Vers un vaccin pour traiter une forme agressive du cancer du sein

Publié par Adrien le 13/05/2021 à 09:00
Source: Université de Sherbrooke

Lee-Hwa Tai est professeure au Département d'immunologie et de biologie cellulaire, et titulaire de la Chaire CRMUS de recherche translationnelle en immunothérapie. Photo: Martin Blache - UdeS
Les risques de récidives et de mastectomies sont élevés chez les femmes atteintes du cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement...) du sein triple négatif, une forme agressive de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal...) qui touche les moins de 40 ans. Or l'espoir de guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se...) se cristallise lentement grâce à un vaccin révolutionnaire mis au point (Graphie) par une chercheuse de chez nous, la professeure Lee-Hwa Tai.

Utiliser le système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de...) comme carte maîtresse pour combattre le cancer, ce n'est pas une approche nouvelle. L'immunothérapie (L'immunothérapie est un traitement qui consiste à administrer des substances qui vont...) a largement fait ses preuves en oncologie. À l'aide de médicaments, par exemple, on stimule les cellules immunitaires de la personne malade pour les aider à tuer les cellules cancéreuses. En somme, on exploite les atouts du corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.) pour vaincre l'ennemi.

Cependant, quand l'ennemi s'appelle "cancer du sein triple négatif", l'artillerie de base ne suffit pas. En effet, non seulement la chirurgie (La chirurgie est une technique médicale consistant en une intervention physique sur les...) et la chimiothérapie (La chimiothérapie est l'usage de certaines substances chimiques pour traiter une maladie....) échouent la plupart du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...), mais les autres traitements, comme l'immunothérapie classique, ne fonctionnent pas très bien.


Avec son équipe, le chercheuse travaille sur la mise au point d'un vaccin thérapeutique anticancéreux (Un anticancéreux est un médicament permettant de lutter contre le cancer), une innovation dans le domaine de l'immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système...). Photo: Martin Blache - UdeS
C'est ici qu'intervient la professeure Lee-Hwa Tai, une jeune chercheuse du Département d'immunologie et de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant....) cellulaire, titulaire de la Chaire CRMUS de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) translationnelle en immunothérapie. Avec son équipe, elle travaille sur la mise au point d'un vaccin thérapeutique fabriqué sur mesure pour chaque patiente.

"La création de vaccins thérapeutiques contre le cancer, c'est un domaine émergent", nous apprend la professeure Tai. Il existe bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de...) et bien des vaccins anticancéreux, comme celui qui prévient le cancer du col de l'utérus (L'utérus est un organe participant aux fonctions reproductrices chez les mammifères dont...), mais ceux-ci ne sont pas thérapeutiques. "Ce sont des vaccins prophylactiques, c'est-à-dire qu'ils préviennent la maladie." Quant au vaccin thérapeutique, il sert à traiter un cancer existant.

Un traitement rusé, pour un cancer qui l'est tout autant


En cherchant un traitement pour le cancer du sein triple négatif, la professeure Tai souhaite donner une chance de guérison aux jeunes patientes atteintes de cette maladie foudroyante et difficile à soigner. Photo: Martin Blache - UdeS

Pour celle qui a découvert les charmes de l'Estrie et de la langue française en 2016, lors de son entrée en fonction à l'UdeS comme professeure en immunologie, le cancer du sein triple négatif mérite qu'on s'y attarde scientifiquement.

"C'est l'un des sous-types de cancer du sein le plus agressif. Il touche les jeunes femmes, surtout celles qui sont d'origine africaine et asiatique. Malheureusement, les traitements habituels ne suffisent pas, et la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la...) n'a pas d'autres options à offrir aux patientes".

En effet, le recours aux "inhibiteurs du point de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de...) immunitaire", soit le type d'immunothérapie le plus couramment utilisé pour traiter le cancer du sein, est peu efficace ici. Voici pourquoi.

Mettre les gaz sur le système immunitaire

Imaginons le cancer du sein comme un grand stationnement (Le stationnement tout comme l’arrêt d’un véhicule consiste en une immobilisation de...) rempli d'autos. Chaque auto représente une cellule immunitaire, dite "cellule T". C'est par l'entremise de ces cellules bienveillantes que l'immunothérapie combat le cancer.

"Chaque auto a un accélérateur et un frein (Un frein est un système permettant de ralentir, voire d'immobiliser, les pièces en mouvement...), illustre la professeure Tai. C'est ce qui contrôle son fonctionnement. Le cancer a la capacité d'appuyer sur le "frein" des autos, et donc de les empêcher de faire leur travail de protection. Avec l'immunothérapie, on vient complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou...) enlever le frein. Les cellules immunitaires sont donc libres "d'avancer", d'attaquer les cellules tumorales."

Hélas, pour le cancer du sein triple négatif, ça ne fonctionne pas ! "C'est un peu comme si le stationnement était vide (Le vide est ordinairement défini comme l'absence de matière dans une zone spatiale.). Il n'y a pas d'auto. L'immunothérapie classique ne fonctionne pas dans ce cas-là, car il n'y a aucune présence du système immunitaire dans la cellule. On appelle ça une "tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de...) froide"."

Il faut donc trouver une façon de faire pénétrer les autos (cellules T) dans le stationnement (cellule cancéreuse). Le vaccin thérapeutique est la solution.


Les travaux consistent à utiliser les cellules cancéreuses de la patiente comme matériau pour développer un vaccin. Photo: fournie
Il s'agit de médecine de précision, c'est-à-dire que le vaccin est fabriqué de manière personnalisée pour chaque patiente à partir de la tumeur qu'on extrait chirurgicalement. En laboratoire, on la soumet à des radiations pour stopper sa croissance, on l'infecte avec un virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise...) oncolytique pour la rendre visible au système immunitaire, puis on réinjecte les cellules cancéreuses infectées à la patiente, ce qui stimule son système immunitaire.

"Bref, on utilise les cellules cancéreuses comme matériau pour développer un vaccin", résume la chercheuse.

Une recherche pionnière qui suscite un intérêt grandissant


Grâce à un montant de 500 000 $ récemment reçu de la Société canadienne du cancer, la professeure Tai et son équipe continueront d'améliorer le vaccin au cours des cinq prochaines années. Photo: Martin Blache - UdeS
Les travaux de la professeure Tai sont novateurs. "Les vaccins thérapeutiques pour traiter le cancer, ça n'existe pas vraiment. Je crois qu'il y a deux ou trois autres études en cours actuellement, aux États-Unis, pour le cancer de la prostate (Le cancer de la prostate est un cancer fréquent touchant la prostate et donc exclusivement...) et les mélanomes. Une autre est en cours à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la...) d'Ottawa pour le cancer colorectal. À ce jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la...), aucun vaccin thérapeutique contre le cancer n'a été approuvé. Ce sont toutes des études précliniques."

Or la recherche pourrait s'accélérer, puisque les organismes subventionnaires s'intéressent de plus en plus aux travaux entourant ce type de vaccin. "Depuis 2019, je reçois du financement des IRSC (Instituts de recherche en santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste...) du Canada), grâce auquel j'ai pu commencer cette étude. Plus récemment, j'ai obtenu un montant de la Société canadienne du cancer, qui servira à améliorer le vaccin au cours des cinq prochaines années."

La professeure Lee-Hwa Tai espère pouvoir amorcer des études cliniques d'ici cinq ans.
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