Un composant du raisin protège contre le cancer
Publié par Isabelle le 08/10/2018 à 12:00
Source: Université de Genève (UNIGE)
Une molécule présente dans la peau et les graines de raisin peut protéger du cancer du poumon lorsqu'on l'administre par voie nasale, découvrent des chercheurs de l'UNIGE.


Le resvératrol est une molécule naturelle bien connue, notamment présente dans le raisin et que l'on retrouve dans le vin rouge. (UNIGE_Aymeric Monteillier)

Le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est...) du poumon (Le poumon est un organe invaginé permettant d'échanger des gaz vitaux, notamment l'oxygène et le dioxyde de carbone. L'oxygène est...) est le plus mortel au monde (Le mot monde peut désigner :), et 80 % des décès qui lui sont imputables sont liés au tabagisme (Le tabagisme est le fait de consommer du tabac, produit manufacturé élaboré à partir de feuilles séchées de plantes...). En complément de la lutte antitabac, des stratégies efficaces de chimioprévention sont donc nécessaires. Une équipe de chercheurs de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation...) de Genève (UNIGE) s'est intéressée à une molécule (Une molécule est un assemblage chimique électriquement neutre d'au moins deux atomes, qui peut exister à l'état libre, et qui représente la plus petite quantité de matière possédant les...) naturelle bien connue, le resvératrol, notamment présente dans le raisin et que l'on retrouve dans le vin rouge. Si ses propriétés chimiopréventives contre les cancers affectant le tube digestif ont été documentées dans des études précédentes, le resvératrol restait jusqu'ici sans effet sur les cancers du poumon. Grâce à un nouveau mode d'administration par voie nasale, l'équipe de l'UNIGE a obtenu des résultats très prometteurs dans une étude menée chez la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire, mais aussi de nombreuses...), décrite dans la revue Scientific Reports.

"Dans un modèle murin, nous avons cherché à prévenir le cancer du poumon induit (L'induit est un organe généralement électromagnétique utilisé en électrotechnique chargé de recevoir l'induction de l'inducteur et de la transformer en...) par un carcinogène de fumée (La fumée, parfois appelée boucane en Amérique du Nord, est un nuage de particules solides émis par un feu ou un échauffement mécanique. Ces particules sont principalement...) de cigarette en recourant à une molécule déjà très bien documentée, le resvératrol", explique Muriel Cuendet, professeure associée à la section des sciences pharmaceutiques de la Faculté des sciences de l'UNIGE. Pour cette étude menée sur 26 semaines, quatre groupes de souris ont été constitués. Le premier, le groupe témoin, n'a reçu ni carcinogène, ni traitement à base de resvératrol. Le second a reçu uniquement le carcinogène, le troisième aussi bien le carcinogène que le traitement, et le quatrième a reçu uniquement le traitement. "Chez les souris traitées, nous avons observé une baisse de la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un...) tumorale de l'ordre de 45% par souris. Elles ont développé moins de tumeurs et de plus petite taille que les souris sans traitement", détaille Muriel Cuendet. Lorsque l'on compare les deux groupes n'ayant pas été exposés au carcinogène, on constate que 63% des souris ayant reçu un traitement n'ont pas développé de cancer, contre seulement 12.5% des souris non traitées. "Le resvératrol jouerait donc un rôle préventif contre le cancer du poumon", poursuit la chercheuse.

Une formulation applicable chez l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement...)

Le resvératrol est pourtant une molécule a priori peu adaptée à la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se dégrade, ou qu'un accident,...) du cancer du poumon: lorsqu'elle est ingérée, elle est métabolisée et éliminée en quelques minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au crayon, levée sur le terrain. ...), et n'a donc pas le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) d'atteindre les poumons. "C'est pourquoi notre défi a été de trouver une formulation permettant de solubiliser le resvératrol en grande quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une...), alors que ce dernier n'est que peu soluble dans l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), pour permettre une administration par voie nasale. Cette formulation, applicable chez l'homme, permet au composé de parvenir jusqu'aux poumons", explique Aymeric Monteillier, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...) à la section des sciences pharmaceutiques de la Faculté des sciences de l'UNIGE et premier auteur de l'étude. La concentration de resvératrol dans les poumons obtenue avec cette formulation administrée par voie nasale est en effet 22 fois supérieure à celle que permet une administration orale. Le mécanisme de chimioprévention à l'œuvre est probablement lié à l'apoptose, le processus par lequel les cellules programment leur propre destruction et auquel échappent les cellules cancéreuses. L'équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) de l'UNIGE va maintenant s'attacher à chercher un biomarqueur qui pourrait contribuer à la sélection des personnes éligibles à un traitement de prévention par le resvératrol.

Un possible traitement préventif

Le resvératrol est une molécule déjà très connue, que l'on trouve jusque dans les compléments alimentaires utilisés chez l'homme, et aucune étude toxicologique complémentaire ne serait a priori nécessaire pour permettre sa mise sur le marché comme traitement préventif. "S'agissant d'une molécule simple et non-brevetable, impliquée qui plus est dans la prévention du cancer qui suppose une étude de suivi sur de nombreuses années, cette découverte ne présente malheureusement qu'un intérêt économique faible pour des groupes pharmaceutiques", déplore Muriel Cuendet, sans exclure pour autant le développement d'un traitement préventif chez l'homme.

Contact chercheuse:
Muriel Cuendet, professeure associée, section des sciences pharmaceutiques - Faculté des sciences de l'UNIGE

Référence publication:
Cette recherche est publiée dans Scientific Reports
DOI: 10.1038/s41598-018-32423-0
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