D'abord, parmi tous les théorèmes de géométrie, c'est celui qui demande les hypothèses minimales. Il porte sur deux triplets de points arbitraires respectivement pris sur deux droites coplanaires quelconques. Il ne demande donc comme connaissance que celle de l'alignement de trois points et ne nécessite par exemple ni métrique, ni orthogonalité… On dit qu'il est un théorème de géométrie projective.
Ensuite, ce théorème est le générateur de tous les théorèmes de géométrie euclidienne par l'enchaînement suivant
D'après un résultat obtenu par D. Hilbert, le théorème de Pappus permet de démontrer le théorème des triangles homologiques.
Dans Leçons de géométrie projective du célèbre géomètre F. Enriqués, on lit : …en se servant du théorème des triangles homologiques […] on pourrait déduire tous les théorèmes de géométrie projective plane. (voir page 46 de son livre)
Enfin la géométrie projective contient la géométrie euclidienne comme cas particulier.
On trouvera tous les détails sur ces développements dans les références données en fin d'article. Cette particularité remarquable explique que certains auteurs aient conféré le statut d'axiome à ce théorème, voir axiomes de plans projectifs.
Énoncé du théorème
Théorème de Pappus
Dans un plan, soient A1, B1, C1 trois points distincts alignés sur une droite (d) , et soient A2, B2, C2 trois autres points distincts alignés sur une autre droite (d′) alors les points
A intersection de (B2C1) avec (C2B1)
B intersection de (A2C1) avec (C2A1)
C intersection de (A2B1) avec (B2A1)
sont alignés.
Il s'agit d'un théorème de géométrie projective donc les points considérés peuvent être propres ou impropres. Dans le cas où tous les points sont propres, on obtient une configuration du type ci-contre.
Remarques :
si l'on note (Δ) la droite portant les points A,B,C alors les assertions suivantes sont équivalentes (en géométrie projective) :
-- les trois droites (d), (d′) et (Δ) sont concourantes ;
-- les trois droites (A1A2) (B1B2) (C1C2) sont concourantes ;
-- les six droites « croisillons » (B2C1) (C2B1) (A2C1) (C2A1) (A2B1) (B2A1) sont tangentes à une même conique.
-- Les deux droites (d) et (d′) peuvent être considérées comme une conique dégénérée : pour l'hexagramme A1B2C1A2B1C2, le théorème de Pappus-Pascal affirme l'alignement des points A, B et C.
Démonstration à l'aide des applications projectives
Démonstration du théorème
On construit les points O intersection de (d) et (d'), D intersection de (A1B2) et (A2C1) et E intersection de (A1C2) et (C1B2)
On considère la projection centrale p de la droite (A1B2) sur la droite (d) de centre A2
A1 a pour image A1
C a pour image B1
D a pour image C1
B2 a pour image O
On considère la projection centrale q de la droite (d) sur la droite (B2C1) de centre C2
Si on regarde maintenant la projection centrale r de la droite (A1B2) sur la droite (B2C1) de centre B
A1 a pour image E
D a pour image C1
B2 a pour image B2
Or, une application projective d'une droite sur une autre est entièrement déterminée par l'image de trois points distincts. Les transformations q o p et r coïncident sur A1, D et B2. Elles sont donc égales et r(C) = A. Les points A, B et C sont donc alignés.
Démonstration à l'aide du théorème de Ménélaüs
Démonstration du théorème de Pappus à l'aide de Ménélaüs
Dans le cas où aucun point n'est impropre et à condition qu'il existe un triangle de référence, dont les côtés soient interceptés par cinq droites du problème, on peut caractériser l'alignement de cinq triplets de points grâce au théorème de Ménélaüs et en déduire simplement que les trois points A, B et C sont alignés. Deux triangles de référence peuvent être choisis à cette fin :
le triangle J1K1L1 (en bleu sur la figure) dont les sommets sont les intersections des droites (A2B1), (B2C1) et (A1C2),
le triangle J2K2L2 (en rouge sur la figure) dont les sommets sont les intersections des droites (A1B2), (B1C2) et (A2C1).
Dans le triangle J1K1L1 (s'il existe) :
la droite (A1C1) intercepte les trois côtés en A1, B1, C1
la droite (A2C2) intercepte les trois côtés en A2, B2, C2
la droite (A1B2) intercepte les trois côtés en A1, A, B2
la droite (B1C2) intercepte les trois côtés en B1, C, C2
la droite (A2C1) intercepte les trois côtés en A2, B, C1
D'après Ménélaüs, ces alignements se traduisent par les égalités suivantes :
A1L1A1K1×B1K1B1J1×C1J1C1L1=1
A2K1A2J1×B2J1B2L1×C2L1C2K1=1
A1K1A1L1×AJ1AK1×B2L1B2J1=1
B1J1B1K1×CL1CJ1×C2K1C2L1=1
A2J1A2K1×BK1BL1×C1L1C1J1=1
En multipliant membre à membre ces cinq égalités, il reste après simplification :
AJ1AK1×BK1BL1×CL1CJ1=1
ce qui prouve d'après la réciproque de Ménélaüs l'alignement des trois points A, B et C.
Une démonstration analogue peut être faite dans le triangle J2K2L2. Dans ce cas, les trois droites (A1B2), (B1C2) et (A2C1) (en rouge sur la figure) échangent leur rôle avec les trois droites (A2B1), (B2C1) et (A1C2) (en bleu sur la figure). Cette fois-ci, les trois premières droites délimitent le triangle de référence tandis que les trois dernières interceptent les côtés du triangle de référence. Les droites (A1C1) et (A2C2) (en vert sur la figure) sont conservées pour intercepter le triangle.
Il existe un moyen pratique de trouver les deux triangles de référence. On peut représenter la ligne brisée A1, B2, C1, A2, B1 et C2 sous la forme d'un circuit hexagonal. Les côtés opposés de cet hexagone ont pour intersection les 3 points A, B, C et les deux triangles de référence sont les deux triangles bâtis sur l'hexagone.
Circuit hexagonal et triangles de référence
On peut illustrer sur une autre configuration, avec quelle facilité le circuit hexagonal permet de trouver les deux triangles de référence. Définissons cette fois-ci :
A comme l'intersection de (A1B2) avec (C1C2)
B comme l'intersection de (A1A2) avec (B1C2)
C comme l'intersection de (C1A2) avec (B1B2)
Le circuit hexagonal est alors A1, A2, C1, C2, B1 et B2 et les deux triangles de référence sont alors :
le triangle J1K1L1 (en bleu sur la figure) dont les sommets sont les intersections des droites (A1B2), (B1C2) et (A2C1),
le triangle J2K2L2 (en rouge sur la figure) dont les sommets sont les intersections des droites (A2B1), (B2C1) et (A1C2).
Circuit hexagonal et triangles de référence d'une autre configuration
Démonstration du théorème de Pappus à l'aide de Ménélaüs sur une autre configuration
En revanche, dans un contexte de géométrie projective, si on travaille dans un plan projectif pappusien, c'est un de nos axiomes de construction de ce plan. Si on travaille dans un plan projectif homogène, c'est un théorème qui découle d'un autre ensemble d'axiomes.