Des perles médiévales dessinent le commerce africain

Publié par Redbran le 07/12/2020 à 13:00
Source: Université de Genève
L'analyse de perles en verre archéologiques découvertes en Afrique de l'Ouest subsaharienne révèle toute l'étendue des voies commerciales internationales de cette région entre le 7e et le 13e siècle.


Les perles en verres étudiées, issues des fouilles archéologiques à Dourou-Boro et Sadia, au Mali, et à Djoutoubaya, au Sénégal.
© UNIGE/Truffa Giachet/Spuhler

L'origine des perles de verre (Le verre, dans le langage courant, désigne un matériau ou un alliage dur, fragile...) remonte à des temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) très anciens. Leur composition chimique et leurs attributs morphologiques et techniques peuvent révéler leur provenance et permettre de reconstituer les circuits commerciaux entre les zones de production du verre et les sites de consommation des perles à différentes époques. Des archéologues de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en...) (UNIGE), en collaboration avec l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est...) de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) sur les archéomatériaux du Centre Ernest-Babelon d'Orléans en France, ont analysé 16 perles en verre archéologiques découvertes sur trois sites ruraux du Mali et du Sénégal datés entre le 7e et le 13e siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui...) de notre ère. Dans la revue Plos One, les scientifiques montrent que le verre qui les compose provient probablement d'Égypte, de la côte levantine et du Moyen-Orient. Ces résultats indiquent que le commerce international reliant le continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens...) africain à l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...) et à l'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la...) pendant le développement des grandes formations étatiques ouest-africaines ne s'arrêtait pas aux grands centres urbains situés le long du fleuve (En hydrographie francophone, un fleuve est un cours d'eau qui se jette dans la mer ou dans...) Niger, mais s'articulait également avec un commerce régional et local. C'est un vaste réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des...) impliquant des zones rurales subsahariennes et des voies commerciales transsahariennes, qui se dessine ainsi.

Les perles de verre trouvées en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles,...) ne proviennent pas uniquement des bien connues cargaisons de pacotilles amenées en bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer,...) pour être échangées contre des esclaves aux environs du 18e siècle. Leur origine est bien plus ancienne et leurs lieux de provenance multiples. En Afrique subsaharienne de l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se...), elles ont notamment été retrouvées sur des sites archéologiques urbains de l'époque médiévale, situés le long du fleuve Niger. Plusieurs textes arabes décrivent ces voies commerciales traversant le Sahara et reliant le continent africain à l'Europe et à l'Asie. "Des caravanes transsahariennes permettaient l'échange de chevaux, de fusils, d'objets de luxe et de sel, contre de l'ivoire, de l'or et des esclaves", indique Anne Mayor, chercheuse à l'Unité d'anthropologie de la Faculté des Sciences de l'UNIGE.

Les membres du laboratoire d'Archéologie et peuplement de l'Afrique de l'UNIGE effectuent des fouilles archéologiques depuis plusieurs décennies sur des sites localisés au centre du Mali et à l'est du Sénégal, comme d'anciens cimetières et villages, et s'intéressent à l'évolution des techniques et des modes de vie (La vie est le nom donné :). 16 perles de verre ont été retrouvées sur trois de ces sites datés entre le 7e et le 13e siècle de notre ère. Pour comprendre leur provenance et en tirer une image du commerce à cette époque où se développaient les premiers royaumes africains, les archéologues se sont lancé-es dans l'analyse de leurs caractéristiques morphologiques et techniques, ainsi que de leur composition chimique.

Les perles, ces "boules de cristal"

Trois composants principaux sont nécessaires pour la production du verre. L'ingrédient primaire qui permet la formation du verre est la silice (La silice est constituée de dioxyde de silicium, un composé chimique qui entre dans la...). Elle est obtenue à partir de minerais quartzeux ou de sable (Le sable, ou arène, est une roche sédimentaire meuble, constituée de petites...). Ce dernier doit être fondu, mais, ayant une température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et...) de fusion (En physique et en métallurgie, la fusion est le passage d'un corps de l'état solide vers l'état...) trop élevée, du "fondant" d'origine minérale ou végétale est ajouté pour aider le processus. Finalement de la chaux issue de roches calcaires ou de coquillages sert de stabilisant pour la structure du verre. "En analysant la composition chimique du verre, on peut arriver à comprendre l'origine des matières premières utilisées pour sa fabrication et, dans certains cas, sa période de production", indique la première auteure de l'étude, Miriam Truffa Giachet, dont ces travaux font partie intégrante de sa thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est...) de doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement...), effectuée à l'UNIGE.

"Il faut encore savoir que la production des perles en verre passe par plusieurs étapes, généralement localisées en différents endroits", poursuit-elle. La première étape consiste à collecter les matières premières, qui sont ensuite transportées dans un centre de production primaire où le verre brut est fabriqué. Il est ensuite acheminé vers des centres secondaires pour la fabrication d'objets en verre, distribués ensuite sur les divers sites grâce au commerce. En croisant ainsi les résultats de l'analyse chimique des perles avec les sources historiques et les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent...) des fouilles archéologiques, les scientifiques obtiennent des informations précises sur l'origine des perles.

Le labo à la rencontre du terrain

L'originalité de l'étude réside justement dans l'analyse croisée (Croisée peut désigner :) des données archéologiques de terrain et des données de laboratoire pour faire progresser la compréhension des objets archéologiques africains. En utilisant la spectrométrie de masse (La spectrométrie de masse (mass spectrometry ou MS) est une technique physique d'analyse...) à plasma ( En physique, le plasma décrit un état de la matière constitué de particules chargées...) à couplage inductif couplée à l'ablation laser (Un laser est un appareil émettant de la lumière (rayonnement électromagnétique)...) (LA-ICP-MS), les scientifiques ont pu analyser la composition chimique des perles sans les endommager, grâce à l'échantillonnage (L'échantillonnage est la sélection d'une partie dans un tout. Il s'agit d'une notion importante...) par laser qui permet le prélèvement de très petites quantités de matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses...). Les provenances probables de ces perles ont ainsi pu être identifiées: l'Égypte, la côte levantine et le Moyen-Orient.

Les agropasteurs subsahariens dont les archéologues ont retrouvé les traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de...) d'habitation et de sépultures dans les fouilles étaient donc intégrés dans des réseaux de commerce très larges, révélés par la présence d'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans...) de provenance lointaine. Ces lieux étaient dans une position périphérique par rapport aux centres de pouvoir régionaux, mais au moins l'un d'entre eux, au Sénégal oriental, était proche de mines d'or, une ressource qui a grandement contribué à la richesse de ces derniers. Il est intéressant de noter qu'aucune des perles analysées ne présente les caractéristiques typiques du seul centre de production primaire africain actif à cette époque, situé au Nigéria, et ceci malgré le fait qu'il existait un commerce intérieur est-ouest.

Une Afrique subsaharienne connectée

L'étude renforce l'idée qu'à cette époque, des biens de prestige circulaient à travers des voies commerciales reliant l'Afrique subsaharienne au reste du monde (Le mot monde peut désigner :). "La pensée populaire occidentale imagine une Afrique déconnectée au-delà du Sahara, mais ce n'était clairement pas le cas ! Elle était totalement intégrée à un grand réseau commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.) international qui reliait l'Afrique, l'Europe et l'Asie. Il s'articulait avec un commerce local qui amenait des biens d'origine lointaine à l'arrière-pays", conclut Anne Mayor.

Publication:
Cette recherche est publiée dans Plos One DOI: [url=]10.1371/journal.pone.0242027[/url]

Contacts:
- Anne Mayor - Maître d'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une...) et de recherche - Laboratoire Archéologie et Peuplement de l'Afrique - Département de génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est...) et évolution - Unité d'anthropologie - Faculté des Sciences - Global Studies Institute, UNIGE - Anne.Mayor at unige.ch
- Miriam Truffa Giachet - Archéomètre et scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) de la conservation - Haute École (Une haute école en Belgique, ou Haute école spécialisée en Suisse, est une...) Arc Conservation-Restauration - Neuchâtel - miriam.truffagiachet at gmail (Gmail est un service de messagerie gratuit proposé par Google. Les messages reçus sur un...).com
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