Il y a 70 000 ans, les Néandertaliens exploitaient intensément les lapins pour leur viande et leur fourrure
Publié par Isabelle le 15/10/2019 à 14:00
Source: CNRS INEE
Jusqu'à présent, l'exploitation du petit gibier par les Néandertaliens était encore considérée comme anecdotique ou occasionnelle. L'analyse des restes de lapins vieux de 70 000 ans provenant du site archéologique de Pié Lombard dans les Alpes-Maritimes, a permis de démontrer que les lapins étaient au coeur de la sphère (En mathématiques, et plus précisément en géométrie euclidienne, une sphère est une surface constituée de tous les points situés à une même distance d'un point appelé centre....) socio-économique des groupes Néandertaliens, aussi bien pour la consommation de leur viande que pour le traitement de leur fourrure. Cela implique l'utilisation récurrente de techniques d'acquisition (En général l'acquisition est l'action qui consiste à obtenir une information ou à acquérir un bien.) sophistiquées, auparavant connues uniquement pour les sites paléolithiques occupés par Homo sapiens. L'étude a été publiée récemment dans la revue Quaternary Science Reviews.


Exemples de stries de découpe (pour dépeçage et désarticulation) et de cylindres diaphysaires (pour récupération de la moelle) observés sur les ossements de lapin à Pié Lombard. © Maxime Pelletier

De nouvelles preuves archéologiques de la chasse au petit gibier par des sociétés humaines préhistoriques ravivent toujours les débats sur les différences comportementales et alimentaires entre l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...) moderne et l'Homme de Néandertal (Un homme de Néandertal ou Néandertalien est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Europe et en Asie occidentale au Paléolithique moyen, entre environ 250 000 et...). L'acquisition de telles ressources par les Néandertaliens dans le sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...), et en particulier du lapin de garenne, ne souffre plus d'ambiguïté, étant donné le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) croissant de preuves archéologiques attestant de leur capture (Une capture, dans le domaine de l'astronautique, est un processus par lequel un objet céleste, qui passe au voisinage d'un astre, est retenu dans la gravisphère de ce dernier. La...) dès le début du Paléolithique moyen (il y a 350 000 ans). Les préhistoriens cherchent désormais à savoir si le lapin était une proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.) occasionnelle ou s'il constituait une plus grande part dans le régime alimentaire (Pour les régimes alimentaires d'ordre culturel pratiqués par l'Homme voir pratique alimentaire; Pour les régimes visant à perdre...) et le système socio-économique de ces groupes humains. Cette question a été abordée par une équipe de chercheurs français des Universités d'Oulu, de Nice et d'Aix-Marseille, au travers une analyse détaillée des restes de lapins provenant du gisement archéologique de Pié Lombard, et publiée dans la revue Quaternary Science Reviews.

Localisé près de Tourrettes-sur-Loup dans les Alpes-Maritimes, le site archéologique de Pié lombard est un abri sous-roche occupé par des groupes Néandertaliens, il y a plus de 70 000 ans. Les fouilles menées par le préhistorien Pierre-Jean Texier, ont permis la mise au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil...) de plus de 16 000 restes osseux de lapin de garenne, représentant au moins 225 individus. Cette découverte en fait l'une des plus importantes accumulations de lapin connues à ce jour pour cette période. L'analyse de ces restes a révélé une exploitation récurrente et optimisée des carcasses de lapins par les Néandertaliens directement sur le site. La présence d'ossements brulés et leur fracturation intensive indiquent que la viande était consommée rôtie mais aussi que la moelle était recherchée. Cet exceptionnel assemblage permet également de formuler l'hypothèse inédite d'un traitement intense des fourrures de lapins par les Néandertaliens. Les résultats de cette étude sur la représentation des différentes parties anatomiques des squelettes ou encore la présence de stries de découpe diagnostiques localisées aux extrémités des pattes, plaident pour l'exploitation des peaux, qui semblent avoir été emportées ultérieurement par leurs artisans.

La fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de temps. Ainsi...) élevée des restes de lapins à Pié Lombard est unique pour le Paléolithique moyen. Elle implique l'utilisation de techniques d'acquisition sophistiquées, auparavant connues uniquement dans des sites occupés par les Hommes anatomiquement moderne. Ces vingt dernières années, de nombreuses recherches scientifiques ont permis de mettre en avant des comportements remarquablement similaires des Néandertaliens avec ceux d'Homo sapiens (notamment l'enterrement de leurs morts, le port d'ornements personnels, l'art rupestre ou encore l'exploitation fréquente des ressources aquatiques). Les résultats obtenus à Pié Lombard portent ainsi un éclairage nouveau sur les pratiques de subsistance des Néandertaliens du sud de la France au début du Pléistocène supérieur (stade 5 de la chronologie marine isotopique), où les lapins pouvaient être pleinement intégrés dans la sphère socio-économique de ces groupes.

L'étude avance également que l'exploitation de ce petit gibier semble avoir été influencée avant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) par les conditions environnementales et les facteurs sociaux plutôt que par les différences biologiques et culturelles entre les Néandertaliens et les Hommes modernes.

Référence publication:

The exploitation of rabbits for food and pelts by Last Interglacial Neandertals, Maxime Pelletier, Emmanuel Desclaux, Jean-Philip Brugal, Pierre-Jean Texier. Quaternary Science Reviews, Volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) 224, 5 octobre 2019. https://doi.org/10.1016/j.quascirev.2019.105972

Contacts chercheurs:

- Maxime Pelletier - Department of Archaeology, Faculty of Humanities, University of Oulu, Oulu, Finland.
maxime.pelletier at oulu.fi

- Emmanuel Desclaux - Laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret & CEPAM (CNRS/Université Nice Sophia Antipolis)
emmanuel.desclaux at univ-cotedazur.fr

- Brugal Jean-Philip - Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique (LAMPEA - CNRS/Univ Aix-Marseille /MC)
brugal at mmsh.univ-aix.fr

- Pierre-Jean Texier - Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique (LAMPEA - CNRS/Univ Aix-Marseille /MC)
pj.texier at gmail (Gmail est un service de messagerie gratuit proposé par Google. Les messages reçus sur un compte Gmail peuvent aussi bien être lus via un client de messagerie (grâce à sa compatibilité avec les protocoles POP3 et IMAP)...).com

- Estelle Herrscher - Correspondante communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine...): Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique (LAMPEA - CNRS/Univ Aix-Marseille /MC)
herrscher at mmsh.univ-aix.fr
Page générée en 0.923 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique