Le contrôle de la protéine iRhom2 pourrait détenir la clé de la prévention de la maladie d'Alzheimer
Publié par Isabelle le 26/06/2018 à 12:00
Source: © Union européenne, [2018] / CORDIS
Un quart des personnes de plus de 65 ans est directement touché par la maladie d'Alzheimer, caractérisée par une perte de mémoire et un déclin cognitif, avec des conséquences socioéconomiques dramatiques. Le projet iRhom2 in AD a pour but de nous rapprocher non seulement de la guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se régénèrent pour réduire l'espace d'une région endommagée par la nécrose. La guérison implique la...), mais aussi de la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale,...).


On sait que l'apparition de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) d'Alzheimer (AD) est associée à l'accumulation de peptides amyloïdes bêta (Aβ) dans de petits agrégats moléculaires appelés oligomères. Ceux-ci déclenchent la formation de "enchevêtrements neurofibrillaires" au sein des neurones qui entravent leur fonctionnement, entraînant finalement la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus...) cellulaire et, ainsi, un déclin cognitif important. Les très grands oligomères d'Aβ qui forment des plaques à l'extérieur des neurones, en plus de la neuroinflammation, jouent également un rôle clé dans la progression de la maladie.

Le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et...) iRhom2 in AD, financé par l'UE, a pris comme point (Graphie) de départ la protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons peptidiques. En...) iRhom2 identifiée comme un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le...) génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) de la maladie d'Alzheimer en raison de ses propriétés pro-inflammatoires. L'équipe a pu explorer plus avant l'influence de l'iRhom2 sur la neuroinflammation chez la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi...).

Moduler l'iRhom2

L'iRhom2 est récemment apparue comme une protéine importante dans la maladie d'Alzheimer, car elle aide à la maturation d'une enzyme (Une enzyme est une molécule (protéine ou ARN dans le cas des ribozymes) permettant d'abaisser l'énergie d'activation d'une réaction et d'accélérer jusqu'à des millions...) appelée TACE (enzyme de conversion du facteur de nécrose tumorale alpha) en la dirigeant vers la membrane plasmique d'une cellule. L'enzyme y libère alors une cytokine (TNFα), impliquée dans la régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se rattache au plan scientifique à l'automatique.) des processus inflammatoires. Alors que les études sur les souris ont montré que l'inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure, allergie…) TNFα-dépendante peut conduire à une septicémie (Une septicémie ou sepsis (du grec Σήψις, putréfaction) est une infection générale grave de l'organisme...) et une polyarthrite rhumatoïde, on pense également que le processus contribue à des événements de signalisation neuroinflammatoire qui peuvent causer des dommages dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et constitue le...).

Le projet iRhom2 in AD, financé par l'UE, a travaillé avec des souris susceptibles de développer les caractéristiques de la maladie d'Alzheimer: des plaques amyloïdes et des déficits de mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.). L'équipe a modifié génétiquement l'iRhom2 chez les souris, puis analysé la progression de la pathologie (La pathologie, terme provenant du Grec ancien, est littéralement le discours, la rationalité (λογία logos) sur la souffrance (πάθος pathos), et désigne dans une acception...) en utilisant un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) de méthodes biochimiques et histologiques, ainsi qu'un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de tests comportementaux pour évaluer le déclin cognitif.

Les résultats ont été quelque peu surprenants, comme le rappelle le professeur Stefan Lichtenthaler, coordinateur du projet: "Nous avons d'abord émis l'hypothèse que l'iRhom2 affecterait un aspect spécifique de la neuroinflammation dans la maladie d'Alzheimer. Ce que nous avons découvert était encore plus excitant, car elle affecte plusieurs aspects différents de la neuroinflammation simultanément. Donc, la modulation de l'iRhom2 semble particulièrement bien adaptée pour interférer avec la maladie d'Alzheimer."

Après le traitement, la prévention

Alors que la maladie d'Alzheimer est principalement une maladie de personnes âgées, 5 à 10 % de tous les cas peuvent avoir un début précoce, en particulier lorsqu'il s'agit de cas de maladie d'Alzheimer familiale. Comme l'explique le professeur Lichtenthaler: "Comme les premiers changements dans un cerveau souffrant d'Alzheimer surviennent 25 ans avant l'apparition des symptômes, pour arrêter la maladie, nous devons traiter les causes et pas seulement les symptômes, et ce, des années avant l'apparition de la maladie. Nous devons aller au-delà du traitement pour prévenir."

Pourtant, jusqu'à très récemment, tous les remèdes potentiels ont été testés chez des patients qui avaient déjà développé la maladie, soit, par définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la division entre les définitions réelles et les définitions...), trop tard dans le processus. Les médicaments sont seulement en train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de plusieurs voitures (pour transporter des personnes) et/ou de plusieurs wagons (pour transporter des marchandises), et peut...) d'être testés avant l'apparition des symptômes. Mais ces études longitudinales, qui suivent les sujets sans maladie jusqu'à ce qu'ils développent des symptômes, ne donneront pas de résultats avant au moins 2024. Un autre obstacle à surmonter est la nécessité d'un nouveau diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers, séparation, distinction“ et γν?ση,...) indiquant qui est susceptible de développer la maladie dans les années à venir.

Identifier l'iRhom2 comme une nouvelle cible thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui étudie et applique le traitement des maladies.) pour la maladie d'Alzheimer ouvre la voie au développement futur de médicaments capables de moduler la protéine. Comme le dit le professeur Lichtenthaler, "de tels médicaments utilisés pour le traitement de la maladie pourraient avoir un impact considérable sur l'amélioration de la vie (La vie est le nom donné :) de nombreuses personnes. Fondamentalement, cette thérapie (Une thérapie est un ensemble de mesures appliquées par un thérapeute à une personne souffrant d'un problème de santé, dans le but de l'aider à...) pourrait être utilisée non seulement pour prévenir la maladie, mais aussi potentiellement pour aider les patients présentant déjà des symptômes de la maladie."

Actuellement, l'équipe du projet travaille à mieux comprendre le mécanisme précis par lequel l'iRhom2 influe sur la maladie d'Alzheimer au niveau moléculaire et applique ces connaissances aux médicaments susceptibles de bloquer l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) de l'iRhom2 chez les patients.
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