COVID-19: dilemmes sociaux contre gestes barrières

Publié par Redbran le 05/10/2020 à 13:00
Source: Université de Genève
Quels sont les profils psychologiques et sociaux des personnes qui n'adoptent pas les gestes barrières ?

Le profil psychosocial des personnes qui résistent à l'adoption des comportements de protection adéquats contre la transmission du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou...) SARS-CoV-2 est une information précieuse pour la prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se...) contre les épidémies.


Illustration de coronavirus, similaires à ceux engendrant la maladie COVID-19

Il faut connaitre les profils psychologiques et sociaux pour comprendre la façon dont les gestes protecteurs contre les maladies contagieuses sont adoptés, et définir ainsi les bonnes approches préventives. Tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au début de la crise du coronavirus, avant que les mesures contraignantes soient prises, une équipe de spécialistes des comportements de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'Académie de Genève, comme un séminaire théologique et...) (UNIGE) a pu collecter de nombreuses données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) liées à l'adoption des gestes barrières. À travers une étude publiée dans la revue Applied Psychology: Health and Well Being, les psychologues genevois-es ont analysé comment les Britanniques suivaient les précautions recommandées dans leur pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas...). L'influence du comportement des autres sur les prises de décision individuelle, appelée le dilemme social, est au coeur de l'étude. Elle relève que les croyances sur la maladie COVID 19, comme se sentir vulnérable ou penser que la maladie est dangereuse, ont peu d'impact sur l'adoption des gestes barrières. Les personnes les moins enclines à les adopter sont celles qui considèrent que les précautions prises par les autres rendent les leurs inutiles. Ces profils psychosociaux, parmi d'autres, identifiés dans cette étude, fournissent des pistes pour des messages de prévention plus efficaces.

Mieux comprendre le comportement humain lorsqu'il s'agit de contribuer positivement à une collectivité permet de développer des mesures et des messages plus adéquats en termes de prévention. Une démarche de modélisation du comportement très utile pour des questions de don du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté d’environ 5 litres de sang.) comme d'écologie. Lisa Moussaoui, maître assistante au groupe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) en psychologie de la santé de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FPSE) de l'UNIGE et première auteure de l'étude précise la démarche: "Nous cherchons à comprendre comment les gens prennent des décisions et agissent, afin d'intervenir de manière préventive". C'est pourquoi, le 13 mars 2020, lors de l'annonce de l'entrée en semi-confinement par l'Office Fédéral de la Santé Publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part, des déterminants physiques,...), la chercheuse et ses collègues ont décidé d'apporter leur expertise à la crise sanitaire (Les crises sanitaires sont des pandémies importantes, qui touchent entre une dizaine de personnes (cas des crises très médiatisées qui touchent les...) du COVID-19.

Le Royaume uni comme modèle

Les psychologues genevois-es se sont tournés vers le Royaume uni, qui contrairement à la Suisse, n'était pas encore entré en confinement. Ce fait a permis d'analyser les comportements en amont de l'entrée en vigueur des mesures officielles, pour se concentrer sur les premières phases déterminantes du comportement. Un échantillon (De manière générale, un échantillon est une petite quantité d'une matière, d'information, ou d'une solution. Le mot est utilisé dans différents domaines :) représentatif de 1006 citoyennes et citoyens britanniques a servi de base à l'étude. Elle comprenait une série de questions portant sur le suivi de l'adoption des gestes barrières recommandés par les autorités sanitaires britanniques. "Nous avons notamment mesuré des variables comme la vulnérabilité (En gestion des risques, la vulnérabilité d'une organisation ou d'une zone géographique est le point faible de cette organisation pouvant être défini par :) perçue au COVID-19, la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) perçue de cette maladie et un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'autres croyances", précise Nana Ofosu, doctorante à l'UNIGE et co-auteure de l'étude.

Peu de différences sociodémographiques

Les psychologues ont constaté que les gestes barrières étaient spontanément adoptés par une grande partie de la population. "C'est un phénomène connu. Informer de la présence d'un danger suffit à provoquer un changement massif (Le mot massif peut être employé comme :) et rapide de comportement. On l'a vu dans d'autres situations tragiques, comme la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et δῆμος / dễmos (peuple)) est une épidémie touchant...) du SIDA. Des poches de résistant-es existent malgré tout", précise Olivier Desrichard, professeur à la FPSE et co-auteur de l'étude.

Le niveau d'éducation, l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux...) familial, l'âge et le nombre de cas déclarés dans la région n'influencent en rien les comportements. "Un résultat qui contredit les rumeurs prétendant que certaines catégories de la population, comme les jeunes, étaient moins respectueuses des consignes que les autres", rajoute Lisa Moussaoui.

Le comportement des autres: une source de dilemme social

Si personne ne le fait, pourquoi serais-je le seul à faire l'effort ? Plus les participant-es de l'étude sont d'accord avec cette question, moins ils/elles adoptent les gestes barrières. Un autre facteur influence négativement leur adoption, le "drop in the bucket", à savoir le sentiment que sa propre contribution ne sert à rien par rapport à l'ampleur du danger. Finalement, l'étude met en avant le fait que plus les participant-es ont des contacts sociaux, comme les rapports professionnels, plus ils se sentent vulnérables, sans que cela stimule pour autant leur adoption des bons gestes.

Une prévention à affiner

Une étude qui confirme donc que les dilemmes sociaux influencent les comportements. Cette approche psychosociale propose un contrepoint intéressant à la façon de communiquer sur le COVID-19, focalisée sur la dangerosité du virus et sur l'importance du respect des consignes. "Il est important de connaître les vrais déterminants des comportements avant d'entamer une action de prévention pour ne pas passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) à côté du but escompté. La plupart des personnes interrogées étaient déjà convaincues de l'importance de respecter les recommandations. Ce type de messages n'influence donc pas leur comportement", conclut la chercheuse.

Publication:
Cette recherche est publiée dans Applied Psychology - DOI: 10.1111/aphw.12235

Contact:
- Lisa Moussaoui - Maître assistante - Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation - Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Genève - Lisa.Moussaoui at unige.ch
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