🐋 Le chant d’une baleine plus rapide que le son ?

Le chant d’une baleine peut sembler parcourir l’ocĂ©an plus vite que le son... Mais comment le son peut-il lui-mĂȘme ĂȘtre supersonique ?

Pour comprendre, il faut suivre deux chemins. Une partie du son va directement de l’animal vers un rĂ©cepteur. Une autre atteint d’abord la surface de l’eau, puis revient sous forme d’écho. Les deux signaux arrivent presque ensemble lorsque la baleine ou le rĂ©cepteur se trouve assez prĂšs de la surface.

Baleine Ă  bosse et son petit sous la surface de l’ocĂ©an.

Baleine Ă  bosse et son petit sous la surface de l’ocĂ©an.
Source : Elianne Dipp / Pexels

Ces deux versions du mĂȘme son peuvent se superposer. Selon leur dĂ©calage, certaines parties se renforcent et d’autres s’attĂ©nuent. Le maximum du signal reçu peut ainsi apparaĂźtre plus tĂŽt que prĂ©vu. Si l’on mesure seulement le dĂ©placement de ce maximum, on calcule alors une vitesse apparente supĂ©rieure Ă  celle du son.

Pourtant, aucune information ne voyage Ă  cette vitesse. Les simulations de John L. Spiesberger et Eugene Terray montrent que l’information reste plus lente que le son dans l’eau. Le phĂ©nomĂšne vient donc de la forme du signal reçu, modifiĂ©e par l’interfĂ©rence entre le trajet direct et l’écho.

Autrement dit, le pic observĂ© n’est pas un objet qui aurait rĂ©ellement traversĂ© l’eau Ă  une vitesse anormale. Il rĂ©sulte de l’addition de plusieurs ondes arrivĂ©es par des chemins diffĂ©rents. Cette distinction Ă©vite un paradoxe : les lois habituelles de propagation restent respectĂ©es.

Les chercheurs ont Ă©tudiĂ© ce mĂ©canisme avec des simulations numĂ©riques. Leur travail concerne des paquets d’ondes acoustiques dans un milieu oĂč toutes les frĂ©quences se propagent normalement Ă  la mĂȘme vitesse.

Les baleines offrent un cas concret particuliĂšrement intĂ©ressant. Leurs appels peuvent parcourir de grandes distances et se rĂ©flĂ©chir sur la surface. Tenir compte de ces interfĂ©rences pourrait modifier la façon dont un rĂ©seau de microphones sous-marins estime la position d’un animal Ă  partir du temps d’arrivĂ©e des sons.

L’étude reste thĂ©orique et repose sur des simulations. Les auteurs indiquent toutefois que l’effet devrait pouvoir ĂȘtre testĂ© expĂ©rimentalement. Des mesures contrĂŽlĂ©es permettraient notamment de vĂ©rifier dans quelles conditions un Ă©cho dĂ©place assez le pic acoustique pour produire cette vitesse apparente.

SI
sicep

J'attendrais quand mĂȘme une mesure en mer avant d'en tirer des consĂ©quences sur la localisation des baleines. Une simulation peut trĂšs bien amplifier un effet qui devient minuscule avec le bruit rĂ©el de l'ocĂ©an.