Une illusion d'optique pour effaroucher les rapaces
Publié par Adrien le 16/10/2018 à 08:00
Source: CNRS
Des chercheurs du CNRS et de l'Université Rennes 1 (1), en collaboration avec la société Airbus, ont découvert un signal visuel qui permet de détourner durablement les rapaces de sites à risques. Cette découverte ouvre des pistes à la fois en recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) sur la cognition visuelle de ces oiseaux mais aussi pour la conservation de ces espèces, les rapaces figurant parmi les premières victimes de collisions avec des avions et des éoliennes notamment. Cette étude est publiée le 11 octobre 2018 dans PLOS ONE.


Ecran présentant le stimulus sur l'aéroport de Lourdes-Tarbes-Pyrénées
© Anthony Boigné

Malgré leur acuité visuelle exceptionnelle, les rapaces ne détectent pas certains obstacles comme les surfaces vitrées ou détectent trop tard certains objets en mouvement comme les avions. En France, plus de 800 collisions d'oiseaux avec des avions sont mentionnées chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.). Les systèmes d'effarouchement existants étant peu efficaces sur les rapaces, les chercheurs du laboratoire d'Ethologie animale et humaine (Ethos) ont cherché à développer un nouveau système qui les détournerait de certaines zones.

En se basant sur les connaissances actuelles de la vision chez ces espèces, les scientifiques ont d'abord testé les réactions de rapaces captifs à une série de stimuli visuels. Après plus de 300 tests, ils ont constaté qu'un seul stimulus induisait des réactions d'évitement grâce à une illusion d'optique (L'optique est la branche de la physique qui traite de la lumière, du rayonnement électromagnétique et de ses relations avec la vision.). Ce "superstimulus" correspond à des cercles concentriques noirs sur fond blanc (Le blanc est la couleur d'un corps chauffé à environ 5 000 °C (voir l'article Corps noir). C'est la sensation visuelle obtenue avec un spectre lumineux continu,...). Donnant l'impression aux rapaces d'une collision (Une collision est un choc direct entre deux objets. Un tel impact transmet une partie de l'énergie et de l'impulsion de l'un des corps au second.) imminente, il s'agit en fait d'une illusion d'optique appelée "effet looming".

Le dispositif a été testé sur l'aéroport de Lourdes-Tarbes-Pyrénées où de nombreux rapaces comme les buses ou les milans sont présents en été pour s'alimenter dans les plaines. Deux écrans LED diffusant le stimulus en continu toute la journée, ont été disposés à des endroits stratégiques et des observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande participation des...) ont été réalisées sur l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) de l'aéroport. Les 8800 observations d'oiseaux ont ainsi révélé une rapide modification de leur répartition, ceux-ci évitant les zones de visibilité (En météorologie, la visibilité est la distance à laquelle il est possible de distinguer clairement un objet, quelle que soit l'heure. On peut mesurer la visibilité horizontale et verticale, souvent...) des écrans. Cet effet était encore constaté après 5 semaines de diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition »...) permanente du stimulus.

Le fait que la population de rapaces ait augmenté dans les zones de non-visibilité des écrans, à un moment où les ressources étaient abondantes dans toutes les zones, montre l'efficacité du stimulus. De façon intéressante, un effet similaire a été observé sur les corvidés présents sur le site, alors que certaines espèces de passereaux n'ont pas été influencées. Ces résultats sont les premiers à proposer une solution durable pour écarter de façon inoffensive les rapaces de zones à risques. Ils ouvrent également de nouvelles perspectives de recherche, comme la possible implication dans cette réaction, des neurones de collision, spécialisés dans ces réactions d'évitement.

Notes:

(1) Laboratoire Ethos (CNRS/Université de Rennes 1/Université Caen/Normandie)
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