L'agriculture biologique favorise la régulation des bioagresseurs
Publié par Isabelle le 25/07/2018 à 12:00
Source: INRA

Araignée, Leptorchestes sp. mangeant une cicadelle.
© Inra, Sophie Chamont
Des chercheurs de l'Inra, de l'université de Rennes 1 et leurs collègues mettent en évidence que l'agriculture biologique (AB) favorise la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se rattache au plan scientifique à l'automatique.) naturelle et la maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et...) des bioagresseurs - pathogènes, ravageurs et plantes adventices. Ces résultats, publiés dans la revue Nature Sustainability le 16 juillet 2018, ouvrent des perspectives intéressantes pour réduire l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) des pesticides de synthèse.

L'agriculture biologique (L’agriculture biologique est basée sur la gestion rationnelle de la fraction du sol, dans le respect des cycles biologiques et de l'environnement, tenant...) (AB), sans pesticides de synthèse est considérée comme étant plutôt bénéfique pour la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces, des populations et celle des...). Ceci suggère que les niveaux de processus naturels supportés par la biodiversité, telle la régulation naturelle des bioagresseurs (ravageurs animaux, agents pathogènes et autres adventices) sont plus importants dans ces systèmes qu'en agriculture dite conventionnelle (AC).

Dans le cadre d'un consortium international, des chercheurs de l'Inra, de l'université de Rennes (L’université de Rennes, est une ancienne université qui trouve son origine dans une ancienne université ducale fondée en 1460 à...) 1 et leurs collègues (1) ont exploré cette question à la faveur d'une analyse de grande envergure (L'envergure est la distance entre les extrémités des ailes. Le terme est valable pour définir un oiseau, un chiroptère, un avion (ou planeur).) de la littérature scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les...), démontrant l'impact des pratiques de l'AB sur la stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs cellules réceptrices de l'organisme. La cellule traduit la stimulation par un...) de la régulation naturelle et le contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) des bioagresseurs.

Les pratiques de l'AB stimulent la régulation naturelle des bioagresseurs

Les chercheurs ont ainsi établi que la régulation naturelle des bioagresseurs (qu'il s'agisse de taux de parasitisme, de prédation ou de compétition) est plus importante dans les systèmes de culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) AB que dans les systèmes AC et ce pour tous les types de bioagresseurs (pathogènes, ravageurs ou adventices). Un constat qui suggère que les pratiques de l'AB stimulent les processus naturels responsables de la régulation des bioagresseurs.

Les performances de l'AB pour la maîtrise des pathogènes, des ravageurs et des adventices dépendent du type de bioagresseurs

Cherchant à savoir si les niveaux de régulation, plus élevés en agriculture biologique qu'en agriculture dite conventionnelle, se traduisent par des niveaux d'infestation plus faibles, les scientifiques ont également observé qu'entre les systèmes de culture conduits en AB et ceux conduits en AC, les niveaux de maitrise des bioagresseurs dépendent du type de bioagresseurs.

Ainsi, les systèmes de culture conduits en AB subissent des niveaux d'infestation par des agents pathogènes (par exemple, champignons ou bactéries) plus faibles que ceux conduits en AC. Par contre, AB et AC endurent les mêmes niveaux d'infestation de ravageurs (insectes, nématodes, acariens et autres). Enfin, les systèmes de culture AB montrent des niveaux d'infestation par les adventices plus élevés que les systèmes de culture AC ; leur présence contribuant vraisemblablement à la diversité des espèces antagonistes des bioagresseurs et à un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les...) potentiellement moins propice aux maladies et aux ravageurs.

Ces résultats démontrent l'intérêt des pratiques culturales de l'AB en matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. La matière...) de régulation des bioagresseurs et de maîtrise des pathogènes et des animaux nuisibles. Ils ouvrent des perspectives d'intérêt pour réduire l'utilisation de fongicides ou d'insecticides de synthèse sans pour autant augmenter les niveaux d'infestation des pathogènes ou des ravageurs.

Au cœur de l'étude

Les scientifiques ont conduit deux méta-analyses:

• la première porte sur le potentiel de contrôle biologique, elle concerne 43 études soit 194 comparaisons entre les systèmes agricoles conventionnels et biologiques. Ces données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) comprennent des mesures du taux de prédation, des mesures du taux de parasitisme et des mesures de la suppression du sol, c'est-à-dire de la capacité du sol à réprimer les pathogènes après leur inoculation ;

• la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du...) concerne les niveaux d'infestations pour les grands types de bioagresseurs. Elle inclut 134 études soit 594 comparaisons. Les données collectées intègrent l'incidence ou la sévérité des attaques liées à des maladies, l'abondance ou la densité (La densité ou densité relative d'un corps est le rapport de sa masse volumique à la masse volumique d'un corps pris comme référence. Le corps de référence est l'eau pure à 4 °C pour les...) des ravageurs, ou encore la couverture, la biomasse ( En écologie, la biomasse est la quantité totale de matière (masse) de toutes les espèces vivantes présentes dans un milieu naturel donné. Dans le domaine de l'énergie, le terme de biomasse regroupe l'ensemble des matières...) ou la densité des adventices, plus communément appelées "mauvaises herbes".

Note:
(1) En France, sont impliqués: l'unité Santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) et Agroécologie du Vignoble (Inra, Inra, Bordeaux Sciences Agro, ISVV) ; l'unité Biodiversité agroécologie et aménagement du paysage (Étymologiquement, le paysage est l'agencement des traits, des caractères, des formes d'un espace limité, d'un « pays ». Portion de l'espace...) (Inra, ESA, Agrocampus Ouest) ; l'unité Ecosystèmes, Biodiversité, Evolution (Université Rennes 1, CNRS) ; l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est...) de génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) environnement et protection des plantes (Agrocampus Ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).), Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Rennes 1).


Contact scientifique:
Adrien Rusch - Unité Santé et agroécologie du vignoble (Inra, Bordeaux Sciences Agro, ISVV)

Département associé:
Santé des plantes et environnement

Centre associé:
Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux, Bretagne-Normandie

Référence publication:
Evidence that organic farming promotes pest control. Lucile Muneret, Matthew Mitchell, Verena Seufert, Stéphanie Aviron, El Aziz Djoudi, Julien Pétillon, Manuel Plantegenest, Denis Thiéry & Adrien Rusch. Nature Sustainability, 16 juillet 2018. https://doi.org/10.1038/s41893-018-0102-4
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