Que faire avec les parents opposés à la vaccination ?
Publié par Adrien le 25/10/2018 à 08:00
Source: Jean Hamann - Université Laval

Les médecins n'ostracisent pas de leur pratique les personnes dont ils désapprouvent les habitudes de vie. Pourquoi le feraient-ils pour les personnes opposées à la vaccination ? Le maintien d'une bonne communication patient-médecin est le principal facteur qui favorise un changement d'attitude par rapport aux vaccins.
Pour le bien des enfants et de la société, les médecins doivent résister à la tentation d'écarter ces personnes de leur pratique

Une enquête réalisée en 2016 a révélé que 12% des pédiatres américains excluent de leur pratique les personnes qui refusent de faire vacciner leurs enfants. Devant la montée du phénomène d'hésitation à la vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le vaccin) dans un organisme vivant afin de créer une réaction immunitaire positive contre une maladie infectieuse. La substance...) en Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de l'Europe et de l'Afrique par...) du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.), les médecins canadiens pourraient être tentés d'imiter leurs collègues américains, mais il s'agirait d'une erreur, estime Eve Dubé, professeure à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal (physiologie), et cherchant...) et chercheuse au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) de CHU de Québec-Université Laval. "Cette solution ne sert ni les intérêts des patients ni ceux de la société, constate-t-elle. Si l'on veut contrer le phénomène de l'hésitation à la vaccination, la meilleure approche consiste à maintenir une bonne relation patient-médecin."

La professeure Dubé fait partie d'un groupe d'experts qui vient de publier un article de réflexion sur le sujet dans la revue Paediatrics & Child Health. "Au Québec, environ le tiers des parents éprouvent un malaise à l'idée de faire vacciner leurs enfants", rappelle l'anthropologue de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.). Malgré cette hésitation à la vaccination, 81% des parents suivent tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) de même à la lettre la couverture vaccinale recommandée, soit un taux comparable à celui observé aux États-Unis où la vaccination est obligatoire. "Les autres parents ne respectent pas le calendrier (Un calendrier est un système de repérage des dates en fonction du temps. Ces systèmes ont été inventés par les hommes pour mesurer, diviser et organiser le temps sur de longues durées. Initialement conçus pour être en accord...) prévu ou bien la couverture vaccinale de leurs enfants est incomplète. Au bout du compte, moins de 2% des parents québécois refusent tout vaccin pour leurs enfants", précise-t-elle.

La proportion d'enfants ayant une couverture vaccinale complète est relativement stable au fil des ans, mais les médecins constatent qu'ils passent maintenant plus de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) à convaincre les parents de l'importance de faire vacciner leurs enfants. "D'une part, les gens sont plus critiques et ils veulent des réponses à leurs questions touchant la santé, avance la professeure Dubé. D'autre part, les médias sociaux (L'expression « médias sociaux » recouvre les différentes activités qui intègrent la technologie, l'interaction sociale, et la création de contenu. Andreas Kaplan et Michael Haenlein...) et les fake news encouragent la méfiance à l'endroit de la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de...), de la médecine et des vaccins. Enfin, en raison des succès de la vaccination, les parents ne sont plus confrontés aux ravages causés par certaines maladies infantiles. Ils ne voient que les risques associés aux vaccins."

La vaccination apporte des bénéfices à la personne qui reçoit le vaccin, mais aussi à toute la société en raison du phénomène d'immunité de groupe. "Les gens qui ne font pas vacciner leurs enfants profitent de cette immunité collective sans subir les risques et les désagréments de la vaccination, souligne l'anthropologue. En anglais, on les désigne sous le nom de free-riders. Pour des motifs religieux ou des convictions personnelles, ces gens sont persuadés que les vaccins sont inefficaces ou dangereux pour leurs enfants."

Les personnes non vaccinées sont non seulement plus à risque de contracter des maladies qui nécessiteront des soins médicaux, mais elles peuvent aussi transmettre l'infection aux enfants qui ne sont pas encore protégés par la vaccination ou aux personnes pour qui un vaccin a été inefficace. "C'est pour protéger ces personnes vulnérables que les pédiatres américains ne veulent pas d'enfants non vaccinés dans leur clinique", précise Eve Dubé.

L'idée de couper les ponts avec ces patients n'est pas une solution, estime toutefois l'anthropologue. "Le principal élément qui amène les parents à changer d'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en...) par rapport aux vaccins est le fait d'avoir des discussions à ce sujet avec leur médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses patients. Son...). Ça exige du temps, mais ultimement, la santé de l'enfant et la santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part, des...) en sortent gagnantes."

Pour faciliter ces échanges et pour contrer le phénomène d'hésitation à la vaccination, le ministère de la Santé (Le Ministère de la Santé peut faire référence :) et des Services sociaux vient de mettre sur pied le programme EMMIE (entretien motivationnel en maternité pour l'immunisation des enfants). Les nouveaux parents sont rencontrés individuellement après l'accouchement pour recevoir une formation d'une vingtaine de minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte...) sur les vaccins et sur le calendrier de vaccination des enfants. "Le programme est offert depuis quelques mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) dans 13 hôpitaux du Québec et il sera étendu à l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut...) du territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences humaines. Dans le dictionnaire de géographie...) québécois en 2019", résume Eve Dubé.
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