Quels effets de l’éducation Montessori à l’école maternelle publique française ?

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La pédagogie Montessori connait un engouement croissant dans nombre d’écoles maternelles en France et dans le monde. Mais les études évaluant ses effets sur le développement du jeune enfant sont rares. Dans un article publié dans la revue Child Development, les scientifiques rapportent les résultats de la première étude randomisée contrôlée comparant la méthode Montessori à un enseignement structuré tel qu’on peut le trouver à l’école maternelle publique française.

Scores en lecture des enfants en fin de grande section de maternelle en fonction du groupe. Les points bleus représentent les enfants des classes Montessori de l’école publique, les points roses représentent les enfants des classes conventionnelles de l’école publique et les points oranges représentent les enfants de l’école Montessori privée.
© Jérome Prado

Les disparités sociales et économiques ont des répercussions majeures sur la scolarité des enfants comme sur leur développement cognitif et socio-émotionnel. En France et dans beaucoup d’autres pays, l’impact de ces disparités s’observe dès le plus jeune âge et augmente avec les années. L’école maternelle pourrait jouer un rôle primordial dans la réduction des inégalités socio-économiques précoces, puisqu’elle pose les fondations des apprentissages futurs à une période où le cerveau est particulièrement sensible aux stimulations extérieures. Cependant, on en sait très peu sur l'efficacité des différentes méthodes pédagogiques à la maternelle. Celle qui connaît actuellement un engouement dans de nombreux pays occidentaux est la méthode Montessori.

Bien qu’elle semble en adéquation avec plusieurs principes de l'apprentissage et du développement mises au jour par les sciences cognitives et les sciences de l’éducation, les recherches sur l'éducation Montessori à la maternelle restent très limitées dans le monde. Celles-ci ont par ailleurs tendance à se concentrer sur des enfants issus de milieux socio-économiques favorisés. Il n’y a à ce jour aucune étude randomisée contrôlée qui compare la méthode Montessori à un enseignement structuré tel qu’on peut le trouver à l’école maternelle publique française.

C’est dans ce contexte que des enseignants d’une école maternelle de la région lyonnaise ont décidé d’adapter la méthode Montessori dans la moitié des classes de leur établissement, situé en réseau d’éducation prioritaire renforcé. Les enfants se voyaient assignés de manière aléatoire, soit à une des classes Montessori, soit à une des classes plus « conventionnelles ». Ce dispositif tout à fait unique a permis aux scientifiques de suivre ces enfants de la petite section à la grande section afin d’examiner et de comparer les progrès des deux groupes.

Les chercheurs ont également pu suivre durant la même période un troisième groupe d'enfants d'une école maternelle Montessori privée située dans un quartier plus privilégié de Lyon. Au total, 176 enfants de 5 à 6 ans ont été comparés de façon transversale et 70 d'entre eux ont été suivis longitudinalement depuis l'entrée en maternelle (3 ans) jusqu'à la fin de la maternelle (6 ans). Ces enfants ont été testés sur une série de tâches évaluant le langage, les mathématiques, les fonctions exécutives et les aptitudes sociales.

Les diverses analyses transversales et longitudinales sur les capacités mathématiques, les fonctions exécutives et les aptitudes sociales ont montré que les performances des deux groupes d'enfants (Montessori et Conventionnel) issus de l’école maternelle publique étaient tout à fait comparables. Dans cette école, cependant, les enfants des classes Montessori ont obtenu de meilleurs résultats en lecture que ceux des classes traditionnelles en fin de grande section.

De façon tout à fait intéressante, ces performances supérieures en lecture se sont avérées comparables à celles des enfants plus favorisés de l'école maternelle Montessori privée. Ceci était d’autant plus notable que les enfants de cette école privée avaient tendance à avoir de meilleurs résultats que les enfants de l’école publique sur plusieurs autres mesures, confirmant ainsi l’effet des inégalités sociales et économiques sur les apprentissages précoces. En d’autres termes, le curriculum Montessori permettait d’atténuer l’effet de ces inégalités sur les débuts de l’apprentissage de la lecture.

Ces résultats ont deux implications majeures pour l'éducation à la maternelle. Premièrement, l'étude démontre qu'un curriculum structuré tel que celui utilisé de façon conventionnelle à la maternelle publique française conduit à des résultats comparables à un programme inspiré de la méthode Montessori sur un large éventail de compétences scolaires, cognitives et sociales chez des enfants de milieu socio-économique défavorisé. Deuxièmement, l’étude démontre une efficacité certaine de la méthode d’apprentissage de la lecture au sein de l’école maternelle Montessori. Il faut noter que la méthode Montessori, (basée sur un apprentissage sensori-moteur des correspondances entre graphèmes et phonèmes et une activité de production d’écrit) peut être mise en oeuvre par des enseignants ayant une formation limitée à cette méthode.

Plusieurs caractéristiques de cette méthode d’apprentissage de la lecture sont soutenues par la recherche cognitive et son utilisation ne semble pas avoir d'impact sur les autres domaines d'apprentissage. Ainsi, une adoption de la méthode Montessori d’apprentissage de la lecture à la maternelle pourrait faire progresser l'acquisition des compétences précoces en lecture, et ainsi permettre de réduire les inégalités chez les jeunes enfants.

laboratoire:
Centre de recherche en neurosciences de Lyon-CRNL- (CNRS, Inserm, Université Lyon1)
95 Boulevard Pinel.
69675 Bron cedex.

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eiffel

l'apprentissage ne se limite pas aux années de maternelle. L'avantage acquis est-il conservé ou absorbé ensuite ? peut-être même qu'à long terme, le fait d'avoir suivi cette méthode s'avère un inconvénient parce qu'inadapté à l'apprentissage qui suit ?
regardez une tendance avec une loupe (4 première années d'apprentissage) ne permet pas d'extrapoler sur les 19 années suivantes.
c'est un début, mais il faut voir plus loin pour savoir si cette méthode est une bonne chose... ou pas.

NO
Noxx

Les moyennes sont assez flatteuses pour Montessori mais on n'a pas le même échantillonnage entre les groupes : pour la même école, j'ai compté 53 en Montessori et plus de 70 en normal (y avait-il le même nombre d'élèves par classe ?)... Montessori n'évite pas les échecs et des élèves s'en sortent très bien dans les deux systèmes. C'est d'autant plus remarquable que dans le système public normal, il ne sont pas censés savoir lire en fin de maternelle. On n'a que ces chiffres, on aurait aimé avoir d'autres résultats...

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jyb

Bon, j'avais fait un pavé, mais j'ai tout perdu !

Je disais qu'il était temps que ce genre d'étude arrive !

En France, le monde de l'éducation est encore trop dominé par des pensées "archaïque" qu'on retrouve d'ailleurs dans certains pseudo-science comme l'homéopathie "chaque humain est unique", " on ne peut pas mettre les gens en équation" ...

Montessori (mais elle n'était pas la seule, c'est juste que sa méthode est plus présente en France en ce moment, on peut aussi parler de Freinet) est partie d'une approche qui pour l'époque était bien plus scientifique en partant d'abord de l'observation des enfants avant de tirer des conclusion plutôt que de partir sur des apriori les plus courants.

Alors bien sur, les méthodes scientifiques ont évolué depuis, mais l'enseignement y a complètement échappé, du moins en France ou l'approche est surtout "intuitive" (enfin, sauf depuis 2017, mais ça ne se fait pas sans heurts).

Il est à noté qui existe le mouvement de l'Evidence Based Education qui compile les étude en enseignement. Il y a quelques recherchent qui débutent en France, mais c'est balbutient alors que c'est bien plus avancé par ailleurs.