Une intelligence artificielle a passĂ© plus de 25 heures Ă dĂ©placer des molĂ©cules une par une pour fabriquer une structure aux propriĂ©tĂ©s Ă©lectroniques choisies Ă lâavance.
LâexpĂ©rience a Ă©tĂ© menĂ©e au laboratoire national dâOak Ridge, aux Ătats-Unis. Pour manipuler la matiĂšre Ă une Ă©chelle aussi petite, les chercheurs utilisent un microscope Ă effet tunnel. Sa pointe extrĂȘmement fine peut ĂȘtre dĂ©placĂ©e au-dessus dâune surface et servir Ă pousser des molĂ©cules. Cette opĂ©ration demande habituellement beaucoup de temps et de prĂ©cision Ă un opĂ©rateur humain.

Les chercheurs ont confiĂ© une grande partie de ce travail Ă un systĂšme automatisĂ©. Une premiĂšre intelligence artificielle repĂšre les molĂ©cules de monoxyde de carbone dĂ©posĂ©es sur une surface de cuivre. Le logiciel dĂ©termine ensuite lesquelles doivent ĂȘtre dĂ©placĂ©es et vers quels emplacements. La pointe du microscope exĂ©cute alors les mouvements nĂ©cessaires.
Le systĂšme apprend Ă©galement Ă choisir comment pousser chaque molĂ©cule. Il ajuste notamment certains paramĂštres Ă©lectriques et la vitesse du dĂ©placement selon les rĂ©sultats de ses tentatives prĂ©cĂ©dentes. Une manipulation rĂ©ussie lui apporte une rĂ©compense. Cette mĂ©thode, appelĂ©e apprentissage par renforcement, lui permet d'amĂ©liorer progressivement ses choix sans quâun humain rĂšgle chaque mouvement.
Pour tester l'ensemble, lâĂ©quipe lui a demandĂ© de construire une structure composĂ©e de 37 molĂ©cules disposĂ©es en nid dâabeilles. Ce motif reproduit artificiellement certaines caractĂ©ristiques du graphĂšne, un matĂ©riau formĂ© dâune seule couche dâatomes de carbone. La construction a demandĂ© environ 900 opĂ©rations pendant plus de 25 heures.

Fabriquer la forme ne suffisait pas. Les chercheurs ont ensuite mesurĂ© la maniĂšre dont les Ă©lectrons sây comportaient. Ils ont retrouvĂ© une signature Ă©lectronique caractĂ©ristique du graphĂšne, appelĂ©e point de Dirac. Autrement dit, lâassemblage de molĂ©cules nâavait pas seulement la bonne apparence : il produisait bien le comportement Ă©lectronique recherchĂ©.
Lâautomatisation nâest cependant pas encore totale. La pointe du microscope peut devenir instable et doit parfois ĂȘtre remise en Ă©tat par un opĂ©rateur. Chaque dĂ©placement prend aussi environ une minute. La technique reste donc trĂšs Ă©loignĂ©e dâun procĂ©dĂ© industriel capable de fabriquer rapidement des composants entiers.
LâintĂ©rĂȘt se situe plutĂŽt dans la possibilitĂ© de tester de nouvelles structures avec beaucoup moins dâinterventions humaines. En plaçant prĂ©cisĂ©ment des molĂ©cules, les chercheurs peuvent modifier la façon dont les Ă©lectrons circulent dans lâassemblage. Ils peuvent ainsi Ă©tudier des matĂ©riaux artificiels dont les propriĂ©tĂ©s sont dĂ©finies par leur organisation Ă trĂšs petite Ă©chelle.
Une prochaine Ă©tape serait d'inverser entiĂšrement la dĂ©marche. Au lieu de fournir une structure Ă construire, les chercheurs indiqueraient seulement la propriĂ©tĂ© Ă©lectronique recherchĂ©e. Le systĂšme pourrait alors dĂ©terminer lui-mĂȘme lâorganisation molĂ©culaire correspondante, puis tenter de la fabriquer avec le microscope.