COVID-19: le port du masque protège-il vraiment contre les virus ?

Publié par Adrien le 28/08/2020 à 09:00
Source: ASP
En Amérique du Nord, plusieurs de ceux qui manifestent contre l'obligation de porter le couvre-visage ont soutenu que, vérification faite, toutes les études rigoureuses auraient démontré que le port du masque était totalement inefficace contre les virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la forme...).


Gustavo / Pexels.com

L'origine de la rumeur

Plusieurs articles et vidéos qui circulent sur le web soutiennent que les études rigoureuses, avec des groupes témoins et publiées dans des revues révisées par les pairs, démontreraient toutes l'inefficacité des masques faciaux.

Au Canada, c'est le physicien (Un physicien est un scientifique qui étudie le champ de la physique, c'est-à-dire la science analysant les constituants fondamentaux de l'univers et les...) Denis Rancourt, autrefois de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) d'Ottawa (dont il a été congédié) qui affirme avoir fait la première revue exhaustive de la littérature médicale. Son rapport, publié dans ResearchGate (un site de partage d'écrits scientifiques, mais qui ne fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise,...) d'aucune révision par les pairs) porte sur sept études menées entre 2009 et 2020, qui ont évalué l'efficacité des masques pour protéger les travailleurs de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) contre l'influenza et les rhumes.

Selon lui, elles seraient "toutes" arrivées à la conclusion que le port du masque facial (qu'il s'agisse du simple masque procédural ou d'un masque beaucoup plus étanche de type N95) ne protégeait "pas du tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.)" les travailleurs (et le reste de la population) contre ces infections virales. Outre le fait qu'il a été très sélectif dans son choix d'études, certaines de celles retenues avaient des conclusions moins catégoriques que ce qu'il prétend. Il reste que c'est en partie sur la foi d'études comme celles-ci que l'OMS et les responsables de la santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part,...) de nombreux pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²),...) ont longtemps hésité à recommander le masque facial... une hésitation qui a d'ailleurs alimenté une certaine confusion sur la pertinence de cette mesure.

Des études qui portent sur d'autres virus

En fait, les études citées portent toutes sur l'influenza et les rhinovirus, des particules virales beaucoup plus petites que le virus de la Covid, plus susceptibles de demeurer longtemps en suspension ( Le fait de suspendre des particules En chimie, la suspension désigne une dispersion de particule. En géomorphologie, la suspension est un mode de transport des sédiments. Le fait de suspendre un objet En...) dans l'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude,...) ambiant, et d'emprunter d'autres voies de contagion (La contagion est le fait de transmettre une maladie de façon directe ou indirecte.), comme les yeux.

Parmi les études rapportées, une seule mentionne les coronavirus, et conclut dans ce cas que "une méta-analyse démontre l'effet protecteur des masques et des respirateurs contre le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la...) respiratoire aigu sévère (SRAS)." L'effet semble alors très marqué: le risque aurait été réduit de 87 %. Du reste, l'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait...) scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) préparé dès 2007 par l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) national de santé publique du Québec sur le port du masque, soulignait déjà, sur la foi d'une étude menée à Toronto, l'efficacité de cette mesure pour le SRAS.

Des études qui portent sur des groupes particuliers

En outre, toutes les études en question portent sur les travailleurs du milieu hospitalier (une seule a aussi étudié la transmission au domicile des malades). II s'agit de milieux peu aérés, où les patients malades, eux, ne portent pas de masques. Résultat: l'air ambiant dans leur chambre sera fortement contaminé. Si le personnel soignant passe plusieurs heures (L'heure est une unité de mesure  :) dans un tel milieu, et que leurs masques ne sont pas parfaitement ajustés, des aérosols transportant une forte charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un...) virale pourront s'infiltrer par le contour du nez (Le nez (du latin nasus) est chez l'homme la saillie médiane du visage située au-dessus de la lèvre supérieure et qui, en le surplombant, recouvre l'orifice des...) ou les plis de la peau (La peau est un organe composé de plusieurs couches de tissus. Elle joue, entre autres, le rôle d'enveloppe protectrice du corps.). Cette situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans...) n'a alors rien à voir avec le niveau de protection apporté par les masques dans les endroits publics, où la charge virale ambiante est beaucoup plus faible.

Les virus sont trop petits pour être bloqués par les masques ? Faux

De fait, en-dehors des milieux hospitaliers, de nombreuses expériences en vidéo (La vidéo regroupe l'ensemble des techniques, technologie, permettant l'enregistrement ainsi que la restitution d'images animées, accompagnées ou non de son,...) ont clairement montré l'efficacité des couvre-visages pour diminuer jusqu'à 95 % des émissions de microgouttelettes.

Les opposants au masque soutiennent que le virus est beaucoup plus petit que les mailles des tissus utilisés comme couvre-visages. C'est vrai: le virus de la Covid-19 mesure environ 0,12 micromètres (0,12 millièmes de millimètre); un masque conçu avec des mailles aussi fines ne permettrait pas de respirer correctement. Mais cette grosseur des mailles n'a pas beaucoup d'importance, car les fibres du masque réduisent la vitesse (On distingue :) de l'air expiré et les particules sont alors piégées par ce qu'on appelle l'effet électrostatique (L'électrostatique traite des charges électriques immobiles et des forces qu'elles exercent entre elles, c’est-à-dire de leurs interactions.). "Par effet des forces intermoléculaires, lorsqu'une très petite particule telle que le SARS-CoV-2 rencontre une fibre (Une fibre est une formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.), elle s'y colle (Une colle ou la glu est un produit de nature liquide ou gélatineuse servant à lier des pièces entre elles. Ces pièces peuvent être de même nature ou de...) définitivement. La multitude de fibres non tissées multiplie les chances de collisions et donc, l'efficacité du filtre (Un filtre est un système servant à séparer des éléments dans un flux.)", expliquait le physicien Jean-Michel Courty, dans un article du quotidien Le Monde.

Dès lors, si le port du couvre-visage dans les lieux publics se généralise, la charge virale en suspension dans l'air y demeurera relativement faible... et les porteurs de masques auront à leur tour très peu de chances d'être contaminés par une dose suffisante.

Par ailleurs, avec la Covid-19, plusieurs nouvelles études ont été menées, et le verdict scientifique confirme désormais l'efficacité du couvre-visage. Il s'agit parfois d'études populationnelles comme celles qu'on a faites enChine, en Allemagne ou dans divers États américains, mais aussi d'études systématiques avec groupes témoins. Le site ScienceDirect a publié une méta-analyse de 21 études de ce type, où les auteurs concluent que le port du couvre-visage réduirait de 80 % le risque d'infection chez les travailleurs de la santé, et de 47 % dans la population.
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