Vers la fin de la maladie du hamburger ?
Publié par Isabelle le 28/11/2010 à 12:00
Source: Université de Montréal
La maladie du hamburger, forme extrêmement invalidante de toxi-infection alimentaire, pourrait bientôt être reléguée au rang des mauvais souvenirs du passé. Les résultats d'une collaboration de recherche internationale dirigée par l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le...) national de la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) agronomique (INRA) français, en collaboration avec l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la...), viennent en effet de montrer pour la première fois comment la bactérie (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries...) E. coli à l'origine de cette maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) peut survivre dans l'intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des...) de vache (La vache est la femelle d'un mammifère domestique ruminant, généralement porteur de cornes sur le front, appartenant à l'espèce...) en s'assurant l'exclusivité de sources alimentaires spécifiques. Publiés dans le numéro d'octobre d'Environmental Microbiology et signalés dans Nature Reviews Microbiology, les résultats de cette étude pourraient déboucher sur l'élaboration d'interventions non médicales pour éradiquer cette bactérie.

"Nous avons étudié E. coli O157:H7, la souche bactérienne la plus fréquemment associée aux flambées de gastro-entérites de grande envergure (L'envergure est la distance entre les extrémités des ailes. Le terme est valable pour définir un oiseau, un chiroptère, un avion (ou planeur).), explique Josée Harel, coauteure de l'étude et directrice du Groupe de recherche sur les maladies infectieuses du porc (Le porc (du latin porcus) qui se dit aussi cochon domestique (Sus scrofa domesticus) ou cochon des villes est un mammifère domestique omnivore de la famille des porcins, ou suidés proche du...) à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et...) vétérinaire de l'Université de Montréal. Ces flambées résultent le plus souvent d'un contact direct avec l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre...) agricole et de la consommation de viande crue ou mal cuite, ainsi que de lait et de produits laitiers non pasteurisés. La réduction ou l'éradication de la souche O157:H7 chez la vache pourrait réduire sensiblement le risque de contamination alimentaire et, conséquemment, d'infections humaines."

E. coli O157:H7, une bactérie très rusée


Bactérie E. coli - Photo by Eric Erbe, digital colorization by Christopher Pooley, both of USDA, ARS, EMU

L'intestin est un environnement complexe colonisé par grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de bactéries différentes. La plupart sont sans danger et plusieurs d'entre elles contribuent au bon fonctionnement de l'appareil digestif. Mais l'intestin est aussi le théâtre d'un véritable champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de bataille entre ces bactéries qui se livrent une lutte sans merci pour capter le carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.), l'azote (L'azote est un élément chimique de la famille des pnictogènes, de symbole N et de numéro atomique 7. Dans le langage courant, l'azote désigne le gaz diatomique...) et les autres sources d'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) dont elles ont besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les besoins secondaires et les...) pour survivre. Celles qui remportent la bataille survivent et se multiplient, les autres disparaissent.

La professeure Harel et ses collaborateurs de l'Institut national de la recherche agronomique en France et Lallemand Animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances organiques. On...) Nutrition (La nutrition (du latin nutrire : nourrir) désigne les processus par lesquels un être vivant transforme des aliments pour assurer son...) ont commencé par démontrer que la souche O157:H7 peut croître dans le milieu intestinal des bovins. Une fois ce constat établi, ils ont ensuite déterminé pourquoi cette bactérie particulière privilégiait l'intestin de vache. Ils ont découvert qu'O157:H7 avait la faculté de dégrader enzymatiquement l'éthanolamine de, une substance chimique présente dans l'intestin de vache. Cette réaction permet de relâcher l'azote de ce composé. Dans la mesure où les autres bactéries ne peuvent utiliser l'éthanolamine, E. coli O157:H7 possède l'exclusivité de ce nutriment. "L'aptitude d'E. coli O157:H7 à utiliser l'éthanolamine comme source d'azote lui confère l'avantage nutritionnel et compétitif nécessaire à sa survie", explique la professeure Harel.

Tout dans les gènes

La dernière étape de la recherche menée par la professeure Harel et ses collègues a été de déterminer comment E. coli O157:H7 pouvait extraire l'azote de l'éthanolamine. Des analyses génétiques ont révélé qu'E. coli O157:H7 exprimait des gènes spécifiques lui permettant d'y parvenir.

"Nous savons aujourd'hui que cette bactérie possède un programme génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les...) qui lui permet d'utiliser l'éthanolamine et ce faisant, de survivre et de se multiplier avantageusement dans l'intestin, explique la professeure Harel. Ces connaissances nous aideront à sélectionner l'alimentation ou les probiotiques appropriées pour priver cette bactérie de cette source vitale d'énergie. Cette méthode devrait permettre de limiter la propagation de la bactérie dans la chaîne alimentaire (Une chaîne alimentaire est une suite d'êtres vivants dans laquelle chacun mange celui qui le précède. Le premier maillon d'une chaîne est très souvent un végétal...)."

À propos de la maladie du hamburger

La maladie du hamburger ou syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la norme pas nécessairement...) urémique et hémolytique (SUH) se déclare généralement après une infection gastro-intestinale, elle-même causée par la bactérie E coli 0157:H7. Elle se traduit par la destruction des cellules intervenant dans la coagulation du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est...) (plaquettes) et des globules rouges. Les lésions que ce phénomène inflige aux petits vaisseaux sanguins et tubules rénaux peuvent occasionner une insuffisance rénale. Ce syndrome se déclare habituellement chez les enfants entre l'âge de 1 et 10 ans, mais aussi chez les adultes. Le syndrome hémolytique et urémique touche 2 à 4 personnes sur 100 000, partout dans le monde (Le mot monde peut désigner :).
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