La pollution appréhendée du tourisme spatial

Publié par Adrien le 24/06/2021 à 09:00
Source: ASP
Bien des amateurs d'exploration spatiale ont envié le milliardaire Jeff Bezos lorsqu'il a annoncé au début de juin qu'il serait le premier "touriste" à faire partie du premier vol suborbital de la fusée de sa propre compagnie, Blue Origin -le 20 juillet si tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) va bien. Mais la facture écologique pourrait être élevée, et pas juste pour Blue Origin (Blue Origin est une compagnie privée spécialisée dans les vols sub-orbitaux, comme...).


Lancement réussi d'une fusée SpaceX (SpaceX (ou Space Exploration Technologies Corporation) est une entreprise américaine...), le 15 novembre 2020.

C'est en effet une facette de cette histoire qui est généralement laissée de côté, tant les projecteurs sont braqués sur les noms de ceux et celles qui seront les premiers "touristes spatiaux" -ou plus exactement, les premiers de ce qui pourrait être une nouvelle ère (Une nouvelle ère (1/2) et Une nouvelle ère (2/2) sont des épisodes de la série...), celle des voyages dans l'espace gérés par des compagnies privées.

Dans un texte d'opinion publié en septembre 2020, trois chercheurs français y allaient de quelques calculs approximatifs destinés à donner un ordre de grandeur. Un vol complet de la fusée Falcon 9 (La fusée Falcon 9 est un lanceur réutilisable développé par la...), de la compagnie SpaceX, par exemple jusqu'à la station spatiale internationale (La Station spatiale internationale (en anglais International Space Station ou ISS) est un habitat...), "émettra 1150 tonnes de CO2, l'équivalent de 638 ans d'émission d'une voiture moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de...) parcourant 15 000 km par an".

Autre comparaison, faite en 2019: rien que le lancement d'une fusée Space X émettrait autant de CO2 qu'un vol transatlantique en avion (Un avion, selon la définition officielle de l'Organisation de l'aviation civile internationale...) avec 340 personnes à son bord.

Ces calculs sont toutefois faussés par le fait que les astronautes envisagés par SpaceX sont, pour l'instant (L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. L'instant n'est pas...), tous des professionnels qui s'en vont séjourner sur la station spatiale (Une station spatiale, dans le domaine de l'astronautique, est une installation spatiale en orbite...) internationale: avec ou sans SpaceX, ce sont des vols qui auraient eu lieu, soit avec des fusées russes Soyouz (Soyouz (du russe Союз, Union) désigne une famille de vaisseaux...), soit avec l'éventuelle future fusée SLS de la NASA (La National Aeronautics and Space Administration (« Administration nationale de...).

Mais il n'en demeure pas moins que l'ambition affichée par le créateur de SpaceX, le milliardaire Elon Musk, est d'aller au-delà d'un service de "taxi (Le taxi est un véhicule automobile terrestre privé, conduit par un chauffeur et...)" vers la station spatiale, et de développer le marché du tourisme spatial (Le tourisme spatial est une activité touristique concernant l'espace et qui consiste à...). On ignore combien de personnes aujourd'hui ont déjà acheté un billet, sans même savoir si et quand aura lieu "leur" lancement. Mais trois de ces personnes auraient payé 55 millions de dollars chacun pour un séjour d'une semaine sur la station spatiale prévu pour 2022.

Entre 2001 et 2009, huit "touristes" avaient payé entre 20 et 35 millions de dollars pour faire un aller-retour jusqu'à la station spatiale en compagnie des astronautes de la fusée russe Soyouz.

Mais on peut être plus modeste, ne pas se rendre jusqu'à la station et se contenter d'un vol suborbital (Un vol suborbital est la trajectoire d'un engin spatial se déplaçant à une vitesse...) comme celui que va faire Jeff Bezos (Jeffrey Preston Bezos (12 janvier 1964 - ) est le fondateur milliardaire et PDG...): c'est-à-dire que la fusée parcourt une longue courbe (En géométrie, le mot courbe, ou ligne courbe désigne certains sous-ensembles du...) qui la ramène sur Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...), sans jamais avoir atteint la vitesse (On distingue :) nécessaire à une mise en orbite (En mécanique céleste, une orbite est la trajectoire que dessine dans l'espace un corps...), mais tout en dépassant l'altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau...) de 100 km, la "frontière (Une frontière est une ligne imaginaire séparant deux territoires, en particulier deux...)" symbolique de l'espace. Les passagers se retrouvent en apesanteur pendant quelques minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un...). C'est l'option que proposera Blue Origin, et c'est également celle du SpaceShipTwo (Le SpaceShipTwo (ou « Vaisseau Spatial 2 ») est un prototype d'avion spatial...) de la compagnie Virgin Galactic (Virgin Galactic est une compagnie du Virgin Group du milliardaire Richard Branson. Cette compagnie...), troisième larron de l'éventuel tourisme (Le tourisme est le fait de quitter son domicile, pour des raisons personnelles, pour une durée...) spatial. Coût d'un billet chez ce dernier: 250 000$. Blue Origin n'a pas annoncé le prix des futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) billets.

Or, selon le rapport d'évaluation environnementale du SpaceShip Two produit par Virgin Galactic elle-même, chaque vol émettrait 27,2 tonnes de CO2. À raison de six passagers par vol, cela représenterait 4,5 tonnes par passager, ou deux fois le "budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.)" CO2 que chaque personne devrait s'autoriser si elle voulait respecter l'objectif des 2 degrés Celsius d'augmentation. À titre de comparaison, écrivent les trois chercheurs français, 4,5 tonnes équivaut à faire le tour de la Terre, seul dans une voiture moyenne.

Mais au final, l'impact carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C,...) réel dépendra du développement ou pas de cet éventuel marché. S'il ne s'agit que de quelques vols par an -une possibilité, vu le coût des billets- l'impact sera négligeable à côté de celui des transports (Le transport, du latin trans, au-delà, et portare, porter, est le fait de porter quelque chose, ou...) routiers actuels. Mais pour l'instant, les trois milliardaires semblent y croire suffisamment pour parler d'hôtels dans l'espace... voire de touristes en orbite lunaire (Pour les homonymes, voir Pierrot lunaire, une œuvre de musique vocale d'Arnold Schönberg.).
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