Le chant d’un oiseau appris auprès de ses congénères peut finir par présenter des régularités statistiques familières aux linguistes.
Une étude publiée dans Science Advances montre que certaines structures observées dans le langage humain apparaissent aussi dans le chant appris des oiseaux. Ce résultat renforce une idée précise : la transmission culturelle peut, à elle seule, favoriser certaines formes d’organisation des signaux.

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Le rapprochement ne signifie pas que les oiseaux possèdent un langage comparable au nôtre. Les chercheurs s’intéressent ici à la fréquence et à l’enchaînement des unités sonores, pas à leur signification. Autrement dit, deux systèmes très différents peuvent partager des propriétés mathématiques sans transmettre le même type d’information.
L’une de ces propriétés concerne la manière dont certaines unités reviennent beaucoup plus souvent que d’autres. Dans les langues humaines, cette répartition très inégale est bien connue. Quelques mots sont omniprésents, puis leur fréquence décroît rapidement lorsque l’on descend dans le classement. Des travaux récents ont retrouvé une organisation apparentée dans le chant des baleines à bosse.
La nouvelle étude cherchait notamment à savoir si un phénomène comparable pouvait apparaître chez des oiseaux dont le chant est appris. C’est un point important, car les jeunes oiseaux chanteurs ne produisent pas simplement une séquence entièrement programmée à la naissance. Ils écoutent des adultes, mémorisent des modèles puis ajustent progressivement leurs propres vocalisations.
Cette transmission fournit un laboratoire naturel pour étudier l’effet de l’apprentissage sur la forme d’un système de communication. Lorsqu’une séquence doit être mémorisée puis reproduite, certaines organisations peuvent être conservées plus facilement que d’autres. Au fil des apprentissages, les régularités qui se transmettent bien peuvent donc devenir plus fréquentes.
Concrètement, les auteurs ont recherché dans les chants des distributions comparables à celles déjà mesurées dans le langage humain et chez les baleines. Leur analyse montre que des structures de ce type émergent bien dans le signal appris. Le résultat va ainsi dans le même sens que les travaux sur les baleines à bosse, malgré la grande distance évolutive séparant oiseaux, cétacés et humains.
Cette ressemblance statistique ne permet cependant pas de parler de mots ou de grammaire au sens humain. Un chant peut être fortement structuré sans coder des phrases composées de significations distinctes. La comparaison porte donc sur l’organisation du signal et sur sa transmission, pas sur le contenu mental associé à chaque son.
Le résultat intéresse surtout l’étude de l’évolution culturelle. Si des propriétés analogues apparaissent dans plusieurs lignées animales où les vocalisations sont apprises socialement, elles pourraient être une conséquence générale de la transmission répétée. Cette hypothèse peut désormais être testée chez d’autres espèces qui apprennent leurs signaux, puis comparée à des espèces dont les vocalisations sont principalement innées.
La prochaine étape consiste précisément à déterminer jusqu’où cette règle se généralise. Les chercheurs peuvent désormais chercher les mêmes signatures statistiques dans différents systèmes vocaux appris et vérifier si elles disparaissent lorsque la transmission culturelle joue un rôle beaucoup plus faible.