Les climatosceptiques et l'argument du CO2: du vrai et du faux

Publié par Adrien le 22/01/2021 à 09:00
Source: ASP
La proportion de dioxyde de carbone dans notre atmosphère est minime, ce qui est un des arguments préférés de ceux qui nient son effet sur le climat. Mais elle a beau être minime, elle augmente tout de même depuis plus de 150 ans. Explication.

Photo: L'atmosphère terrestre et le soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile...) levant, photographiés depuis la station spatiale (Une station spatiale, dans le domaine de l'astronautique, est une installation spatiale en orbite...) le 25 novembre 2009 / NASA (La National Aeronautics and Space Administration (« Administration nationale de...) / Wikipedia Commons

L'origine de l'argument climatosceptique

Ce n'est pas une rumeur (La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou...): le CO2 constitue bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de...) et bien une partie minime de l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) terrestre. Les négationnistes des changements climatiques s'en servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) depuis des décennies comme d'un argument: parfois dans le but de prétendre que le CO2 ne pourrait pas avoir l'impact qu'on lui prête, puisqu'il ne constitue qu'une portion minime de l'atmosphère; ou parfois pour alléguer que c'est la vapeur () d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les...), et non le CO2, qui est le plus important gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et...) à effet de serre (L'effet de serre est un processus naturel qui, pour une absorption donnée d'énergie...) de notre planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de...).

Il est exact que la vapeur d'eau est le plus important gaz à effet de serre (Une serre est une structure généralement close destinée à la production...) de notre planète, mais cela n'a jamais été contesté.

En avril dernier, la NASA évaluait que l'atmosphère de la Terre (L'atmosphère terrestre est l'enveloppe gazeuse entourant la Terre solide. L'atmosphère sèche est...) était composée de 410 parties par million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf...) (PPM) de dioxyde de carbone (Le dioxyde de carbone, communément appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, est un...) (CO2). En comparaison, on retrouve plus de 780 000 PPM de diazote (Le diazote, couramment nommé « azote » de manière incorrecte, est le...) (N2) et près de 210 000 PPM de dioxygène (Le dioxygène est une molécule composée de deux atomes d'oxygène, notée O2,...) (O2) dans ce même air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et...), au niveau de la mer (Le niveau de la mer est la hauteur moyenne de la surface de la mer, par rapport à un niveau de...).

Cela signifie donc que le CO2 constitue à peine 0,041 % de l'atmosphère tandis que le N2 et l'O2 en représentent respectivement 78,08 % et 20,95 %. Le total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un...) n'atteint pas tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) à fait 100%: la différence est comblée par quelques gaz rares, de même que par la vapeur d'eau (H2O), qui représente 1% de l'atmosphère au niveau de la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.), ou 0,4% en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...). Le N2, l'O2 et les gaz rares ne sont pas des gaz à effet de serre, ce qui laisse donc la vapeur d'eau et le CO2 comme détenteurs du titre.

Toutefois, ces chiffres ne traduisent pas toute la réalité ; ni celle de notre planète, ni celle de l'effet de serre.

L'effet de serre

Les gaz à effet de serre constituent une famille de molécules aux propriétés optiques uniques. Ils sont capables d'absorber, puis de réémettre la part du rayonnement solaire (En plus des rayons cosmiques (particules animées d'une vitesse et d'une énergie extrêmement...) que la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a...) terrestre a absorbée puis restituée. Ces rayons infrarouges, source de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent :...), sont indispensables à notre survie: sans cette chaleur "piégée" dans l'atmosphère, la température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et...) moyenne sur Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...) serait d'environ -15 °C plutôt que de 15 °C.

Le principal GES est donc la vapeur d'eau, qui contribue environ aux deux tiers de l'effet de serre actuel. Toutefois, sa concentration atmosphérique est relativement stable à long terme, et sa durée de vie (La vie est le nom donné :) dans l'atmosphère est très courte. C'est sur ces deux points que se distingue le CO2, qui contribue à l'effet de serre dans une proportion se situant entre 20 et 30 %. Dans cette contribution, il est suivi du méthane (Le méthane est un hydrocarbure de formule brute CH4. C'est le plus simple composé de la...), de l'oxyde (Un oxyde est un composé de l'oxygène avec un élément moins...) nitreux et des chlorofluorocarbures.

Longue durée de vie

Contrairement à la vapeur d'eau en effet, le CO2 demeure assez longtemps dans l'atmosphère, soit environ 100 ans. Ce qui veut dire que ce qu'on envoie là-haut s'accumule, au contraire de l'eau, qui redescend rapidement à la surface du globe et dont le cycle nourrit océans (Océans stylisé Ωcéans est un documentaire français réalisé par...) et rivières.

C'est cette accumulation du CO2 qui a pour conséquence que sa concentration atmosphérique augmente depuis les débuts de la Révolution industrielle, au 18e siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui...). Le recours sans cesse grandissant aux combustibles fossiles, comme le charbon, le pétrole (Le pétrole est une roche liquide carbonée, ou huile minérale. L'exploitation de...) et le gaz naturel (Le gaz naturel est un combustible fossile, il s'agit d'un mélange d'hydrocarbures présent...), met en circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles...) des quantités de CO2 qui n'ont pas été vues depuis des millions d'années, et la vitesse (On distingue :) à laquelle cette concentration augmente n'a probablement pas son pareil dans l'histoire de la Terre (L'histoire de la Terre couvre approximativement 4,6 milliards d'années...).

Cette augmentation du CO2 émis pourrait en théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer,...) être contrecarrée par son cycle naturel: une partie du dioxyde de carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C,...) émis a toujours été absorbée par l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et...). Mais aujourd'hui, les puits naturels de séquestration du CO2 que sont les océans et les forêts ne suffisent plus à la tâche. Et c'est ce surplus qui s'accumule dans l'air, et qui accélère du coup le réchauffement climatique (Le réchauffement climatique, également appelé réchauffement planétaire, ou...).

À noter que les concentrations de deux autres gaz à effet de serre, le méthane et le protoxyde (Le protoxyde d'une substance chimique est le composé le moins oxygéné parmi tous...) d'azote (L'azote est un élément chimique de la famille des pnictogènes, de symbole N et de...), continuent elles aussi de croître. Le méthane est à présent deux fois et demie plus abondant dans notre atmosphère qu'avant la Révolution industrielle.

En chiffres

En chiffres, que représente cette accumulation ? Le plus récent Bulletin sur les gaz à effet de serre, publié par l'Organisation météorologique mondiale (L'Organisation météorologique mondiale (OMM, en anglais World Meteorological Organization...), parle d'une progression de la concentration moyenne de CO2 dans l'atmosphère de 147 % par rapport aux environs de l'an 1750, soit l'ère préindustrielle. En tenant compte du fait que le taux fluctue légèrement suivant les saisons, nous sommes passés d'une moyenne annuelle d'environ 275 PPM avant la Révolution industrielle, à 300 PPM vers 1950 et à 400 PPM en 2013.

L'Observatoire de Mauna Loa, à Hawaii, a enregistré un record, pour une journée, de 416 PPM en février 2020.

L'augmentation annuelle moyenne de CO2 dans l'atmosphère s'est accélérée dans la deuxième moitié du 20e siècle. Depuis 10 ans, elle est de 2,3 PPM/année.

Bien qu'une association entre le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) de PPM et le nombre de degrés Celsius soit difficile à chiffrer avec exactitude, les experts ont souvent placé 450 PPM comme la limite à ne pas dépasser pour éviter des conséquences irréversibles sur les courants atmosphériques et la fonte des calottes glaciaires. Or, si la tendance se maintient, la Terre atteindra les 450 PPM dans moins de 20 ans.

Verdict

Bien que les négationnistes du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une...) n'aiment pas le mot "consensus", il y a, ici, un consensus entre eux et les scientifiques: oui, le CO2 représente une partie minime de l'atmosphère. Mais leur affirmation cache une partie importante de la réalité.
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