HHV-6: le virus qui se cache dans notre génome

Publié par Isabelle le 04/06/2020 à 13:00
Source: Université Laval
Nous avons presque tous eu la roséole lorsque nous étions petits. Nous en avons tous guéri, mais le virus responsable de cette maladie, l'herpèsvirus humain de type 6 (HHV-6), n'a pas disparu pour autant de notre organisme. Son ADN est toujours présent dans nos cellules et, chez certains d'entre nous, il est même intégré à nos chromosomes, ce qui lui permet de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) sous le radar (Le radar est un système qui utilise les ondes radio pour détecter et déterminer la distance et/ou la vitesse d'objets tels que les avions, bateaux,...) du système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le...).


Herpèsvirus humain type 6 (HHV-6)
Par Bernard Kramarsky (Photographer) — Cette image a été publiée par le National Cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier est menacée. Ces cellules...) Institute, https://commons.wikimedia.org/w/index.php (PHP (sigle de PHP: Hypertext Preprocessor), est un langage de scripts libre principalement utilisé pour produire des pages Web dynamiques via un serveur HTTP, mais pouvant également...)?curid=24061112

Paradoxalement, pour réaliser cet habile subterfuge, le virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une...) se sert d'une protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons...) humaine, la TRF2, dont la fonction est justement de protéger l'intégrité de nos chromosomes. C'est ce que démontre l'équipe du professeur Louis Flamand, de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) du CHU de Québec - Université Laval (L’Université Laval est l'une des plus grandes universités au Canada. Elle a comme origine le Séminaire de Québec, fondé en 1663 et constitue ainsi le plus ancien établissement d’enseignement...), et leurs collaborateurs d'Allemagne et des États-Unis dans un article scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) publié récemment par PLOS Pathogens.

Le HHV-6 ne s'intègre pas au hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause à...) dans notre génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome...). Il se terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus...) dans les télomères, les extrémités des chromosomes. Le virus et les télomères ont un point (Graphie) commun: tous deux renferment de nombreuses répétitions de la même séquence de nucléotides (TTAGGG). "On compte de 15 à 180 de ces répétitions chez HHV-6 et jusqu'à 2500 dans chaque télomère humain", rappelle Louis Flamand.

Au moment où HHV-6 infecte une cellule, le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de ces répétitions télomériques à l'intérieur d'une cellule augmente par un facteur variant de 2 à 3. "Il s'agit d'une hausse énorme et elle est causée par la réplication du virus", souligne le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de...).

En réponse à cette prolifération télomérique, la TRF2, habituellement localisée dans les télomères, s'associe à l'ADN viral. En conditions normales, cette protéine a (la Protéine A est une protéine de surface de 40-60 KDa initialement trouvée dans les parois des bactéries Staphylococcus aureus. Elle est codée par le gène spa, et sa régulation est effectuée au niveau...) pour fonction de protéger les télomères en leur évitant d'être considérés comme des brins d'ADN endommagés nécessitant des réparations. "Lorsque l'ADN viral se lie à la TRF2, il se trouve lui aussi protégé contre ce mécanisme de réparation, souligne le professeur Flamand. De plus, il semble que la TRF2 facilite l'intégration du virus dans les chromosomes."

Cette hypothèse est soutenue par le fait que si on empêche les cellules de produire de la TRF2, le succès de l'intégration du HHV-6 diminue fortement. Par ailleurs, si on enlève les séquences répétitives du virus, celui-ci ne s'intègre plus dans le génome, résume le chercheur.

Un virus qui peut se réactiver

Comme c'est le cas chez les autres herpèsvirus, dont celui qui est responsable des feux sauvages, le génome latent du HHV-6 peut être réactivé lorsque les conditions favorables sont réunies. Cette réactivation peut causer d'importants problèmes de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.), notamment aux personnes immunosupprimées et aux personnes qui ont subi une greffe d'organe (Un organe est un ensemble de tissus concourant à la réalisation d'une fonction physiologique. Certains organes assurent simultanément...).

"Notre étude apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes qui conduisent à l'intégration du HHV-6 à notre génome, mais il sera encore plus intéressant de savoir comment il s'en extirpe. Nous avons entrepris des travaux sur cette question et nous sommes sur des pistes prometteuses pour empêcher la réactivation du HHV-6", affirme le professeur Flamand.

L'étude parue dans PLOS Pathogens est signée par Shella Gilbert-Girard, Annie Gravel, Vanessa (Le genre Vanessa regroupe des papillons de la famille des Nymphalidae. Cette espèce possède de magnifiques yeux bleus avec un touche de gris...) Collin et Louis Flamand, de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) Laval, Darren Wight et Benedikt Kaufer, de la Freie Universität Berlin, et Eros Lazzerini-Denchi, du National Cancer Institute des États-Unis.
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