Sur la piste des animaux de l'Arctique

Publié par Isabelle le 13/11/2020 à 13:00
Source: CNRS INEE
Le changement climatique fait entrer l'Arctique dans un nouvel état écologique. Pour comprendre les conséquences des bouleversements que connaît cette région, un consortium de recherche international, comprenant des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public...) / Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment...) de La Rochelle) et du laboratoire Littoral, Environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme...) et Sociétés (LIENSs - CNRS / Université de La Rochelle), a créé une base de données (En informatique, une base de données (Abr. : « BD » ou « BDD ») est un lot d'informations stockées dans un dispositif informatique. Les...) en ligne des mouvements des animaux de l'Arctique (L’Arctique est la région entourant le pôle nord de la Terre, à l’intérieur et aux abords du cercle polaire. Elle se situe à l'opposé de l'Antarctique. L'Arctique inclut une partie du Canada, du Groenland (territoire du...), suivis par balises électroniques depuis 1991. Cette archive concerne d'ores (ORES, l'Opérateur des Réseaux Gaz & Électricité est le l'opérateur des réseaux de distribution d'électricité et de gaz pour les 8 gestionnaires du secteurs mixte en région wallonne...) et déjà 8000 individus de 96 espèces. Une publication dans la revue Science souligne l'importance de cette source d'informations unique pour analyser l'impact des changements globaux sur la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des...) à une échelle pan-arctique.


Lâcher d'un petit mergule équipé d'un géolocateur, Groenland Août 2016.
© David Grémillet.

L'Arctique se réchauffe plus vite que toute autre zone de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa gravité la maintienne en équilibre...) et les espèces qui l'habitent vont devoir s'adapter ou disparaître. Les animaux de l'Arctique répondent souvent aux changements globaux en modifiant leurs déplacements et leurs distributions. Ces comportements ont lieu loin de nos yeux, dans les zones les plus inhospitalières de la planète, sur la banquise (La banquise est une étendue de mer gelée. Elle se forme durant l'hiver polaire, lorsque la température de l'eau de mer descend en dessous de -1,9°C. Au cœur de l'hiver, l'épaisseur de glace peut atteindre 1,5 à 2...) ou en haute mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.). Fort heureusement, depuis trois décennies, des balises électroniques posées sur les animaux permettent de suivre à distance ces déplacements, de quelques mètres à des dizaines de milliers de kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international. Il est défini comme la distance parcourue par la...) et tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de leur cycle de vie (La vie est le nom donné :). Ces recherches ont progressé très rapidement, mais sans que les informations recueillies ne soient rassemblées au sein d'une base de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) unique, accessible à toute la communauté scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et...).

Grâce aux efforts d'un consortium international mené par la Ohio State University (USA) et la société Max Planck (La Société Max-Planck (en allemand Max-Planck-Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften e.V. soit Société Max-Planck pour le développement de la science) est un organisme public allemand de...) (Allemagne), auquel participent des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS / Université de La Rochelle) et du laboratoire Littoral, Environnement et Sociétés (LIENSs - CNRS / Université de La Rochelle), une base de données regroupant toutes ces informations existe maintenant. L'archive électronique AAMA (Arctic Animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de...) Movement Archive) regroupe d'ores et déjà les données de plus de 200 études scientifiques, avec plus de 15 millions de positions animales concernant 8000 individus de 96 espèces arctiques. Parmi elles, les chercheurs ont étudié aussi bien des espèces marines que terrestres, de la gigantesque baleine (La baleine est un mammifère marin de grande taille classé dans l'ordre des cétacés. Le terme s'applique à plusieurs espèces différentes dans les sous-ordres des mysticètes (baleines à...) du Groenland au minuscule plectrophane des neiges.

Cette archive, exceptionnelle par sa couverture géographique et la première de ce genre centrée sur l'Arctique, permet des avancées scientifiques impossibles il y a quelques décennies. Ainsi, les chercheurs CNRS qui cosignent l'étude (David Grémillet, CEBC et Jérôme Fort, LIENSs) ont pu suivre les mouvements migratoires des oiseaux marins tout au long de l'hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) en Atlantique nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.). Leur programme de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) au Groenland, soutenu par l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) Polaire Français Paul-Emile Victor, est une contribution essentielle à AAMA car les données sont peu nombreuses pour cette région de l'Arctique. Notamment, les chercheurs ont étudié les mouvements migratoires des mergules nains, un des plus petits (150 g) mais le plus nombreux (plus de 40 millions) des oiseaux marins en Atlantique nord.

En équipant les oiseaux de géolocateurs de un gramme (Le gramme est une unité de masse du Système international (l'unité de base est le kilogramme) et du système CGS. L'abréviation du gramme est g.), l'équipe a montré que les mergules nains parcourent 10 000 km en mer entre deux saisons de reproduction au Groenland, pour aller passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) les mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) d'hiver au large de Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus massive des quatre planètes telluriques,...) Neuve. Leurs données électroniques collectées sur plus d'une décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.) illustrent les étonnantes adaptations des mergules du Groenland au réchauffement de l'Atlantique nord, modifiant par exemple leur comportement et leur distribution afin de suivre les zones d'alimentation les plus profitables.

Références:
- Davidson et al. (2020) Ecological insights from three decades of animal movement tracking across a changing Arctic. Science.DOI: 10.1126/science.abb7080
- Pour aller plus loin, voir le documentaire Des mergules et des hommes

Contacts:
- David Grémillet - Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS/Univ. La Rochelle) - david.gremillet at cebc.cnrs.fr
- Jérôme Fort - Littoral, Environnement et Sociétés (LIENSs - CNRS / Université de La Rochelle) - jerome.fort at univ-lr.fr
- Bruno Michaud - Communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications,...) -Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS/Univ. La Rochelle) - bruno.michaud at cebc.cnrs.fr
- Armelle Combaud - Communication - Littoral, Environnement et Sociétés (LIENSs - CNRS / Université de La Rochelle) - armelle.combaud at univ-lr.fr
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