Des températures extrêmes frapperont les villes d'Afrique
Publié par Adrien le 06/06/2019 à 08:00
Source: Université de Genève
Une équipe internationale de chercheurs a croisé pour la première fois projections démographiques et scénarii climatiques à l'échelle du continent africain, révélant le nombre de personnes potentiellement exposées à des températures extrêmes.

Le changement climatique, la croissance démographique et l'urbanisation jouent un rôle déterminant sur l'augmentation de l'exposition aux températures extrêmes. Des chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et...) de Genève (UNIGE), en collaboration avec l'Université de Twente (Pays-Bas) et le Joint Research Center de l'Union européenne à Ispra en Italie ont évalué différents scénarii possibles de l'évolution du changement climatique et du développement socio-économique dans 173 villes africaines pour les années 2030, 2060 et 2090. Leurs résultats, à lire dans la revue Earth's Future, démontrent qu'un tiers des Africains vivants en ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune,...) pourraient être touchés par ces vagues de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) extrêmes en 2090. Leurs projections soulignent également l'influence du développement socio-économique sur les impacts du changement climatique.


©DR

L'impact du changement climatique se fait spécifiquement ressentir dans les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²),...) aux climats tropicaux, caractérisés par une forte humidité (L'humidité est la présence d'eau ou de vapeur d'eau dans l'air ou dans une substance (linge, pain, produit chimique, etc.).) et des températures extrêmes. A cela s'ajoutent le développement socio-économique et la forte urbanisation que connaissent les pays de ces régions, particulièrement en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une population...), qui conduisent à une explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement sous forme de gaz. Plus...) de la croissance démographique en ville. La combinaison (Une combinaison peut être :) de ces deux facteurs impacte fortement les conditions de vie (La vie est le nom donné :) des personnes vivant dans les villes africaines, notamment au niveau des températures extrêmes, voire mortelles. "Nous considérons que le seuil critique se situe à 40,6 degrés Celsius en température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et étudiée en thermométrie. Dans la vie courante, elle est reliée aux sensations de...) ressentie, soit en prenant en compte l'humidité", relève Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) Rohat, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...) à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) des sciences de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement...) (ISE) de l'UNIGE. En effet, une forte humidité extérieure perturbe notre capacité de thermorégulation, ce qui peut avoir des conséquences mortelles.

Les scientifiques de l'UNIGE, de l'Université de Twente et du Joint Research Center de l'Union européenne à Ispra ont fondé leurs recherches sur des projections scientifiques du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se...) et de la démographie (La démographie (en grec δημογραφία, de l'ancien grec δήμος = demos signifiant « peuple » et...) future, et non pas sur des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) démographiques actuelles, pour calculer le risque dans les années à venir. Une première. "Notre idée était de prendre en compte tous les scénarii possibles de changement climatique et de croissance démographique urbaine, le meilleur comme le pire, afin de savoir ce qui nous attend", explique Guillaume Rohat. Ils ont alors combiné cinq scénarii de projections socio-économiques et trois scénarii de projection (La projection cartographique est un ensemble de techniques permettant de représenter la surface de la Terre dans son ensemble ou en partie sur la surface plane...) du changement climatique effectués par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour les années 2030, 2060 et 2090. "Ceci nous a donné douze combinaisons différentes plausibles pour chacune de ces années et nous a permis de calculer le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de personnes par jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les...) exposées à des températures supérieures à 40,6° dans les villes africaines sur une base annuelle. Une personne peut donc être comptée plusieurs fois, car elle pourra être exposée plusieurs jours par an à ces vagues de chaleur", continue-t-il. A partir de ces douze modèles, ils ont analysé la démographie, l'urbanisation, et le climat de 173 villes d'au minimum 300'000 habitants dans 43 pays africains.

Une augmentation drastique de personnes en danger est inévitable

Les premiers résultats de l'étude démontrent que quel que soit le scénario choisi, une augmentation drastique de personnes touchées par des températures extrêmes par année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) est inévitable. "Dans le meilleur des cas, 20 milliards de personnes-jour seront concernées en 2030, contre 4,2 milliards en 2010, soit une augmentation de 376%, relève Guillaume Rohat. Ce chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) grimpe à 45 milliards en 2060 (+971%) et atteint 86 milliards en 2090 (+1947%)." Mais si l'on prend le pire scénario pour chacune de ces trois années, à savoir une très forte augmentation démographique, une explosion de l'urbanisation et un climat très perturbé par une augmentation continue de CO2, les chiffres prennent encore l'ascenseur (Un ascenseur est un dispositif mobile assurant le déplacement des personnes (et des objets) en hauteur sur des niveaux définis d'une construction.): 26 milliards en 2030 (+519% par rapport à 2010), 95 milliards en 2060 (+2160%) et 217 milliards en 2090 (+4967%) !

Si chaque habitant des 173 villes étudiées était exposée chaque jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel....) de l'année en 2090, on atteindrait le chiffre de 647 milliards. "On constate que le pire scénario de 2090 touche 217 milliards de personnes, soit un tiers de la population urbaine africaine!", s'exclame le chercheur genevois. Cela signifie qu'un tiers des personnes seraient exposées chaque jour à une température ressentie de 40,6° minimum, ou que toutes les villes Africaines subiraient cette chaleur quatre mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) par an. Ce chiffre tombe à 10% dans le meilleur scénario possible en 2030.

Respecter les accords de Paris et les Objectifs de développement durable (Le développement durable (traduction de Sustainable development) est une nouvelle conception de l'intérêt public, appliquée à la croissance économique et...)

L'équipe de scientifiques s'est alors demandée s'il était possible de réduire cette exposition aux chaleurs extrêmes. Ils ont d'abord refait les calculs en utilisant le meilleur scénario climatique possible combiné avec les différents modèles socio-économiques, et ils ont constaté que l'exposition se réduisait de 48% pour l'année 2090. "Ceci nous prouve que si l'on respecte les accords de Paris, on divise par deux le nombre de personnes en danger en 2090, ce qui est encourageant!", se réjouit Guillaume Rohat. Et si l'on prend le meilleur scénario socio-économique dans chacun des modèles climatiques, le nombre de personnes exposées aux températures extrêmes chute de 51% ! "Ici, on relève l'importance des Objectifs de développement durable de l'ONU; soit l'accès à l'éducation, la baisse du nombre d'enfants par femme, l'évolution du niveau de vie (Le niveau de vie fait référence à la qualité et quantité des biens et services dont dispose la population. Il est généralement mesuré comme le revenu réel (i.e. en prenant en compte l'inflation) par...), etc..", continue-t-il.

Quelles que soient les hypothèses retenues, l'étude révèle que l'exposition aux températures extrêmes va augmenter fortement. Mais elle montre aussi qu'en agissant vite, cette hausse peut être au moins partiellement jugulée. "C'est pourquoi nous sommes actuellement en contact avec plusieurs villes que nous avons étudiées, se réjouit Guillaume Rohat. Les acteurs locaux s'intéressent aux résultats des années 2030 et 2060 pour s'adapter à l'inévitable et prendre des mesures pour limiter l'urbanisation de leur ville, notamment en améliorant la qualité de vie (La qualité de vie d’une population est un enjeu majeur en sciences économiques et en science politique. On utilise les notions proches d’utilité et de bien-être. Elle est...) dans les zones rurales ou en favorisant le développement d'autres villes plus modestes."
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