Trois trous noirs massifs en pleine croissance semblent cohabiter dans une seule galaxie, observĂ©e lorsque lâUnivers nâavait quâenviron 1,2 milliard dâannĂ©es.
Cette galaxie, appelĂ©e J0148-4214, se trouve Ă un dĂ©calage vers le rouge de 5,0167. Cette mesure indique que sa lumiĂšre a Ă©tĂ© fortement Ă©tirĂ©e par lâexpansion de lâUnivers. Les astronomes la voient donc telle quâelle Ă©tait trĂšs tĂŽt dans lâhistoire cosmique. Le tĂ©lescope spatial James-Webb a permis dâexaminer sa lumiĂšre avec suffisamment de prĂ©cision pour distinguer plusieurs zones trĂšs compactes.

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Les chercheurs nâont pas photographiĂ© directement les trous noirs. Ils ont Ă©tudiĂ© la lumiĂšre Ă©mise par le gaz qui tourne rapidement autour dâeux avant de tomber vers leur centre. Ce gaz produit notamment une raie lumineuse liĂ©e Ă lâhydrogĂšne. Lorsquâelle apparaĂźt trĂšs Ă©largie, cela rĂ©vĂšle des vitesses Ă©levĂ©es prĂšs dâun objet massif en train dâabsorber de la matiĂšre.
Deux de ces zones se trouvent au cĆur de la galaxie. Elles ne sont sĂ©parĂ©es que dâenviron 190 parsecs, soit prĂšs de 620 annĂ©es-lumiĂšre. Une troisiĂšme apparaĂźt plus loin, Ă environ 1,7 kiloparsec du centre, soit quelque 5 500 annĂ©es-lumiĂšre. Une telle disposition fournit un indice rare sur la croissance des trous noirs dans les jeunes galaxies.
Les masses estimées sont trÚs différentes. Le plus gros trou noir central atteindrait environ 80 millions de fois la masse du Soleil. Son voisin serait proche de 630 000 masses solaires. Le troisiÚme, situé hors du centre, approcherait deux millions de masses solaires. Ces valeurs restent des estimations obtenues à partir de la vitesse du gaz et de sa luminosité.
Pour comprendre lâintĂ©rĂȘt de cette configuration, il faut revenir Ă la formation des galaxies. Dans le jeune Univers, celles-ci se rapprochaient et fusionnaient frĂ©quemment. Leurs trous noirs pouvaient alors se retrouver rĂ©unis dans le mĂȘme systĂšme. Les observations de J0148-4214 donnent accĂšs Ă une Ă©tape oĂč plusieurs de ces objets semblent encore distincts et actifs.
Les auteurs ont examinĂ© dâautres explications possibles pour les Ă©missions observĂ©es, notamment des supernovae, des vents rapides ou des Ă©toiles trĂšs massives. Leur analyse favorise toutefois la prĂ©sence de trois rĂ©gions alimentĂ©es par des trous noirs. Pour les deux objets centraux, leur faible sĂ©paration renforce lâhypothĂšse dâun rapprochement progressif sous lâeffet de la gravitĂ©.
Selon une estimation fondĂ©e sur leur mouvement dans la galaxie, les deux trous noirs centraux pourraient finir par fusionner en moins de 700 millions dâannĂ©es. Le troisiĂšme pourrait ensuite rejoindre le centre, mais son histoire reste incertaine.
De futures observations devront prĂ©ciser si ce systĂšme peut devenir une source dâondes gravitationnelles dĂ©tectable par les observatoires spatiaux prĂ©vus pour les prochaines dĂ©cennies.