Quand on évoque les planètes rocheuses, on imagine souvent la Terre: un noyau métallique dense, un manteau de silicate, et une fine atmosphère. Pourtant, cette structure familière pourrait bien être une exception dans l'Univers, d'après une nouvelle étude soumise à l'Astrophysical Journal.
Les astronomes ont longtemps supposé que les exoplanètes rocheuses suivaient le même schéma que notre Système solaire. Mais la majorité des planètes découvertes autour d'autres étoiles sont des sous-Neptunes ou des super-Terres, des mondes plus grands que la Terre mais plus petits que Neptune. Leur formation aurait dû être similaire, avec du fer au centre, du silicate au-dessus, et de l'hydrogène en surface. Seulement, la réalité est bien différente.
Image: Argonne National Laboratory / Flickr / CC 2.0
À l'intérieur de ces planètes, les pressions et températures extrêmes changent la donne. Au-dessus de 4000 degrés Kelvin, l'hydrogène et le silicate fondu deviennent totalement miscibles, comme de l'eau et de l'alcool. Ils ne forment plus deux couches séparées, mais un seul fluide homogène. Si une planète accumule plus d'un pour cent de sa masse en hydrogène, son intérieur devient un mélange unique de fer, de silicate et d'hydrogène, sans noyau ni manteau distincts.
Cette structure homogène a des conséquences majeures sur l'évolution de la planète: elle influence son refroidissement, sa capacité à retenir son atmosphère, et la façon dont son rayon change avec le temps. Les auteurs de l'étude montrent que ce modèle de miscibilité explique naturellement des observations intrigantes, comme le "fossé de rayon" qui sépare les super-Terres des sous-Neptunes, ainsi que la dépendance du rayon à la période orbitale.
Une prédiction vérifiable émerge de ce travail: si l'hydrogène se libère progressivement de l'intérieur pour rejoindre l'atmosphère, les jeunes sous-Neptunes devraient paraître plus gonflées que prévu pour leur âge. Les observations actuelles avec le télescope spatial James Webb et les futures missions de transit pourraient bientôt confirmer ou infirmer cette signature.
Bien sûr, des réserves subsistent. Le modèle repose sur des extrapolations théoriques du comportement de l'hydrogène, du silicate et du fer dans des conditions encore inaccessibles en laboratoire, même si les expériences haute pression progressent. Les bilans thermiques internes restent incertains, et l'approche statistique utilisée ne peut offrir qu'une image probable, pas une certitude.
En fin de compte, l'affirmation est audacieuse: la planète la plus commune de la Galaxie pourrait ne ressembler en rien à la Terre. L'idée même d'un noyau planétaire, ce petit cœur dense et métallique que nous tenons pour acquis, pourrait être l'exception plutôt que la règle. Dans ce scénario, c'est notre propre planète qui serait l'étrangeté.