đŸ€– Cette IA construit un matĂ©riau, molĂ©cule par molĂ©cule

Une intelligence artificielle a passĂ© plus de 25 heures Ă  dĂ©placer des molĂ©cules une par une pour fabriquer une structure aux propriĂ©tĂ©s Ă©lectroniques choisies Ă  l’avance.

L’expĂ©rience a Ă©tĂ© menĂ©e au laboratoire national d’Oak Ridge, aux États-Unis. Pour manipuler la matiĂšre Ă  une Ă©chelle aussi petite, les chercheurs utilisent un microscope Ă  effet tunnel. Sa pointe extrĂȘmement fine peut ĂȘtre dĂ©placĂ©e au-dessus d’une surface et servir Ă  pousser des molĂ©cules. Cette opĂ©ration demande habituellement beaucoup de temps et de prĂ©cision Ă  un opĂ©rateur humain.

Les chercheurs ont confiĂ© une grande partie de ce travail Ă  un systĂšme automatisĂ©. Une premiĂšre intelligence artificielle repĂšre les molĂ©cules de monoxyde de carbone dĂ©posĂ©es sur une surface de cuivre. Le logiciel dĂ©termine ensuite lesquelles doivent ĂȘtre dĂ©placĂ©es et vers quels emplacements. La pointe du microscope exĂ©cute alors les mouvements nĂ©cessaires.

Le systĂšme apprend Ă©galement Ă  choisir comment pousser chaque molĂ©cule. Il ajuste notamment certains paramĂštres Ă©lectriques et la vitesse du dĂ©placement selon les rĂ©sultats de ses tentatives prĂ©cĂ©dentes. Une manipulation rĂ©ussie lui apporte une rĂ©compense. Cette mĂ©thode, appelĂ©e apprentissage par renforcement, lui permet d'amĂ©liorer progressivement ses choix sans qu’un humain rĂšgle chaque mouvement.

Pour tester l'ensemble, l’équipe lui a demandĂ© de construire une structure composĂ©e de 37 molĂ©cules disposĂ©es en nid d’abeilles. Ce motif reproduit artificiellement certaines caractĂ©ristiques du graphĂšne, un matĂ©riau formĂ© d’une seule couche d’atomes de carbone. La construction a demandĂ© environ 900 opĂ©rations pendant plus de 25 heures.

Fabriquer la forme ne suffisait pas. Les chercheurs ont ensuite mesurĂ© la maniĂšre dont les Ă©lectrons s’y comportaient. Ils ont retrouvĂ© une signature Ă©lectronique caractĂ©ristique du graphĂšne, appelĂ©e point de Dirac. Autrement dit, l’assemblage de molĂ©cules n’avait pas seulement la bonne apparence : il produisait bien le comportement Ă©lectronique recherchĂ©.

L’automatisation n’est cependant pas encore totale. La pointe du microscope peut devenir instable et doit parfois ĂȘtre remise en Ă©tat par un opĂ©rateur. Chaque dĂ©placement prend aussi environ une minute. La technique reste donc trĂšs Ă©loignĂ©e d’un procĂ©dĂ© industriel capable de fabriquer rapidement des composants entiers.

L’intĂ©rĂȘt se situe plutĂŽt dans la possibilitĂ© de tester de nouvelles structures avec beaucoup moins d’interventions humaines. En plaçant prĂ©cisĂ©ment des molĂ©cules, les chercheurs peuvent modifier la façon dont les Ă©lectrons circulent dans l’assemblage. Ils peuvent ainsi Ă©tudier des matĂ©riaux artificiels dont les propriĂ©tĂ©s sont dĂ©finies par leur organisation Ă  trĂšs petite Ă©chelle.

Une prochaine Ă©tape serait d'inverser entiĂšrement la dĂ©marche. Au lieu de fournir une structure Ă  construire, les chercheurs indiqueraient seulement la propriĂ©tĂ© Ă©lectronique recherchĂ©e. Le systĂšme pourrait alors dĂ©terminer lui-mĂȘme l’organisation molĂ©culaire correspondante, puis tenter de la fabriquer avec le microscope.

JM
JMichelD

900 opérations pour 37 molécules, ça fait beaucoup. J'aurais bien aimé connaßtre le taux d'échec des déplacements.

ME
mecaNico

Une minute par déplacement, ça laisse encore de la marge avant de fabriquer quoi que ce soit en série.

NO
Nox42

Le vrai cap sera quand la pointe pourra se recalibrer seule. Là, l'automatisation deviendra nettement plus intéressante.

KA
Kapa

Un scénario avec des humains rétrécis pourrait nous montrer la réalisation de cet échantionnage. L'Image Artificielle ne peut-elle produire une animation scientifiquement parlante plutÎt que ce jeux de boules représenté dans l'article ?