De l'importance de s'accorder entre partenaires chez un poisson tropical.
Pourquoi les conjoints qui sont ensemble depuis longtemps se ressemblent-ils tant ? Est-ce la vie en couple qui leur permet de mieux s'accorder l'un à l'autre ? Alors que la question est encore débattue pour notre espèce, une étude chez un poisson tropical éclaire cette question importante pour les espèces monogames. Chez le cichlidé zébré Amatilania siquia, le comportement des partenaires initialement très différent converge après la mise en couple. En outre, plus les partenaires réussissent à s'accorder, plus ils arrivent à élever un grand nombre de descendants.
Trop différents pour que ça marche ? Chez plusieurs espèces animales, des partenaires dissemblables sur le plan comportemental se coordonnent de manière moins efficace pour s'occuper de leur progéniture que les couples dont les partenaires sont similaires. On pourrait penser qu'un moyen simple de garantir une bonne coordination au sein du couple serait de commencer par chercher un partenaire similaire à soi. Mais cette tâche peut prendre beaucoup de temps sans garantie de succès. Plutôt que de prendre le risque de rester célibataire faute d'avoir trouvé "chaussure à son pied", il pourrait être plus efficace de se contenter d'un partenaire disponible mais pas forcément idéal, et de tenter ensuite de s'arranger de la situation. La question est alors de savoir si des partenaires initialement mal assortis peuvent réussir à s'accorder l'un à l'autre après la formation du couple ?
Les oiseaux sont bien connus pour leur fidélité au partenaire, mais la monogamie se retrouve aussi chez quelques espèces de poissons. En particulier, le cichlidé zébré est un modèle très étudié pour ses stratégies de reproduction. Il forme des couples stables dans lesquels le mâle et la femelle défendent ensemble un nid et se partagent les soins à la progéniture. Il est crucial pour leur reproduction de se coordonner efficacement afin de défendre leur nid parce que leurs jeunes sont exposés à une forte prédation (de la part de plus gros poissons, mais aussi d'autres cichlidés zébrés).
Pour savoir si des partenaires mal assortis étaient capables de finalement s'accorder, des chercheurs ont formé des couples composés de partenaires au profil comportemental (notamment à partir de leur score d'agressivité ou d'exploration) très contrasté ou, au contraire, très similaire. L'activité de défense du nid face à un prédateur pour leurs oeufs était alors déterminée pour chaque partenaire avant et après la formation du couple. Cette expérience a mis en évidence que les partenaires mal assortis parviennent à s'accorder et augmentent leur similarité comportementale. Cette convergence était principalement le résultat de l'ajustement du partenaire le moins agressif qui avait convergé vers son partenaire très agressif. En outre, plus les partenaires étaient devenus similaires, meilleur était leur succès reproducteur. Non seulement, ils avaient plus de descendants que les couples qui avaient peu convergé, mais ils avaient un nombre de descendants équivalent à celui des couples initialement similaires.
Il s'agit de la première démonstration expérimentale de convergence comportementale entre des partenaires sexuels initialement très dissimilaires et de ses bénéfices en termes de succès reproducteur.
Zoom sur le cichlidé zébré
Répartition: les cichlidés zébrés sont des poissons d'eau douce originaires d'Amérique centrale, du Guatemala jusqu'au nord du Panama. On les retrouve aussi bien dans les eaux vives que dans les systèmes lacustres.
Morphologie: il existe un fort dimorphisme sexuel chez cette espèce. Les mâles sont plus gros que les femelles et celles-ci ont le ventre et les flancs orangés ainsi que des reflets irisés sur les nageoires.
Reproduction: après s'être mis en couple, les partenaires défendent un territoire et creusent une cavité dans le substrat ou sous une grosse pierre pour faire leur nid dans lequel la femelle pond ses oeufs que le mâle fécondera ensuite.
Les oeufs éclosent après 3 jours. Les alevins qui en sont issus restent à un stade larvaire (peu mobiles) entre 3 et 6 jours et se nourrissent à partir des réserves contenues dans leur sac vitellin. Puis, à la résorption de ce sac, les alevins se mettent à nager librement et cherchent de la nourriture à l'aide de leurs parents pendant plusieurs semaines avant de prendre leur indépendance.
Soins parentaux: ils s'étalent sur plusieurs semaines et comprennent de nombreuses activités partagées par les deux parents. Les soins commencent dès la ponte par la ventilation constante des oeufs pour les oxygéner. Après l'éclosion, les parents aident leurs jeunes à trouver de la nourriture en fouissant le sol pour eux. Ils rapatrient aussi leurs alevins le soir venu en les gobant un par un avant de les relâcher dans le nid. Enfin, depuis la ponte des oeufs jusqu'à l'indépendance des alevins, les parents défendent leur progéniture contre les menaces permanentes de prédation.