La Crau : un écosystème reprend ses droits

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Près de Fos-sur-Mer, des chercheurs du CNRS participent à la restauration d'une ancienne steppe qui avait été remplacée, il y a trente ans, par un verger industriel de 357 ha. Une opération d'envergure… qui pourrait aussi déboucher sur un nouveau comportement des industriels.

On connaissait les restaurateurs de tableaux, qui redonnent aux peintures anciennes leur éclat d'antan. Voici à présent les restaurateurs d'écosystèmes… méditerranéens, pour être exact. Dans la plaine de Crau, près de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, plusieurs acteurs, dont les chercheurs de l'Institut méditerranéen d'écologie et de paléoécologie (Imep), travaillent en effet d'arrache-pied pour restaurer un paysage naturel de 357 hectares qui avait été remplacé par un verger industriel dans les années 1980. « C'est le plus grand chantier de ce type en France ! », souligne Thierry Dutoit, professeur d'université et chercheur à l'Imep. Bénéficiant de dix millions d'euros sur trente ans, le projet a été lancé par CDC Biodiversité, une filiale de la Caisse des dépôts. Outre le CNRS, il implique aussi le ministère de l'Écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, des collectivités territoriales, des universités, des centres de recherche, des associations de protection de la nature, des usagers locaux.

Concrètement, il vise à réhabiliter un écosystème tout à fait unique qui avait été remplacé par le verger industriel : le « coussoul », une terre née de l'interaction millénaire entre le climat méditerranéen, des sols pauvres et les troupeaux de moutons, formant ainsi la seule steppe aride d'Europe de l'Ouest. Un terrain écologiquement très important, puisqu'il constitue le seul habitat possible pour certaines espèces, tels les oiseaux ayant besoin de milieux pierreux ouverts, comme l'outarde canepetière ou le ganga cata.

Tout a commencé en 2008 quand CDC Biodiversité a acquis les 357 hectares d'anciens vergers. « Nous avons été très rapidement contactés par la CDC car à l'origine nous travaillions sur les espèces steppiques ; nous tentions notamment de savoir pourquoi il y a tant d'espèces dans ces communautés végétales : 70 espèces de végétaux à fleurs par mètre carré… », précise Thierry Dutoit.

La première phase de l'opération a duré de janvier à septembre 2009. Elle a consisté à réhabiliter une fonction de l'écosystème, celle d'accueillir des oiseaux. Pour ce faire, il a fallu retirer les 200 000 pêchers et les 100 000 peupliers qui constituaient le verger industriel ; ainsi que les 1 000 kilomètres de tuyaux en PVC du réseau d'irrigation. Puis arbres et PVC ont été broyés et recyclés. Ensuite il a fallu aplanir le terrain recouvert de buttes pour en faire un sol de steppe, c'est-à-dire un terrain plat. « Nous sommes intervenus ici pour dire à quelle profondeur il fallait limiter l'aplanissement des buttes, faire respecter les lisières avec la végétation steppique qui a survécu autour en bordure du verger, ou encore définir les périodes d'activité des bulldozers en fonction du cycle de vie des oiseaux. Il ne fallait pas de travaux lors de la nidification, par exemple », raconte Thierry Dutoit.

La prochaine étape doit commencer en octobre : à présent, il s'agit de restaurer expérimentalement la végétation steppique initiale du site faite de cheveux d'ange, de thym, et de bien d'autres espèces. Les biologistes du CNRS ont pensé procéder en plusieurs étapes : tout d'abord, semer, sur le terrain réhabilité, des espèces végétales dites « nurses », favorables à la présence des fourmis qui véhiculent les graines de végétation steppique des « coussouls » voisins ; ensuite, faire un « transfert de foin », c'est-à-dire prélever des graines de terrains steppiques voisins et les répandre sur le terrain aplani ; et enfin apporter du sol des « coussouls » voisins et le répandre sur le terrain afin, toujours, d'introduire des graines, des bulbes et rhizomes d'espèces steppiques. Ces travaux seront financés par CDC Biodiversité, le CNRS et la région Paca.

Après la phase de restauration, suivra une phase de gestion sur trente ans de cet espace qui sera in fine rendu aux moutons. « Avec ce projet, on a là un vrai lien entre recherche fondamentale et recherche appliquée. Y participer nous permet d'étudier les espèces de la steppe sur un modèle expérimental grandeur nature, insiste Thierry Dutoit. Jamais je n'aurais rêvé d'une telle occasion ! »
Mais, cette expérience devrait aussi mener à une nouvelle pratique écologique en France : « la compensation écologique par l'offre ». Car depuis la loi de 1976 relative à la protection de la nature, les opérateurs doivent prouver qu'ils ont tout fait pour réduire les dégâts occasionnés par leur activité industrielle, et si possible « compenser » leur action sur l'environnement. Pour ce dernier devoir, il pourra leur être proposé d'acheter des « unités de compensation » de la plaine de Crau, équivalentes à celles qu'ils vont faire disparaître. Une pratique dissuasive : à 35 000 euros l'hectare, les promoteurs de projets pourraient être tentés de moins détruire la nature…

TO
toupoilu

et ca coute combien cette c.......

PA
passant

Fos sur mer, là où il y a les rafineries de pétrole lesquelles ont pollué l'étang de Berre, là où il se dégage des odeurs à des kilomètres. Réabilitation... Hum, ça sent quelque chose, quelque chose liée au pétrole. L'avenir le dira.

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keyplus

la nature reprend vite ses droits quand l'homme n'est plus présent heureusement :)

PA
passant

keyplus
la nature reprend vite ses droits quand l'homme n'est plus présent heureusement :)

Je suis d'accord avec ta phrase, mais je pense que cette réhabilitation n'est pas anodine. Supprimer ce grand verger qui pour moi me paraît le prétexe à équilibrer l'existence des raffineries de pétrole tout comme s'occuper des saumons dans les eaux des centrales nucléaires, suppose selon moi que ces raffineries sont remises en cause dans l'avenir. En effet, on ne peut supprimer odeurs et présence verte autour de cuves nauséabondes. Enlever toute nature même paysagiste autour de cuves et odeurs pétrolières est pire qu'une présence paysagiste autour de cuves et odeurs pétrolières, car que restera-t-il ? Une plaine pleine de cailloux avec des moutons où dominera l'architecture des cuves pétrolières laissant échapper fumées et odeurs nauséabondes.

Conclusion. Si cela est le cas... Non, je ne le pense pas pour les habitants de la région. Donc j'en déduis que les raffineries de pétrole seront remises en cause dans un avenir plus ou moins proche, et cela pour cause: quel avenir pour le pétrole et l'automobile ?

PA
passant

357 hectares de vergers représentent combien de tonnes de fruits.

Abandonner 357 hectares de fruits divers pose la question : ces fruits sont-ils commestibles ?
Question : quelle est la valeur de la terre étant donné que des fuites de pétrole mence la terre et les nappes phréatiques à cet endroit, La Crau.

Des mesures du sol seraient nécessaires afin de démontrer que la proximité des raffineries de pétrole ayant pollué l'étang de Berre n'a pas pollué les sols alentours ?

Remettre des cailloux à la place d'arbres fruitiers. Qui ferait cela dans son propre jardin ? Puis les moutons à venir, quelle qualité d' herbe mangeront-ils ?