Des microbes communs favorisent la persistance du VIH

Publié par Adrien le 07/09/2020 à 09:00
Source: Université de Montréal
Si le traitement antirétroviral a révolutionné notre capacité à freiner le VIH, ce n'est pas une panacée pour autant.


Crédit: Getty

Tout au long de la trithérapie, le VIH se cache silencieusement dans des réservoirs situés au creux des lymphocytes T CD4+, des globules blancs qui participent à l'activation (Activation peut faire référence à :) du système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le...) contre les infections et à la lutte contre les microbes.

L'existence de ces sanctuaires viraux explique pourquoi le traitement antirétroviral ne permet pas de guérir et pourquoi il doit être suivi toute la vie (La vie est le nom donné :) durant afin d'empêcher le virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus...) de "rebondir".

Dans une étude publiée dans Nature Communications, des chercheurs du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement supérieur de Montréal au Québec. Elle est l'une des dix grandes universités du...) (CRCHUM) montrent, grâce à une nouvelle technique mise au point (Graphie) dans leur laboratoire, comment ces lymphocytes T se multiplient au contact de microbes communs et contribuent ainsi à la persistance ( Persistance (statistiques) Persistance (informatique) en peinture : La Persistance de la mémoire (1931) en médecine : la...) des réservoirs du VIH.

Nous en discutons avec le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés...) Nicolas Chomont, professeur à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires...) (Département de microbiologie (La microbiologie est une sous-discipline de la biologie basée sur l'étude des micro-organismes.), infectiologie et immunologie), et Pierre Gantner, postdoctorant dans son laboratoire et premier auteur de l'étude.


Pierre Gantner et Nicolas Chaumont. Crédit: CRCHUM
Q. Avez-vous été surpris par les résultats de votre étude ?

R. Depuis longtemps déjà, nous savons que le virus persiste dans les lymphocytes T CD4+. Chez les huit participants de notre étude, nous montrons qu'en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun...) de 70 à 80 % de ces lymphocytes, dans lesquels le virus se cache, ont été exposés à des microbes qu'on trouve communément dans la population, comme le virus de la grippe (La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae (Myxovirus influenzae A, B et C), touchant les oiseaux et certains...) ou le cytomégalovirus. À leur contact, les lymphocytes se multiplient. Cette réponse immunitaire, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) à fait normale dans la lutte contre les infections, provoque indirectement la prolifération des cellules réservoirs du VIH.

Q. La persistance des réservoirs du VIH dans les lymphocytes T est l'obstacle principal à l'éradication du virus. En limitant la prolifération de microbes communs chez les personnes sous trithérapie (La trithérapie se dit de tout traitement médicamenteux comprenant trois principes actifs agissant différemment.), pourrait-on réduire indirectement le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de lymphocytes T infectés par le virus dans le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) ?

R. En théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent...) oui. Nous pensons qu'empêcher la prolifération de certains microbes ‒ virus ou bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries...) ‒ éviterait que les lymphocytes T, qui abritent le VIH, prolifèrent eux aussi. Ainsi, nous pourrions imaginer que certains médicaments, bloquant la prolifération de microbes, diminueraient les réservoirs du VIH. Mais tout cela reste encore à démontrer.

Q. Est-ce à dire que les personnes traitées très tôt après l'infection devraient combiner la trithérapie et ce type de médicaments de façon préventive pour faciliter la disparition des réservoirs du VIH?

R. Cela pourrait même se faire chez des personnes qui ont commencé la trithérapie il y a plusieurs années, car nous pensons que ces microbes participent à la maintenance de ces réservoirs dans le temps.

Par exemple, le cytomégalovirus [CMV], dont 70 % de la population est porteuse (Une porteuse est un signal sinusoïdal de fréquence et amplitude constantes. Elle est modulée par le signal utile (audio, vidéo, données) en vue, soit de sa diffusion au moyen d’un émetteur,...), se réactive régulièrement, mais il est restreint par la réponse immunitaire. Chaque fois qu'il se réactive et que la réponse immunitaire se manifeste dans l'organisme, cela peut augmenter la taille des réservoirs du VIH. Donc, si nous traitons l'infection par CMV pour l'empêcher de se réactiver, nous pourrions limiter l'expansion de ces réservoirs.

Q. Selon vous, quels horizons thérapeutiques encore inexplorés votre découverte ouvre-t-elle ?

R. Grâce à la technique conçue dans notre laboratoire avec l'aide de Marion Pardons, Rémi Fromentin et Amélie Pagliuzza, nous pouvons cartographier les récepteurs spécifiques des microbes qui se trouvent sur les lymphocytes infectés par le VIH. Cette nouvelle technique expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique....) permettra bien d'autres applications en immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système immunitaire. Apparu très tôt dans l'échelle de...) fondamentale (En musique, le mot fondamentale peut renvoyer à plusieurs sens.).

Ici, elle nous permet de déduire quels microbes contribuent à la persistance des réservoirs du VIH. La difficulté ? Le virus peut persister davantage dans des lymphocytes T qui reconnaissent la grippe chez une personne et pas chez une autre. Il faudrait donc des stratégies thérapeutiques individualisées. Ce sera difficile à mettre en oeuvre, car il faut d'abord repérer ces cellules immunitaires et les microbes qu'elles reconnaissent.

Toutefois, nous pensons qu'une étude de type "preuve de concept" chez des personnes qui ont des réservoirs du VIH dans des lymphocytes T capables de reconnaître des infections qu'on sait traiter ‒ la tuberculose (La tuberculose est une maladie infectieuse transmissible et non immunisante, avec des signes cliniques variables. Elle est provoquée par une mycobactérie du complexe tuberculosis correspondant à différents germes et...) par exemple ‒ pourrait démontrer l'utilité d'une telle approche.

Q. Poursuivez-vous actuellement vos recherches sur un plus large échantillon de patients ?

R. Nous poursuivons nos expériences sur des échantillons issus de la cohorte d'infection aigüe du programme de recherche de l'armée américaine sur le VIH ‒ RV254/SEARCH010 ‒, qui a débuté il y a 10 ans en collaboration avec le centre de recherche sur le sida de la Croix-Rouge thaïlandaise.

Nous explorons ainsi la possibilité que les personnes vivant avec le VIH et traitées très tôt après l'infection puissent héberger des réservoirs dans un petit nombre de lymphocytes T reconnaissant un nombre limité de microbes. Si la diversité du réservoir est moindre, cela devrait faciliter la mise au point de stratégies visant à l'éliminer.
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