Une musaraigne remet en cause les connaissances sur l'abus d'alcool
Publié par Adrien le 18/08/2008 à 01:01
Source: BE Allemagne numéro 397 (8/08/2008) - Ambassade de France en Allemagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/ ... /55610.htm
Illustration: Allons-Sortir.fr
Une équipe de chercheurs allemands, luxembourgeois, canadiens, suisses et malais, dirigée par les biologistes Frank Wiens et Annette Zitzmann de l'Université de Bayreuth, vient de mettre en évidence la consommation régulière d'alcool, en conditions naturelles, d'une musaraigne de Malaisie. Cette dernière ne présente pourtant pas de symptômes d'ébriété. Cette première preuve d'une consommation chronique d'alcool chez un mammifère (Les Mammifères (classe des Mammalia) forment un taxon inclus dans les vertébrés, traditionnellement une classe, définie dès la classification de Linné. Ce taxon est considéré comme...) sauvage apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes d'adaptation de l'organisme à l'alcool et sur leur évolution.

Le ptilocerque de Low, musaraigne nocturne à la queue en forme de plume (Une plume est, chez les oiseaux, une production tégumentaire complexe constituée de β-kératine. La plume est un élément caractéristique de la classe des oiseaux. Comme les poils, les écailles,...), boit chaque nuit de la "bière de palmier". Elle consomme, en effet, le nectar du palmier Eugeissonia tristis, qui présente la particularité de produire un liquide (La phase liquide est un état de la matière. Sous cette forme, la matière est facilement déformable mais difficilement compressible.) apparenté à la bière grâce à des levures. La teneur maximale en alcool de cette substance atteint 3,8%, le plus haut taux d'alcool jamais mesuré dans un aliment naturel. Le palmier retient cette "bière de nectar" très odorante pendant plusieurs mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) dans ses boutons floraux, jusqu'à ce que le pollen (Le pollen (du grec palè : farine ou poussière) constitue, chez les végétaux supérieurs, l'élément fécondant mâle de la fleur : ce sont de minuscules grains de forme plus ou...) soit mûr, vraisemblablement pour favoriser la présence d'insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par...) pollinisateurs. Cette plante (Les plantes (Plantae Haeckel, 1866) sont des êtres pluricellulaires à la base de la chaîne alimentaire. Elles forment l'une des subdivisions (ou règne)...) fleurit tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.).

Ainsi, la consommation d'alcool du ptilocerque est chronique et elle a vraisemblablement débuté il y a 55 millions d'années. Les chercheurs ont calculé, compte-tenu du poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la...) de la musaraigne (47 grammes) et de la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une...) d'alcool consommée chaque nuit, que l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire...) devrait être soûl toutes les trois nuits, si son organisme se comportait comme celui d'un être humain. Pourtant, le comportement de cet agile grimpeur ne laisse pas percevoir de signes d'ébriété. Il semble disposer de mécanismes de métabolisation de l'alcool particulièrement efficaces.

La découverte de ces scientifiques ouvre de nouvelles perspectives quant à la compréhension de l'alcoolisme (L'alcoolisme est l'addiction à l'alcool ([[éthanol[[) contenu dans les boissons alcoolisées. L'OMS reconnaît l'alcoolisme comme une...) chez l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...). Jusqu'ici, les théories sur l'alcoolisme considéraient que les Hommes et leurs ancêtres n'avaient été exposés qu'aux petites quantités d'alcool présentes dans les fruits blets avant la découverte de la brasserie il y a environ 9.000 ans. Cette théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance...) permettrait d'expliquer que l'alcool ait un effet particulièrement fort sur l'organisme humain. Celui-ci ne se serait pas encore habitué à la consommation d'alcool qui est survenue tardivement dans l'évolution humaine.

Le phénomène observé chez la musaraigne de Malaisie montre qu'il en est tout autrement. En effet, comme l'explique F. Wiens, "les musaraignes consommatrices d'alcool appartiennent aux plus proches parents des primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce...) encore en vie (La vie est le nom donné :) et présentent une écologie et un comportement très semblables à ceux de nos ancêtres qui vivaient il y a 55 millions d'années." Ainsi, la forte consommation d'alcool pourrait être apparue très tôt dans l'évolution des primates.

Le fait que la musaraigne ne soit pas ivre n'exclut cependant pas un effet de la présence - certes faible - d'alcool dans son sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est...). Au contraire, pour F. Wiens, l'alcool pourrait avoir des effets psychologiques positifs: "la consommation d'alcool chez les musaraignes est le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine. Caractéristique des Angiospermes, il succède à la fleur par transformation du pistil....) de la sélection naturelle. C'est pourquoi elle devrait avoir au final une utilité pour les animaux. Nous voulons chercher des preuves à cela dans de prochaines études. Nous espérons mieux comprendre par ce biais le comportement de boisson chez l'homme", conclut-il.

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