De nouveaux éléments en faveur de l'agrobiodiversité
Publié par Isabelle le 26/06/2019 à 14:00
Source: CNRS INEE
L'augmentation de la demande alimentaire mondiale et les changements climatiques menacent la stabilité de la production alimentaire. Il est donc nécessaire d'apporter des solutions à ce problème de sécurité alimentaire. Une étude impliquant des chercheurs CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) du Centre d'Ecologie Fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été étendu,...) et Evolutive (CEFE - CNRS/Univ Montpellier/Univ Paul Valery Montpellier/EPHE/IRD) a testé le potentiel d'une solution basée sur l'agrobiodiversité. L'analyse de 50 ans de données sur 91 pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas...) montre que la diversité de ce qui est cultivé augmente la stabilité interannuelle des rendements nationaux et suggère qu'augmenter cette agrobiodiversité pourrait contrer les effets déstabilisateurs du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la météorologie qui...) sur les récoltes. Cette étude publiée dans Nature souligne l'intérêt de la diversité cultivée comme solution complémentaire à l'irrigation (L’irrigation est l'opération consistant à apporter artificiellement de l’eau à des végétaux cultivés pour en augmenter la production, et permettre leur développement normal en cas de déficit d'eau induit par...) et l'amélioration variétale pour maintenir la sécurité alimentaire.


© Rozenn LE GUYADER / GQE - Le Moulon / CNRS Photothèque

L'augmentation de la demande alimentaire mondiale, les faibles réserves de céréales et les changements climatiques menacent la stabilité des systèmes alimentaires aux niveaux national et mondial. Au cours de la dernière décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.) les mauvaises récoltes causées par les sécheresses et vagues de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) dans certaines des principales régions agricoles du monde (Le mot monde peut désigner :) (notamment en Australie (L’Australie (officiellement Commonwealth d’Australie) est un pays de l’hémisphère Sud dont la superficie couvre la plus grande partie de l'Océanie. En plus de...), Russie et aux Etats-Unis) ont contribué à déstabiliser les prix des céréales sur le marché mondial, aggravant la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus...) de pauvreté et d'insécurité alimentaire des populations les plus pauvres. Des politiques visant à accroître les rendements, l'irrigation et l'amélioration variétale ont été proposées comme solutions d'amélioration de la stabilité de la production alimentaire.

Delphine Renard (Renard est un terme ambigu qui désigne le plus souvent en français certains canidés du genre Vulpes, proches du loup et du chien. Mais,...) (CEFE - CNRS/Univ Montpellier/Univ Paul Valery Montpellier/EPHE/IRD) et David Tilman (Department of Ecology, Evolution and Behavior, University of Minnesota, St Paul, MN, USA) ont testé le potentiel d'une solution complémentaire, basée sur la diversité des cultures. Leur hypothèse est la suivante: une plus grande diversité des plantes cultivées augmente la stabilité interannuelle des récoltes totales à l'échelle des pays. Les relations diversité-stabilité sont connues dans les écosystèmes naturels mais très peu testées dans les milieux cultivés, en particulier à large échelle spatiale. De nombreux travaux montrent que le maintien d'une forte diversité--sauvage (la diversité dans les sols, les pollinisateurs, etc.) et cultivée--dans les parcelles ou paysages agricoles apporte de multiples bénéfices, notamment en termes de productivité, durabilité et pour la nutrition (La nutrition (du latin nutrire : nourrir) désigne les processus par lesquels un être vivant transforme des aliments pour assurer son fonctionnement. La nutrition est également une science...) humaine. Les auteurs de cette étude ont donc testé si l'agrobiodiversité avait d'autres "cordes à son arc" pour contribuer aux nombreux objectifs de développement durable (Le développement durable (traduction de Sustainable development) est une nouvelle conception de l'intérêt public, appliquée à la croissance économique et reconsidérée...).

Ils ont examiné les liens diversité-stabilité en utilisant 50 ans de données sur les rendements annuels des espèces cultivées dans 91 pays du monde. Afin de confronter les effets de la diversité à d'autres facteurs qui influencent, de manière indépendante la production alimentaire, les auteurs ont pris en compte le climat et les conditions socio-économiques des pays étudiés dans leurs analyses statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de ces...).

Les résultats, publié le 19 dans la revue Nature, révèlent qu'une plus grande diversité d'espèces, et de grands groupes de cultures (céréales, fruits, légumes, légumineuses etc.) au sein des pays a un fort effet stabilisateur sur les récoltes totales au niveau national. Même une faible augmentation de la stabilité permet de réduire fortement la probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un évènement. En mathématiques, l'étude des probabilités...) de connaitre des réductions majeures des récoltes. Enfin, les résultats suggèrent qu'augmenter la diversité des cultures au sein d'un pays peut contribuer à contrer les effets des variations interannuelles du climat sur les récoltes. L'effet "portfolio" est un mécanisme qui explique les résultats. Son principe est le suivant: diversifier son portefeuille (ici d'espèces ou de groupes de plantes) réduit les risques que les récoltes de toutes les plantes soient mauvaises une année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) donnée (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.), à cause des aléas climatiques par exemple.

Assurer l'approvisionnement alimentaire stable dans un contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de contexte issu traditionnellement de l'analyse...) de forte croissance démographique et de changements climatiques est un défi qui nécessitera de multiples solutions. Les résultats de cette étude suggèrent qu'augmenter la diversité des cultures à l'échelle nationale est l'une de ces solutions. Les auteurs soulignent que cette solution mérite plus d'attention et de recherches pour qu'augmenter la diversité stabilise la production alimentaire et réduise le risque de mauvaises récoltes.

Référence

Renard D, Tilman D (2019) "National food production stabilized by crop diversity". Nature
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