Les avancées en procréation assistée ne se limitent plus à la simple stimulation des ovaires. Une équipe internationale vient de franchir une étape en s'attaquant directement à la qualité chromosomique des ovocytes, un facteur biologique fondamental du
vieillissement reproductif. Leur approche, récemment présentée à Édimbourg, repose sur une intervention moléculaire ciblée.
Cette recherche s'intéresse à une problématique centrale en fertilité: l'augmentation des anomalies chromosomiques dans les ovules avec l'âge. Ces erreurs, sources d'échecs d'
implantation et de fausses couches, sont la principale raison de la chute des taux de succès en FIV après 35 ans. Les travaux, pilotés par l'Institut
Max Planck et la start-up Ovo Labs, proposent une correction directe de ce défaut en restaurant les niveaux d'une protéine essentielle à la bonne division cellulaire.
Le vieillissement des ovules: une question de cohésion
L'origine du problème se situe lors de la méiose, la division cellulaire spécifique qui prépare l'ovule à la fécondation. Pour former un embryon sain, les 23 paires de chromosomes doivent se séparer de manière parfaitement symétrique. Avec l'âge, ce mécanisme de précision se dérègle. Les chromosomes, normalement liés au niveau de leur centre, ont tendance à se dissocier prématurément.
Cette séparation anarchique conduit à des ovocytes contenant un nombre anormal de chromosomes, une condition appelée aneuploïdie. Elle est à l'origine de nombreuses difficultés. Les données britanniques illustrent cet enjeu: le taux de naissance par embryon transféré chute de 35% chez les femmes de moins de 35 ans à seulement 5% pour les 43-44 ans. La recherche d'une solution a donc motivé l'étude approfondie des mécanismes cellulaires en jeu.
L'équipe a identifié que la défaillance est corrélée à la diminution d'une protéine spécifique: Shugoshin 1. Son rôle est capital: elle agit comme une colle moléculaire maintenant l'intégrité des paires de chromosomes jusqu'au moment précis de leur séparation. En vieillissant, les ovocytes produisent moins de cette protéine, fragilisant la structure chromosomique et ouvrant la voie aux erreurs. Cette découverte a constitué le point de départ de l'approche thérapeutique testée.
Une intervention ciblée pour restaurer la fonction
La stratégie développée est d'une apparente simplicité: réintroduire la protéine manquante directement dans l'ovocyte. Après un prélèvement conventionnel en clinique, les ovules reçoivent une microinjection de Shugoshin 1, visant à restaurer des concentrations similaires à celles observées chez des femmes plus jeunes. Cette opération s'effectue en laboratoire, avant la fécondation par
injection intracytoplasmique de
spermatozoïde.
Les résultats préliminaires, détaillés dans une prépublication sur
bioRxiv, sont encourageants. Sur un
échantillon d'ovules donnés par des patientes, la proportion présentant des défauts d'alignement chromosomique est passée de 53% dans le groupe non traité à 29% après traitement. Même chez les femmes de plus de 35 ans, une tendance à l'amélioration a été observée (le taux de défaut passant de 65 à 44%), bien que l'étude doive être élargie pour confirmer ce point statistiquement.
Les chercheurs tempèrent cependant l'enthousiasme en rappelant le caractère préliminaire de ces données. L'étape suivante consistera à vérifier si cette amélioration de la qualité ovocytaire se traduit concrètement par la formation d'embryons plus viables et, in fine, par une augmentation des naissances en bonne santé. Des discussions sont en cours avec les autorités sanitaires pour envisager un essai clinique.
Pour aller plus loin: Qu'est-ce que l'aneuploïdie ?
L'aneuploïdie désigne une anomalie du nombre de chromosomes dans une cellule. Normalement, les cellules humaines, sauf les gamètes, possèdent 46 chromosomes organisés en 23 paires. Un ovule ou un spermatozoïde sain n'en contient que 23, un de chaque paire. Lors de la fécondation, les deux lots s'associent pour reformer les 46 chromosomes.
Si un gamète apporte un nombre incorrect de chromosomes, l'embryon résultant sera aneuploïde. Par exemple, un ovule contenant 24 chromosomes (avec un chromosome 21 en double) aboutira, après fécondation, à un embryon à 47 chromosomes, dont trois copies du chromosome 21. Cette situation spécifique est à l'origine de la trisomie 21.
L'aneuploïdie est une cause majeure d'échec précoce de la grossesse. La plupart des embryons aneuploïdes ne s'implantent pas dans l'utérus ou provoquent une fausse couche spontanée au premier trimestre. La
fréquence de ces erreurs augmente exponentiellement avec l'âge maternel, en raison du vieillissement des ovocytes stockés depuis la naissance.