Des placebos hallucinogènes ?

Publié par Adrien le 01/04/2020 à 09:00
Source: Université McGill

© McGill
Depuis peu, l'utilisation de drogues hallucinogènes en traitement de la dépression suscite un grand intérêt. Selon une nouvelle étude de l'Université McGill, certaines personnes pourraient, dans une ambiance propice, ressentir des effets hallucinogènes en prenant uniquement un placebo. L'effet placebo (Un placebo est une mesure thérapeutique d'efficacité intrinsèque nulle ou faible, sans rapport logique avec la maladie, mais agissant, si le sujet pense recevoir un...) (découlant de la prise d'un "faux médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrée en vue d'établir un diagnostic. Un...)") sur la conscience observé par les chercheurs est l'un des plus marqués de la littérature sur les drogues hallucinogènes. En effet, 61 % des participants ont déclaré avoir ressenti des effets après la prise du placebo.

"L'étude fait ressortir l'importance du contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots...) dans l'expérience psychédélique. Étant donné le retour récent des hallucinogènes pour le traitement de troubles comme la dépression et l'anxiété (L'anxiété est pour la psychiatrie phénoménologique biologique et comportementale, un état d'alerte, de tension psychologique et somatique, en...), les cliniciens pourraient exploiter les facteurs contextuels pour obtenir des résultats thérapeutiques similaires au moyen de doses plus faibles, ce qui augmenterait l'innocuité de ces substances", avance Jay Olson, doctorant (Un doctorant est un chercheur débutant s'engageant, sous la supervision d'un directeur de thèse, dans un projet de recherche sur une durée variable selon les pays et les statuts,...) au Département de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie provient du grec psyche...) de l'Université McGill (L’Université McGill, située à Montréal au Québec, est une des universités les plus anciennes au Canada.) et auteur principal de l'article publié récemment dans la revue Psychopharmacology.

Pour se mettre dans l'ambiance...

Pensant prendre part à une étude sur l'influence des drogues sur la créativité, les 33 participants ont passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le...) quatre heures (L'heure est une unité de mesure  :) ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) dans une pièce où des toiles, des lumières de couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) et un DJ reproduisaient une ambiance de fête psychédélique. Pour rendre l'expérience crédible et masquer la supercherie, les chercheurs ont également mis en scène dix assistants de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) en blouse blanche, des psychiatres et un agent de sécurité.

Les explications fournies étaient les suivantes: les sujets se verraient administrer une drogue (Une drogue est un composé chimique, biochimique ou naturel, capable d'altérer une ou plusieurs activités neuronales et/ou de perturber les communications neuronales. La consommation de drogues par l'homme afin de modifier ses...) similaire au principe actif des champignons hallucinogènes et allaient ressentir différents effets sur une période de quatre heures. En réalité, tous les participants ont reçu un placebo. Parmi eux se trouvaient plusieurs acteurs à qui on avait appris à simuler peu à peu les effets de la drogue. Les chercheurs espéraient ainsi convaincre les participants que tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le monde (Le mot monde peut désigner :) avait pris une drogue hallucinogène, ce qui, peut-être, favoriserait l'apparition d'effets placebo.

Des effets puissants pour un placebo

Sondés vers la fin de l'étude, la majorité des participants (61 %) ont déclaré avoir ressenti des effets. Ces derniers étaient considérablement variables d'un sujet à l'autre, allant de légères manifestations à des effets analogues à ceux d'une dose modérée ou forte d'une véritable drogue. Par exemple, plusieurs participants ont affirmé avoir vu les toiles accrochées au mur (Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.) "bouger" et "changer de forme". D'autres ont décrit une sensation de "lourdeur... comme si la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) s'était accentuée", et une autre a dit avoir ressenti les effets en deux "vagues". Plusieurs se sont dits certains d'avoir pris une drogue hallucinogène.

"Ces résultats expliqueraient en partie ce qu'on pourrait appeler "l'euphorie (L'euphorie (du grec euphoria) est un terme médical désignant une impression inadéquate de bien-être physique et moral, de contentement, de...) de contact", qui amène une personne à ressentir les effets d'une drogue simplement parce qu'elle est entourée de personnes qui l'ont consommée, souligne Samuel Veissière, anthropologue cognitiviste qui enseigne au Département de psychiatrie de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) McGill et a supervisé l'étude. De façon plus générale, notre étude met en lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La lumière est intimement liée...) l'effet "stimulant (Un stimulant est une substance qui augmente l'activité du système nerveux sympathique facilitant ou améliorant certaines fonctions de...)" du placebo, présent dans toute intervention médicale ou thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui étudie et applique le traitement des maladies.), de même que les influences sociales qui modulent ces effets d'amplification (On parle d'amplificateur de force pour tout une palette de systèmes qui amplifient les efforts : mécanique, hydraulique, pneumatique, électrique.). Il est possible que les effets placebo aient été sous-évalués dans les études sur les drogues hallucinogènes. Par exemple, il pourrait y avoir une forte composante placebo dans la tendance actuelle au "microdosage" (consommation d'infimes quantités de drogues hallucinogènes pour l'amélioration de la créativité), les effets étant fortement attendus dans l'imaginaire collectif."

L'article "Tripping on nothing: placebo psychedelics and contextual factors", par Olson, J.A., Suissa-Rocheleau, L., Lifshitz, M., Raz, A. et Veissière, S.P.L., a été publié dans la revue Psychopharmacology : doi.org/10.1007/s00213-020-05464-5.
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