D'abord comme vous le savez, je n'ai pratiquement aucune connaissance scientifique. Après, je ne voudrais pas que cela m'interdise de donner mon avis et faire part de mes inquiétudes. A vous de répondre à celle-ci parce que de ce que j'ai compris de la situation, si les Japonais trouvent qu'on en fait trop (en ayant élevé chez nous le niveau de la catastrophe entre celle de Tchernobyl et celle de Three Mile Island) je trouve pour ma part que c'est encore plus préoccupant que Tchernobyl.
A Tchernobyl on a évité le pire avec la construction d'abord d'une dalle si j'ai bien compris, sous la centrale pour empêcher le cœur en fusion (ou le corium) de se répandre dans l'environnement. A Three Mile Island, le coeur fondu était resté au fond de la cuve. Ensuite on a construit un immense sarcophage pour servir de couvercle au gâteau. Tout cela s'est fait au prix de nombreuses vies. La différence avec Fukushima, c'est d'abord qu'on n'a pas affaire à un seul réacteur, mais à quatre. Tous ne sont probablement pas à un risque maximum, mais rien que ça, ça augmente fortement le risque des probabilités d'amplification de la catastrophe. Ensuite, contrairement à l'accident de Three Mile Island, l'accès aux salles de contrôles, du fait de la trop grande radioactivité, sont inutilisables. De toute façon, à quoi bon, puisque même si on essaye semble-t-il de remettre de l'électricité... on l'a vu sur les images, tout est en compote. Essayez de rouler avec une voiture dont le réservoir d'essence a explosé, le radiateur, etc. On peut toujours la mettre sous perfusion, elle est bonne pour la casse... Alors, ok le réacteur n'a pas explosé comme à Tchernobyl, ce qui permet à tous les experts pour l'heure de dire qu'on est dans une catastrophe de moindre importance. Mais avec quatre réacteurs capricieux, même si encore une fois, le risque n'est pas l'explosion "nucléaire", il y a très probablement des risques nombreux qu'une petite centaine d'hommes en tutu antiatomique ne pourra pas gérer en même temps. Il faut plusieurs mois pour refroidir un combustible dans des conditions optimum, alors les refroidir au lance pierre ou à la paille, sur la durée, ça en parait presque illusoire. Et même s'ils y arrivaient, pendant ce temps la probabilité que d'autres incidents voient le jour augmente.
J'ai été effaré de voir la présidente d'Areva venir il y a quelques jours sur France2 dire qu'il suffisait de balancer de l'eau sur les réacteurs et que le tour était joué. La défense des intérêts commerciaux a des limites. Peut-être elle-même n'est pas au courant des risques. Peut-être les ingénieurs et scientifiques ne mesurent pas eux-mêmes les risques... Maintes fois la question a été posé à des spécialistes de savoir ce qui était le pire du pire. Ils disaient tous que c'était la fusion du coeur. Ok, pourquoi ? Parce qu'alors le corium se répandrait dans la nature. Ok c'est grave, mais à quel point ? Bah on sait pas... c'est jamais arrivé. En gros, ils s'interdisent de se demander ce qui pourrait se passer parce qu'en bon scientifique, on ne mesure que ce qui est mesurable, on ne fait pas de spéculation, on regarde et on établie des rapports. Tout cela en nous ramenant à la prétendu débilité du mythe du syndrome chinois. On entend bien : ce n'est jamais arrivé, donc c'est de la science fiction, donc ce n'est pas sérieux. Allez sur Mars, c'est de la science-fiction, de moins en moins, pour autant, si certains en rêvent, ils travaillent sur le sujet, les risques, etc. Dans le nucléaire, circulez, il n'y a rien à voir. Le syndrome chinois, c'est facile de le démonter. L'idée qu'un cœur en fusion se propage dans les profondeurs de la terre pour en ressortir à l'autre bout est image ridicule et impossible car le monstre serait attiré au centre de la terre. Gaulés les vulgargarisateurs, vous racontez n'importe quoi. Ah ok mais donc le monstre peut en théorie aller... jusqu'au centre de la terre ? Réponse des scientifiques : "heu non mais c'est de la science-fiction, c'est jamais arrivé". C'est tellement de la science-fiction que j'avais cru comprendre que dans un autre domaine, d'autres scientifiques, tout aussi fantaisistes (mais pas moins pour autant scientifiques) imaginaient de se servir d'un tel monstre pour parcourir les profondeurs de la terre pour en percer le mystère. Trop risqué, trop cher, trop tout ce que vous voulez.. mais en théorie faisable. Alors ce n'est peut-être pas ce qui nous attend à la nurserie de monstre de Fukushima, mais on pourrait au moins être en droit de se poser la question de savoir quelles seraient les répercussions sur l'environnement si un tel monstre venait à sortir de sa cuve. Parce qu'on nous parle des nappes phréatiques, ce qui serait certes déjà une énorme catastrophe, bien pire que Tchernobyl (et je ne vois pas pourquoi on pourrait espérer s'en éloigner tant la maintenance sur le site doit faire face à des conditions très dangereuse, et pas pour éteindre un feu de bougie mais bien pour calmer quatre monstres partis pour quelques mois d'éveil). Mais il faut rappeler qu'à des pas de la centrale, juste à ses pieds, c'est d'ailleurs ce qui a libéré les monstres... c'est l'océan pacifique. Accessoirement l'étendue d'eau la plus massive de notre planète, la zone géographie la plus vaste, l'environnement de notre planète qui joue probablement le plus grand rôle sur l'environnement global de notre planète. On ne s'inquiète pas de voir les nuages de vapeurs contaminés se diriger vers l'océan. Bon un nuage, deux, ok pourquoi pas. L'océan est vaste. C'est pas la petite bête qui va manger la plus grosse. Seulement, si c'est le corium, ce monstre imprévisible et incontrôlable qui sort de sa marmite, il faudrait presque espérer qu'il file droit vers le centre de la terre ! Parce que sinon, c'est l'océan bien nommé pacifique qui risque de se prendre tout le monstre. Personne ne peut prévoir ce qui se passerait parce que ce n'est jamais arrivé... Faut-il tenter l'expérience près de ce qui est le plus précieux sur notre planète pour savoir ? Le risque ce n'est ni Three Mille Island, ni Tchernobyl, c'est vingt fois, cent fois ça. Parler de réchauffement climatique serait alors dérisoire face aux pluies el ninesques contaminées issues de l'évaporation d'un océan grippé par un virus que nous avons créé. Les conséquences du "pire" ici seraient cataclysmiques. On nous parle de sarcophage ? Et pourquoi pas de la dalle pour arrêter le monstre ? Elle serait tout aussi indispensable... et pourtant probablement inefficace si près du rivage.
Alors, c'est de la science-fiction ? si un film catastrophe ? Oui, mais personne ne peut dire que ça ne peut pas arriver. Les scientifiques, s'ils s'interdisent de prévoir le pire comme ils le devraient feraient bien de se poser la question. Il n'est pas question d'inquiéter pour rien, créer des mouvements de paniques, etc. On sait bien qu'en France, on préfère ne rien dire et laisser la population bouffer ses salades contaminées après le passage du nuage de Tchernobyl que le reste de l'Europe prend des précautions... Se poser la question du "possible", c'est aussi alerter les pouvoirs publiques, l'opinion, sur le "pire". Parce que quand on est informé de ce qui pourrait se passer, on se passerait peut-être plus volontiers l'élevage de monstre en cuve. Le public a peur (à tort semble-t-il) du nucléaire à cause de l'imagerie "explosive", il ne faut pas non plus être quand on est un personnage politique, béat devant la langage scientifique. Il faut prendre de la distance. Personne ne comprend le nucléaire. Pour eux, les enjeux, sont politiques, énergétiques, économiques... Très bien, formidable. Le nucléaire, c'est l'indépendance énergétique, ça ne produit pas de gaz à effet de serre, c'est un secteur porteur à l'export... Et quand il y a un incident ? Oh, c'est rien, c'est contrôlé, nos centrales sont les plus sûres au monde... Le risque n'est que d'un accident majeur tous les mille ans... Trois en trente ans, on a grugé notre marge pour pas mal de millénaire si j'ai bien compris. Surtout nous aussi on peut attendre notre big one. On le chouchoute tellement qu'il ne faut pas en parler, pour faire la surprise quand il arrivera. On ne comprend pas assez que le nucléaire, si c'est plus sûr que n'importe quel autre source d'énergie, si c'est plus propre à court terme, quand ça pète, ça ne fait pas dans la demi mesure. Allez chiper King Kong sur son île pour divertir les foules, pour faire tourner une immense roue qui nous fournirait sans risque en énergie, ça semble une idée terriblement séduisante. Ne veut-on toujours pas une voiture de plus en plus grosse comme symbole de notre puissance ? On connait l'histoire : quand King Kong se déchaine, qu'il se libère, il devient incontrôlable. Un accident majeur nucléaire avec fonte totale du cœur qui se répand dans l'environnement, ce n'est pas une marée noire qui pollue au pire pour quelques décennie. Un accident majeur nucléaire, ce n'est pas Tchernobyl ! Parce qu'on a évité le pire, on ne le dit pas assez. Un accident majeur nucléaire, ce n'est pas une explosion de bombe A qui détruit tout et qui s'en va. Un accident majeur nucléaire, c'est un monstre qui se répand dans l'environnement pour des milliers d'années, non pas sur une zone continue comme pour Tchernobyl, mais sur toute la planète. Superman pourrait couler un bronze sur les centrales pour les empêcher de nous cracher à la gueule, mais il ne pourrait pas rien faire contre le monstre une fois sorti de sa boite.
J'étais avant toute cette histoire, ni favorable ni contre le nucléaire. Je m'en foutais. Je faisais confiance. Je haussais les épaules. Je me disais, le nucléaire, c'est ce qu'il y a de moins pire. Faut-il avoir la preuve par les faits que le pire, on ne l'a pas connu à Tchernobyl ? Doit-on croire qu'en peignant de bleu nos centrales elles vont automatiquement devenir "propres", "sympas". Un joli paquet cadeau qui nous saute à la gueule. Surprise ! Merci la com'. Merci la désinformation. Merci les petits "vendus". Oh non pas besoin de grosse corruption. Pas besoin de payer des mecs pour se taire. On ne sait rien. Ça ne s'est jamais produit. On ne sait pas. Les petits vendus, ce sont nous tous qui profitons chacun de notre confort que nous apporte la domestication du monstre. "Ne pas l'exposer à la lumière, ne pas lui donner à boire, ne pas lui donner à manger après minuit". On a beau connaitre les règles... il y a toujours des erreurs. Même quand on sait, on n'y arrive pas. "Ne pas le mettre dans une zone sismique, ne pas le mettre près du littoral, ne pas se croire protégé après minuit"... "Tout va bien, je vais bien, tout me plait, je suis gai"... (Danny... Boom).
Alors, je veux bien que le film le Syndrome chinois expose une idée scientifiquement impossible dans son titre... C'en est pas moins un film qui pourrait nous apprendre beaucoup de chose sur la gestion réelle du risque. Oui oui, les artistes peuvent aussi nous en apprendre beaucoup en mettant en situation à leur manière. Ce n'est pas sur le plan scientifique qu'il peut nous en apprendre beaucoup, mais sur le comportement humain. On parle du risque humain j'imagine quand il est question du nucléaire. On doit sans doute rouler des yeux en disant que c'est un impondérable... et qu'il faut le réduire au maximum. Avec encore plus de machine, de contrôle, d'expertises. etc. Le film montre pourtant assez facilement comme les hommes peuvent provoquer des erreurs, s'en défendre, parfois même sans s'en rendre compte. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le film n'est ni un film de science fiction (ce qui a rapport avec le titre n'est présent que le temps d'une courte scène, pour présenter les enjeux en quelques sortes, les risques ; les artistes peuvent fantasmer sur les risques là où les scientifiques préfèrent fermer les yeux). Ce n'est pas non plus un film catastrophe. Le pire s'il est évoqué, ne se produit pas. En réalité, il se produira... douze jours après la sortie du film à Three Mile Island. On ne dépasse pas le niveau de l'incident dans le film. En fait, toute la question est donc humaine. Car tout le problème est là. On peut se préparer aux risques tant qu'on veut, avec la minutie la plus experte, tout cela est réduit en bouilli si un sous-traitant qui doit vérifier l'étanchéité de joints du turbine, pour réduire ses coups et ramasser le blé, fait un cliché... et le copie au nombre des joints nécessaires. Oui, l'expertise n'est rien fasse à l'escroquerie. Personne ne peut se prémunir de l'escroquerie, pas même dans le nucléaire. A la question d'un journaliste qui lui demande si sa centrale est sûre, le directeur de l'exploitation du site lui répond qu'il n'y a que la NASA qui connait un même degré de sécurité... La NASA n'a jamais connu d'accident, c'est bien connu. Seulement quand une navette explose, quand on perd un satellite, les répercussions au sol sont minimes. Avec le nucléaire, on parle bien de réaction en chaine. Le film démontre ensuite comment le personnel et les dirigeants peuvent être menés à laisser passer des incidents, alertes pourtant d'un plus gros risques, pour préserver leur statut, leur place, leur réputation, pour préserver les intérêts économiques... C'est que quand il y a un accident, au lieu de se poser la question du risque incontrôlable, on préfère se poser la question du renfort des normes, de la "sécurité". Toujours plus de sophistications pour des petites têtes et donc plus de probabilité d'erreurs humaines... Dans le film, des journalistes assistent à un premier incident, leur patron leur interdit de diffuser le reportage parce que la chaine dépend de l'entreprise qui exploite le site, parce qu'on ne peut se permettre un scandale quand une nouvelle centrale est sur le point de sortir de terre. Le film nous montre bien comment on est tous assujetti à des intérêts personnels et non commun. Les spécialistes du nucléaire, comment leur faire confiance quand la question cruciale qui est de savoir s'il faut oui oui non arrêter les frais en cherchant à dompter un monstre, remet directement en question leur statut ? Ils ne peuvent pas remettre en question leur gagne pain. Ce n'est même pas de la corruption, c'est un assujettissement inconscient au domaine dans lequel on vit. Là où c'est de la science fiction, ce n'est pas la question du devenir du monstre une fois dans la nature, non dans le film, c'est que le directeur d'exploitation de la centrale finissent par penser au bien commun. Il convoque les journalistes, se réfugie dans la centrale et puisque personne ne veut l'écouter parmi ses collègues et ses dirigeants bien trop soucieux de gagner leur blé, il prend la centrale en otage pour éviter qu'on la remette en marche. Et il demande à être interviewé. Le mec panique, il parle technique... les forces spéciales arrivent et le tuent sans ménagement. Il avait raison, on passe à côté d'une catastrophe. Pourtant à la sortie des évènements, son boss, n'y connaissant rien dans le nucléaire, raconte au média qu'il était fou. C'est bien l'impression qu'il a donné à l'antenne... Le nucléaire s'en tire à bon compte. Douze jours après, le véritable film catastrophe a eu lieu à Three Mile Island. Puis à Tchernobyl. A chaque fois on passe à côté du pire. Là, on ne sait pas ce qui nous attend. Mais si on en ressort sans devoir boire du blob radioactif notre vie, il serait temps de se poser la question du nucléaire.
Il y a des moments où il faut mettre les choses en pause, parce qu'on n'a pas les moyens de jouer avec nos jouets. Continuons la culture et la recherche atomique, gardons quelques mini centrale, mais ne nous servons pas de notre unique planète comme jouet ou comme expérience grandeur nature. Attendons au moins quelques siècles de s'être rendu maitre d'autres planètes pour commencer à jouer avec les jouets de papa. Quand le coup part, il n'y a pas de seconde chance. Et si nous n'avons pas les moyens de nos modes de vie, trop énergivore ? apprenons à vivre autrement. On est déjà limite avec le climat. On titille l'atome... Et puis quoi encore ? on attend que ça nous pète à la gueule pour qu'on comprenne enfin que si on perd le contrôle, il n'y a personne derrière pour recoller les morceaux. Pas de canots de sauvetage. Pas de retour en arrière. Il ne faut pas être spécialiste scientifique ou de la sécurité pour comprendre qu'on minimise les risque encore plus fortement quand on arrête de jouer aux apprentis sorciers. La recherche nucléaire d'accord. Le nucléaire civile, non merci. La solution la plus simple n'est pas toujours la meilleure. Comme disait l'autre : les énergies alternatives, ce n'est pas parce que c'est facile, mais bien parce que c'est compliqué qu'il faut le faire.
Ah bah voilà, ça y est, je suis antinucléaire... c'est où qu'on s'inscrit ?^