Dans la théorie des probabilités, une mesure de probabilité (ou plus brièvement probabilité) P est une application qui à un évènement A quelconque associe un nombre réel (noté P(A)). Une mesure de probabilité doit satisfaire les axiomes des probabilités ou axiomes de Kolmogorov, du nom d'Andreï Nikolaievitch Kolmogorov, mathématicien russe qui les a développés.
Une mesure de probabilitéP est toujours définie sur un espace probabilisable(Ω,A), i.e. sur un couple constitué d'un ensemble d'éventualités, l'universΩ, et d'une tribu A de parties de l'univers Ω. Les éléments de la tribu A sont appelés les évènements. Ainsi la mesure de probabilitéP est une application de A dans R.
C'est-à-dire que la probabilité d'un évènement est représentée par un nombre réel compris entre 0 et 1.
Deuxième axiome
Ω désignant l'univers associé à l'expérience aléatoire considérée,
P(Ω)=1,
C'est-à-dire que la probabilité de l'évènement certain, ou d'obtenir un quelconque résultat de l'univers, est égale à 1. Autrement dit, la probabilité de réaliser l'un ou l'autre des évènements élémentaires est égale à 1.
Troisième axiome
Toute suite d'évènements deux à deux disjoints (on dit aussi : deux à deux incompatibles), A1,A2,… satisfait :
P(A1∪A2∪⋯)=∑i=1+∞P(Ai).
C'est-à-dire que la probabilité d'un évènement qui est la réunion (dénombrable) disjointe d'évènements est égale à la somme des probabilités de ces évènements. Ceci s'appelle la σ-additivité, ou additivité dénombrable (si les évènements ne sont pas deux à deux disjoints, cette relation n'est plus vraie en général).
Conséquences
À partir des axiomes, se démontrent un certain nombre de propriétés utiles pour le calcul des probabilités, par exemple :
P(∅)=0.
Si A, B sont deux évènements incompatibles (ou disjoints), alors
P(A∪B)=P(A)+P(B).
Plus généralement, si (Ak)1≤k≤n est une famille d'évènements 2 à 2 incompatibles, alors
P(1≤k≤n⋃Ak)=1≤k≤n∑P(Ak).
P(B∖A)=P(B)−P(A∩B);
Cette relation signifie que la probabilité que B se réalise, maispas A, est égale à la différence P(B)−P(A∩B). Cette relation découle de ce que B est réunion disjointe de B∖A et de A∩B.
En particulier, si A⊂B, alors
P(A)≤P(B)
C'est la propriété de croissance de la probabilité. En effet, dans le cas particulier où A⊂B, la propriété précédente s'écrit
où le premier terme est clairement positif ou nul.
Dans le cas particulier où B = Ω, cela donne que, pour tout évènement A,
P(Ω∖A)=1−P(A)
Ceci signifie que la probabilité pour qu'un évènement ne se produise pas est égale à 1 moins la probabilité pour qu'il se réalise ; cette propriété s'utilise lorsqu'il est plus simple de déterminer la probabilité de l'évènement contraire que celle de l'évènement lui-même.
Pour tous évènements A, B,
P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).
Ceci signifie que la probabilité pour que l'un au moins des évènements AouB se réalise est égale à la somme des probabilités pour que A se réalise, et pour que B se réalise, moins la probabilité pour que AetB se réalisent simultanément. De même,
qui donne la probabilité de la réunion de n ensembles non nécessairement disjoints.
Limites croissantes et décroissantes
Toute suite croissante d'évènements A1⊂A2⊂A3⊂… satisfait :
P(A1∪A2∪⋯)=nlimP(An).
C'est-à-dire que la probabilité d'un évènement qui est la réunion (dénombrable) d'évènements croissants est égale à la limite des probabilités de ces évènements.
Toute suite décroissante d'évènements A1⊃A2⊃A3⊃… satisfait :
P(A1∩A2∩⋯)=nlimP(An).
C'est-à-dire que la probabilité d'un évènement qui est l'intersection (dénombrable) d'évènements décroissants est égale à la limite des probabilités de ces évènements.
Formulation à partir de la théorie de la mesure
De manière équivalente, on définit plus simplement le triplet (Ω,A,P) représentant un espace probabilisé, comme un espace mesuré dont la mesure, P, a la particularité d'avoir une masse totale égale à 1:
P(Ω)=1.
En théorie de la mesure, les évènements sont appelés « ensembles mesurables ». Ce mini-lexique permet de traduire les résultats de la théorie de la mesure et de l'intégration de Lebesgue en termes probabilistes.