COVID-19: est-ce vraiment "moins pire que..." ?

Publié par Adrien le 23/10/2020 à 13:00
Source: ASP
Depuis le début de la pandémie, la COVID a été décrétée "moins pire que" à de très nombreuses reprises. Toutes sortes de tableaux la comparant avec toutes sortes d'autres causes de mortalité ont circulé sur les réseaux sociaux, dans le but de minimiser la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) de la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et δῆμος / dễmos (peuple)) est une épidémie touchant une part exceptionnellement importante de la population...). Quand est-il vraiment ?

En date du 20 octobre 2020, la COVID-19 a officiellement fait plus de 1,1 million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999) et qui précède un million un (1 000 001). Il...) de victimes.
Photo: Geralt / Pixabay

La COVID, c'est moins pire que la grippe ?

C'est la comparaison la plus souvent utilisée, et elle suscite encore l'adhésion (En physique, l'adhésion est l'ensemble des phénomènes physico-chimiques qui se produisent lorsque l’on met en contact intime deux matériaux, dans le but de créer une...): le 15 septembre dernier, un sondage ( Un sondage peut désigner une technique d'exploration locale d'un milieu particulier. Un sondage peut également être une méthode statistique d'analyse d'une population humaine ou non humaine à partir d'un échantillon de cette...) Léger demandait: "croyez-vous que la COVID-19 est plus, autant ou moins dangereuse qu'une grippe saisonnière (Les grippes saisonnières sont des grippes humaines dues à des virus du genre influenzavirus A, B ou C, qui circulent en permanence mais de manière saisonnière (avec un pic...) ?" Presque le quart des Canadiens ont répondu que la COVID était autant ou moins dangereuse que la grippe.

Si on compare uniquement le total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme. Exemple : "Le...) des décès dus à la COVID et à la grippe saisonnière, c'était vrai pendant les premiers mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) de la pandémie. Mais il y a longtempsqueça ne l'est plus. Par exemple, au début d'avril 2020, des voix sur les médias sociaux (L'expression « médias sociaux » recouvre les différentes activités qui intègrent la technologie, l'interaction sociale, et la création de...) avaient pris la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe ci-dessous), la saison joue un rôle...) de grippe 2017-2018 aux États-Unis comme élément de comparaison pour minimiser la gravité de la COVID et alléguer que des mesures de confinement étaient par conséquent inutiles. À peine un mois plus tard, les 60 000 décès de cette saison de grippe étaient dépassés par la COVID.

Si on compare plutôt avec les décès des années de grippes les plus mortelles, la comparaison a également fait son temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Selon l'OMS, entre 290 000 et 650 000 personnes décèdent annuellement de la grippe sur la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa...), un chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) qui a été dépassé par la COVID dès le mois de juillet.

La grippe H1N1 quant à elle, avait officiellement tué 18 000 personnes en 2009-2010. En extrapolant, un article dans la revue The Lancet parlait de 151 700 à 575 400 morts non confirmés pour le H1N1, ce qui serait tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) de même moins élevé que la COVID.

Enfin, l'argument "moins pire que la grippe" est trompeur s'il se base uniquement sur le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) des décès. En effet, plus les connaissances sur la COVID s'accumulent, et plus la liste des séquelles à court et à moyen terme s'allonge.

La COVID, moins pire que la malaria ?

Les comparaisons entre la COVID et les plus graves maladies infectieuses ont souvent pris la forme de tableaux qui présentaient des chiffres inexacts, ou des comparaisons rapidement désuètes.


Par exemple, comme le notaient en mai nos collègues de l'AFP, un tableau (Tableau peut avoir plusieurs sens suivant le contexte employé :) ayant circulé sur les réseaux sociaux au printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le début de l'année) est l'une des quatre saisons des...) et comparant les décès dans le monde (Le mot monde peut désigner :) du 1er janvier au 30 mars, indiquait que la malaria tuait "sept fois plus" que la COVID. En peu de temps, cette comparaison était périmée, de sorte que dans un autre tableau qui avait circulé quelques semaines plus tard et qui recensait cette fois les morts du 1er janvier au 1er mai, la malaria ne tuait "que" 1,4 fois plus que la COVID.

La raison du rétrécissement de cet écart: la COVID circulait désormais à travers le monde et augmentait de façon exponentielle (La fonction exponentielle est l'une des applications les plus importantes en analyse, ou plus généralement en mathématiques et dans ses domaines d'applications. Il existe plusieurs définitions équivalentes : un morphisme continu de...), alors que la malaria restait, comme chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.), cantonnée aux mêmes régions de la planète. Par ailleurs, la COVID est contagieuse (une personne contaminée peut en contaminer d'autres), mais pas la malaria.

En date du 20 octobre, c'était maintenant la COVID qui avait tué davantage, soit 1,4 fois plus que la malaria.

La COVID, moins pire que la tuberculose ?

Certains de ces tableaux comparaient aussi la COVID avec la tuberculose, qui continue de tuer environ 1,3 million de personnes annuellement - une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) pour laquelle, à l'instar de la malaria, on a pourtant des traitements. En tant que maladie hautement contagieuse et à traitement obligatoire, elle se compare effectivement à la COVID. Mais cette dernière a franchi le seuil du million de morts après seulement neuf mois, et si la tendance se maintient, elle aura dépassé le 1,3 million de décès avant la fin de l'année.

Par ailleurs, le Détecteur de rumeurs recommande de toujours observer les périodes de compilation des décès que comparent ces tableaux. Plusieurs ont commis l'erreur de comparer des totaux annuels (soit le nombre total de gens tués par une maladie en un an) avec le total provisoire de la COVID après quelques mois.

La COVID, moins pire que le sida ?

Les comparaisons avec le sida ont aussi été utilisées au printemps dans un effort pour tenter de démontrer qu'on s'inquiétait beaucoup trop de la COVID. Selon l'OMS, le sida a tué 690 000 personnes en 2019, un chiffre qui a finalement été dépassé par la COVID en juillet. Mais la comparaison comportait une autre faille: alors que les détracteurs de la COVID prétendent que son taux de mortalité (La mortalité, ou taux de mortalité est le nombre de décès annuels rapporté au nombre d'habitants d’un territoire donné. Elle se distingue de la morbidité : nombre de malades annuels rapporté à...) est trop faible pour qu'on s'en inquiète (moins de 1%), il est pourtant beaucoup plus élevé que le taux de mortalité des gens porteurs du VIH, le virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la...) responsable du sida -puisque la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) offre, dans le cas du VIH, des traitements éprouvés.

La COVID, moins pire que le cancer et les maladies cardiaques ?

Le cancer et les maladies cardiaques continuent quant à eux de dominer le classement des causes de mortalité dans le monde. Mais cette comparaison est trompeuse, puisque ces maladies ne sont pas contagieuses: les prendre en exemple pour critiquer la nécessité d'un confinement ou du port du masque n'a donc pas de sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement du...). Sans compter que COVID et maladies cardiaques ne vivent pas des existences séparées: la COVID et ses séquelles pourraient contribuer à faire augmenter le nombre de problèmes cardiaques.

La COVID, moins pire que les accidents de la route ?

Les comparaisons sont tout aussi fallacieuses avec les accidents de la route. Et pourtant, elles circulent depuis la fin janvier. Elon Musk, patron de Space X, a lui-même effectué cette comparaison dans un courriel envoyé à ses employés le 13 mars, utilisant un décompte des morts qui, de surcroît, était déjà dépassé.

Selon le site Worldometer, le nombre de personnes décédées dans un accident de la route (Un accident de la route (ou accident sur la voie publique - AVP) est un choc qui a lieu sur le réseau routier entre un engin roulant (automobile, moto, vélo, etc.) et tout autre chose ou...) en 2020 rivaliserait avec celui causé par la COVID (un peu plus d'un million chacun en octobre).

Mais outre que les accidents de la route ne sont pas des maladies infectieuses, ils sont une cause de décès qui reste constante année après année. En comparaison, la croissance du coronavirus se poursuit, et on sait que cette croissance peut être ralentie avec des mesures simples (laver ses mains, garder ses distances, etc.).

Pour aller plus loin

Le New York Times a pour sa part comparé le coronavirus avec les événements les plus mortels des 100 dernières années.
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