Selon les tests standards, deux personnes de groupe sanguin A sont considérées comme identiques. Pourtant, leurs globules rouges peuvent présenter de grandes différences. Cette disparité, longtemps restée une énigme pour la médecine transfusionnelle, vient enfin d'être élucidée.
En réalité, le groupe sanguin ne se résume pas aux lettres A, B, AB ou O. Il dépend aussi du nombre d'antigènes présents à la
surface des globules rouges. Ces antigènes sont des molécules que le
système immunitaire utilise pour distinguer le "soi" de l'"étranger". Jusqu'à présent, on connaissait les gènes qui produisent ces antigènes, mais pas pourquoi leur
quantité varie autant d'une personne à l'autre pour un même groupe sanguin.
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Pour résoudre ce problème, des chercheurs de l'Université de Lund en Suède ont regardé au-delà des gènes eux-mêmes et se sont concentrés sur leur régulation. Ils ont ciblé les facteurs de transcription, des protéines qui agissent comme des interrupteurs moléculaires en se fixant sur des régions d'ADN spécifiques pour contrôler l'expression des gènes.
Grâce à un nouvel outil informatique développé par la doctorante Gloria Wu, l'équipe a cartographié près de 200 sites de fixation pour les facteurs de transcription sur 33 gènes des groupes sanguins. Cette approche a permis de prédire où l'activité des gènes pourrait être modifiée, ce que les tests génétiques classiques ne montrent pas.
Les chercheurs ont ensuite testé leur méthode sur un cas particulièrement troublant: le groupe sanguin Helgeson. Présent chez environ 1 % de la population, ce variant rare se caractérise par des niveaux anormalement bas de CR1, une protéine impliquée dans la défense immunitaire. Sa cause génétique restait inconnue, même les tests ADN peinaient à l'identifier.
La nouvelle analyse a révélé que le variant Helgeson est provoqué par un infime changement dans une séquence d'ADN où un facteur de transcription devrait se fixer. La protéine ne pouvant pas s'attacher correctement, le gène CR1 n'est que faiblement activé, ce qui réduit la quantité de molécule à la surface des globules rouges. Comme l'explique Martin L Olsson, professeur en médecine transfusionnelle, "le gène tourne alors au ralenti."
Cette découverte a aussi montré que le variant Helgeson est plus fréquent chez les donneurs de sang thaïlandais que suédois. Cela s'explique par le fait qu'un faible niveau de CR1 protège du paludisme, une maladie parasitaire très présente en Asie du
Sud-Est. Ainsi, un trait qui complique les tests de transfusion offre un avantage évolutif dans les régions où le paludisme sévit.
Les parasites du paludisme ont plus de mal à pénétrer dans les globules rouges qui portent peu de CR1. "Grâce à ce que nous savons maintenant, nous pouvons améliorer les tests de laboratoire", déclare Gloria Wu. L'équipe prévoit de mettre à jour la puce ADN utilisée pour les groupes sanguins en y incluant ce nouveau variant, ce qui rendra le diagnostic plus sûr.