lymphocytes T (cyan) exprimant la chimiokine CCL5 (jaune) - appelant les cellules auto-réactives-, qui résident sur un site d'infection virale résolu (rose).
© UNIGE

Les causes de la sclérose (La sclérose est une lésion élémentaire en pathologie dermatologique. Elle correspond à la rigidification anormale de la peau. Elle peut être localisée ou généralisée à l'ensemble du...) en plaques sont encore mystérieuses. L'on suppose que son déclenchement découle d'une part d'une composante génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et...), et d'autre part d'une composante environnementale. Mais laquelle ? Dans un modèle murin de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.), des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont étudié le lien potentiel entre les infections virales cérébrales transitoires survenues lors de la petite enfance et l'apparition d'une maladie auto-immune (Les maladies auto-immunes sont dues à une hyperactivité du système immunitaire à l'encontre de substances ou de tissus qui sont normalement présents dans l'organisme.) cérébrale plus tard dans la vie (La vie est le nom donné :). En effet, la zone cérébrale touchée dans l'enfance subit une modification des tissus qui appelle, des années plus tard, le système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le...) à se retourner contre lui-même à cet endroit précis, déclenchant les lésions auto-immunes. Ces résultats, à lire dans la revue Science Translational Medicine, donne un premier élément de réponse sur l'une des causes possibles de cette grave maladie.

La sclérose en plaques touche en Suisse une personne sur 1000, dont deux tiers de femmes. Il s'agit de la maladie auto-immune cérébrale la plus fréquente. Aujourd'hui, il n'existe pas encore de traitement pouvant la guérir, de même que les causes de son déclenchement vers l'âge de 30 ans ne sont pas encore connues. "Nous nous sommes demandés si les infections virales cérébrales contractées durant la petite enfance faisaient partie des causes possibles", relève Doron Merkler, professeur au Département de pathologie (La pathologie, terme provenant du Grec ancien, est littéralement le discours, la rationalité (λογία logos) sur la souffrance (πάθος pathos), et désigne dans une...) et d'immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système immunitaire. Apparu très tôt dans l'échelle de l'évolution, ce...) de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) de l'UNIGE et médecin-adjoint agrégé au Service de pathologie clinique des HUG. En effet, les infections transitoires du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du...) peuvent être gérées rapidement par le système immunitaire, sans même que l'enfant ne s'en aperçoive. "Mais une telle infection transitoire peut, dans certaines circonstances, laisser une empreinte locale dans le cerveau, que l'on pourrait caractériser de signature inflammatoire", poursuit le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...).

L'enfance, moment charnière de la maladie

Pour vérifier cette hypothèse, les scientifiques ont provoqué une infection virale transitoire chez un groupe de souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire, mais aussi de...) adultes et chez un groupe de souriceaux. "Dans les deux cas, les souris n'ont présenté aucun signe de la maladie et ont éliminés l'infection en une semaine, montrant une réponse anti-virale similaire", précise Karin Steinbach, chercheuse au Département de pathologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de l'UNIGE.

Ils ont ensuite laissé vieillir les deux groupes de souris, puis leur ont transféré des cellules immunitaires dirigées contre les structures du cerveau, nommées cellules auto-réactives, que l'on retrouve chez un patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.) atteint de sclérose en plaques. "De telles cellules peuvent également être présentes chez l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé un garçon,...), sans nécessairement être associées à une maladie, car elles sont contrôlées par différents mécanismes et n'ont pas accès au cerveau", explique Karin Steinbach.

Chez le groupe de souris infectées par le virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme...) à l'âge adulte, les cellules auto-réactives n'ont effectivement pas induit (L'induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de recevoir l'induction de l'inducteur et de la...) de lésions cérébrales. Par contre, chez les souris infectées lorsqu'elles étaient petites, ces cellules auto-réactives ont migré vers le cerveau, à l'endroit précis de l'infection contractée par le souriceau, et ont commencé à en détruire les structures. Pourquoi une telle différence ?

Une accumulation de lymphocytes T donne le signal

En analysant les tissus de la zone infectée par le virus chez le groupe de souriceaux, les chercheurs ont observé une accumulation d'un sous-type de cellules immunitaires: les lymphocytes T à mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) résidant dans le tissu cérébral. "Normalement, ces dernières sont distribuées dans tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le cerveau, prêtes à le protéger en cas d'attaque virale. Mais ici, ces cellules s'amassent en surnombre à l'endroit précis de l'infection infantile, changeant la structure du tissu", s'étonne Doron Merkler.

Ils ont alors constaté que cette accumulation cellulaire produit une molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente la plus petite quantité de matière possédant...) qui attire spécifiquement les cellules auto-réactives, leurs ouvrant l'accès au cerveau. Elles se mettent alors à en détruire les structures, provoquant la maladie auto-immune. "Afin de vérifier cette observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...), nous avons bloqué le récepteur des cellules auto-réactives qui perçoit le signal produit par l'accumulation des lymphocytes T à mémoire résidant dans le cerveau, et effectivement, les souris ont été protégées des lésions cérébrales !", s'enthousiasme le chercheur genevois.

Une accumulation présente également chez l'homme

"Nous avons ensuite regardé si, chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, nous retrouvions cette accumulation de lymphocytes T à mémoires résidant dans le tissu cérébral qui produit le signal d'appel aux cellules auto-réactives, et c'est bien le cas !", se réjouit Karin Steinbach. Par analogie, les scientifiques suggèrent qu'un tel mécanisme pourrait exister chez l'homme, mais cela nécessite une étude plus approfondie.

"Nous poursuivons nos recherches dans cette direction, notamment afin de comprendre pourquoi les lymphocytes T s'accumulent dans le cerveau chez un enfant suite à l'infection, mais ne le font pas à l'âge adulte", conclut Karin Steinbach. Les connaissances acquises dans le cadre de cette étude peuvent donc contribuer à la meilleure compréhension des causes possibles de la sclérose en plaques.
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