! Attention, ce paragraphe dévoile des moments clés de l'intrigue !
L'auteur a créé un monde univers plausible et des personnages attachants ; chacun est doté d'une manière personnelle de s'exprimer. Cet univers bâti sur "du vent" est aussi un monde de mots ; il n'est qu'à voir la joute verbale que livrent Caracole et Sélème, dans la plus pure tradition du théâtre d'improvisation.
L'auteur, tout le long du livre, joue autant avec la forme qu'avec le fond : il égrène les pages à l'envers, associe un signe typographique à chaque personnage, et se sert même de la ponctuation pour décrire le vent. En ce sens, le troubadour Caracole est le plus bel exemple du livre : il ponctue ses phrases de calembours, de jeux de mots basés sur le vent... Les premières phrases du livre sont d'ailleurs de Caracole, et sont "rapportées" par le vent : c'est-à-dire que la même phrase est écrite plusieurs fois, mais avec des lettres manquantes, de moins en moins au fur et à mesure. Comme si les paroles venaient de loin, apportées par une bourrasque.
Avec une structure très solide, le livre met en scène un monde original et inattendu construit sur le thème du Vent, personnage principal, omniscient et omniprésent. Chacun des membres a sa théorie sur la source du vent, la raison de son existence ; mais chacun le considère comme une énergie primitive, créatrice de tout le reste, un mouvement qui une fois ralenti, donne naissance à la terre, aux roches, voire aux humains.
On retrouve cette idée de "vent créateur" tout le long du livre, à divers niveaux : si certains personnages, comme Pietro, ne considèrent le vent que comme une part importante du climat alentour, d'autres, comme Caracole, sont persuadés que tout ce qui existe n'est qu'une déclinaison du mouvement, du souffle engrangé par le vent. Ceci est encore plus vrai pour ce dernier, étant donné qu'il est lui-même un vent - appelé "carachrone" - à part entière.
La narration se fait sur le mode du "je", mais de personnage en personnage, en suivant l'ordre chronologique des événements. La Horde elle-même est un personnage capital du livre, et l'histoire est contée à travers le récit de chacun, et ce qu'il ou elle ressent et observe. Chaque membre ayant son propre langage et sa propre manière de s'exprimer,l'impression de point de vue interne au groupe est renforcé de manière notable.
Extrait : "Une rafale encore - et le bruit se fond dans le rugissement saturé. À ma gauche, un chat oblong se cale, ébouriffé, dans une encoignure trop étroite pour lui, et volent les jouets cassés, des calebasses, des bancs qui raclent et des tuiles de terre cuite arrachées et jetées comme à la main à trois mètres de nous. Il n'y a plus de doute maintenant, pour personne : le furvent arrive. Il sera là dans l'heure. Il s'annonce, comme toujours en quintet. Et il ne laissera rien debout ici, dans ce bled qui ne figurait sur aucun carnet de contre, tant son plan carré, ses ruelles axiales et son architecture en pisé auraient fait hurler une Oroshi de huit ans." de ")" (Sov) La Horde du Contrevent. Alain Damasio.
On peut, par exemple remarquer ici l'attitude et le langage du scribe à travers la façon dont il "parle" dans le livre :
- Explication des termes et des détails : "Une rafale encore - et le bruit se fond dans le rugissement saturé" ; "Il n'y a plus de doute maintenant, pour personne : le furvent arrive", par l'utilisation des tirets et des deux points.
- Utilisation de longues phrases, coupées de nombreuses virgules donnant des détails sur tout. C'est la caractéristique du scribe ; il est celui qui sait écrire, contrairement, par exemple, Golgoth, dont les phrases sont plus hachées. Sov : "À ma gauche, un chat oblong se cale, ébouriffé, dans une encoignure trop étroite pour lui, et volent les jouets cassés, des calebasses, des bancs qui raclent et des tuiles de terre cuite arrachées et jetées comme à la main à trois mètres de nous."
- Utilisation de termes précis (pour le scribe) : "oblong", "furventarrive", "quintet", "architecture en pisé"...
- Utilisation de figure de style, plus propre au scribe : "jetées comme à la main à trois mètres de nous"