En 1687 dans les Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, Isaac Newton introduit la force de gravitation, qui se veut être à la fois une explication aux mouvements des planètes, et à la pesanteur sur Terre. Le problème exposé ici est de démontrer que la seule expression de la loi universelle de la gravitation, combinée au principe fondamental de la dynamique, fournit une justification des lois empiriques de Kepler. Il fut résolu par Newton.
Une autre démonstration géométrique a été donnée par Richard Feynman, durant ses cours. Il ne l'a pas publiée, mais Brian Beckman l'a fait en 2006 dans "The Journal of Symbolic Geometry", volume 1.
Conventions et notations pour les démonstrations qui vont suivre
Pour simplifier, prenons le Soleil comme origine du référentiel, l'axe z perpendiculaire à la droite passant par le Soleil et la planète et perpendiculaire à la direction de la vitesse de la planète au tempst = 0. L'axe x dans la direction correspondante à la distance la plus petite entre le Soleil et la planète. La distance la plus grande entre le Soleil et la planète sera dans la direction -x.
Cela résulte du fait que le Soleil attire la planète selon une force centrale. C'est-à-dire une force qui est toujours dirigée de la planète vers le Soleil.
En effet, étant données une position r0 et une vitesseV0 initiales, cela définit un plan. Selon nos conventions ci-dessus, c'est le plan passant par l'origine O, contenant les axes x et y.
Puisque la force est centrale, elle et l'accélération sont dans une direction se trouvant dans ce même plan. Donc les variations de vitesses et les variations de positions resteront dans ce même plan. En conclusion toute la trajectoire restera dans ce plan.
La deuxième loi de Kepler donnera une deuxième démonstration de cette partie.
Deuxième loi, loi des aires (1609)
Soit A(t) l'aire de la surface balayée par le rayon vecteurr durant le mouvement, alors cette seconde loi stipule que des aires égales sont balayées dans des temps égaux.
En dérivant le moment cinétiqueL=m⋅r∧V par rapport au temps, on obtient :
dtdL=m⋅V∧V+m⋅r∧F/m qui vaut 0.
Donc le moment cinétique est un vecteur constant. Cela résulte du fait que la force est centrale (cf. mouvement à force centrale)
D'autre part : m∣L∣=r⋅v⋅sin(θ)=2⋅dtdA(t)
En conséquence : A(t)=2⋅m∣L∣⋅t
Deuxième partie de la première loi (1609)
Dans un référentiel immobile par rapport au Soleil, la trajectoire d'une planète est elliptique, un foyer étant le Soleil. Le Soleil n'est un des foyers qu'approximativement, du fait que sa masse M est très supérieure à celle de la masse m de la planète. Pour être exact, il faudrait se placer au centre de gravité du système Soleil - planète.
(Attention : L'angle noté θ dans ce paragraphe est différent de celui du paragraphe précédent)
Rappelons l'expression de la loi des aires obtenue au paragraphe précédent : A(t)=2⋅m∣L∣⋅t
ainsi, l'aire balayée pendant un temps dt égale 2⋅m∣L∣⋅dt. Or cet aire vaut 21⋅r2⋅dθ.
Donc dtdθ=m⋅r2∣L∣
En combinant ces deux relations, on obtient :dθdV=−∣L∣G⋅M⋅m⋅r^
D'où en intégrant par rapport à θ : V=∣L∣G⋅M⋅m⋅θ^+V0 car dθdθ^=−r^
θ^ = le vecteur unité perpendiculaire à r^ dans le plan de la trajectoire, dirigé dans le sens le plus proche de celui de la vitesse.
Ce résultat s'appelle : théorème de Hermann, Laplace, Runge, Lenz, Hamilton : cf. vecteur de Runge-Lenz.
L'hodographe est un cercle excentré par rapport à l'origine des vitesses. Il en résulte que la trajectoire est une conique : si l'origine des vitesses est à l'intérieur du cercle, la conique est une ellipse ; si elle est à l'extérieur, c'est une hyperbole ; cas limite : une parabole. Ce théorème de cinématique est très vieux, mais on l'attribue à tort à Hamilton ; il était encore enseigné dans le cours de cosmographie de « math-élem » (terminale S actuelle) : cf. par exemple Lebossé, cours de mathématiques élémentaires. On va en donner la démonstration due à Landau, très algébrique :
Le théorème précédent se réécrit après multiplication vectorielle par G⋅M⋅mL et simplifications :
G⋅M⋅mL∧V=∣L∣1⋅L∧θ^+G⋅M⋅mL∧V0=r^+e
e s'appelle le vecteur d'exentricité. On montre qu'il est constant. (C.f. lien externe n°2)
puis en effectuant le produit scalaire avec r et en simplifiant :
Si on prend l'aphélie comme origine : r=1−e⋅cos(θ)p
Troisième loi (1618)
Le carré de la période T varie comme le cube du demi-grand axea : T2a3=4⋅π2G⋅M
G⋅M s'appelle la constante de Gauss : elle est connue avec une extraordinaire précision, dix chiffres significatifs et vaut 0.01720209895 (alors que G n'est connue qu'avec 5 chiffres significatifs).
En utilisant : A(T)=π⋅a⋅b=2⋅mL⋅T et p=ab2=G⋅M⋅m2L2,
puis en éliminant L entre ces égalités, on obtient le résultat annoncé.
Par conséquent, toutes les ellipses de même grand axe, quelle que soit leur excentricitée, ont la même période de révolution jusqu'à la circulaire où e=0.