De la même manière que dans son roman le Maître du Haut-Château, Philip K. Dick donne, dans Dr. Bloodmoney, la priorité à la description des destins particuliers des personnages. Les conséquences de la guerre, dans ces deux romans, ne sont pas racontées de façon globale, à l'échelle d'une nation entière. Au contraire, l'auteur s'intéresse au microcosme, à la lutte pour la survie de personnes issues de différents milieux sociaux. C'est ainsi que les personnages principaux du roman se caractérisent par une certaine hétérogénéité : Hoppy Harrington, homme sans bras ni jambes ; Stuart McConchie, commerçant afro-américain ; ou bien encore Walt Dangerfield, envoyé en orbite autour de la Terre et devenu une idole diffusant des programmes de radio.
Dr. Bloodmoney raconte ainsi l'histoire d'une société dont les rôles se trouvent inversés après la chute de la bombe. Les êtres considérés comme les plus faibles vont s'avérer être ceux qui sauront le mieux s'adapter à la vie post-apocalyptique (réussite de Stuart McConchie ou de Hoppy Harrington qui devient l'objet de convoitises pour ses talents).
Dr. Bloodmoney est comparé par certains à Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Le personnage du film ressemble en effet au Docteur Bruno Bluthgeld du roman de Philip K. Dick. Ces deux scientifiques ont des caractéristiques communes comme la paranoïa et le sentiment d'avoir un pouvoir divin de destruction. La comparaison entre Dr. Bloodmoney et le film de Stanley Kubrick est renforcée par la similitude des titres mais également de leurs sous-titres : How we all got along after the bomb (Comment nous avons vécu après la bombe) pour le roman et How I stopped worrying and learned to love the bomb (Comment j'ai appris à ne plus m'inquiéter et à aimer la bombe) pour le film.
D'un point de vue linguistique et culturel, le terme allemand Bluthgeld (argent du sang) a deux acceptions. La première, attestée dans la traduction allemande du Nouveau Testament par Martin Luther (Mathieu 27,6), désigne la somme d'argent que les prêtres juifs paient à Judas pour avoir trahi Jésus Christ, associant ainsi sa trahison à un crime de sang. La seconde désigne, dans la tradition arabe, la somme d'argent que doit payer un criminel ou sa famille aux parents proches de la victime.